Ce qui se passe en Algérie rappelle à Hubert Védrine ce qui s’est passé à la fin de l’URSS

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Secrétaire général de l'Élysée lors des manifestations d'octobre 1988 qui ont conduit à la fin du parti unique en Algérie, puis chef de la diplomatie française lors des années noires de la guerre civile, Hubert Védrine livre, sans se départir des prudences nécessaires, dans un entretien avec le journal français le JDD son analyse des évènements en Algérie en s’en réjouissant tout en s’en inquiétant.

« Ce qui se passe en Algérie, déclare-t-il, est très important. C'est le début d'un dégel du système qui était figé depuis l'arrivée au pouvoir de Houari Boumediene en 1965. C'est donc considérable. Et même si le retrait de Bouteflika pour un cinquième mandat et l'amorce d'un nouveau processus institutionnel peuvent n'être que tactiques, une façon de gagner du temps, une dynamique est en marche. L'opinion publique a donc raison de se réjouir car ce qui se passe depuis des semaines est très prometteur. Ces foules sont très impressionnantes par leur taille et leur calme. Leur self-control est remarquable. Mais les autorités françaises, elles, sont en situation de responsabilité. Elles ont raison d'être prudemment optimistes parce que ce dégel pourrait tout aussi bien, à terme, se transformer en débâcle (…) Personne ne sait comment les choses peuvent se passer après. Des forces vont se réveiller, se concurrencer, peut-être – espérons que non – s'affronter. Que va devenir ce grand débat qui doit déboucher sur une réforme de la Constitution et un référendum. ? Que va devenir cette mobilisation dans la rue ? Que vont devenir les forces politiques classiques, sauront-elles rebondir ou finiront-elles discréditées ? Les islamistes peuvent-ils resurgir, et dans quel but ? Quelle sera l'attitude de l'armée ? On n'en sait rien. Ce processus qui démarre ne va pas s'achever la semaine prochaine ou dans un mois, il va peut même durer un an ou deux, voire plus. Mais cela peut bien se passer. En tout cas, il faut l'espérer (…) Ce puissant mouvement pacifique de contestation n'a rien à voir avec la confiscation par les militaires de la victoire probable du FIS au second tour des législatives de 1991. Là, il s'agit d'un système mis en place depuis des décennies qui commence à se déverrouiller. Cela me rappelle davantage ce qui s'est passé en Europe de l'Est à la fin de l'URSS. Tout est possible. »