Edgar Morin célébré à l’Institut du Monde Arabe à Paris

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La foisonnante pensée universelle et humaniste du sociologue et philosophe français Edgard Morin ainsi que son apport au dialogue interculturel ont été salués, ce lundi 2 octobre, au siège de l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris, à l’occasion d’un hommage rendu à cet intellectuel hors du commun

Des intellectuels de plusieurs pays et de différents horizons ont apporté, lors d’une table ronde organisée à cette occasion, en présence de cet illustre philosophe aujourd’hui âgé de 96 ans, des éclairages sur le cheminement de sa pensée singulière et sur son engagement politique de longue date.

Ils sont ainsi revenus sur son combat pour la libération de l’Algérie française et sa lutte pour l’instauration d’une éthique politique.

Les intervenants, parmi lesquels l’intellectuel marocain Noureddine Sail, ancien inspecteur général de la philosophie, ont également rappelé l’engagement de Morin en faveur de la cause palestinienne.

Le philosophe, ont-ils observé, s’est rangé, durant toute sa vie, du côté des Palestiniens et de leur juste cause défendant la solution de la paix et plaidant pour une véritable réconciliation et pour l’arrêt des souffrances humaines.

L’intérêt de Morin pour l’Amérique Latine a aussi été retracé par les participants qui ont noté que l’œuvre de Morin est appréciée dans les pays latino-américains en raison de son côté "révolutionnaire" et "avant-gardiste".

L’analyse du discours du sociologue et philosophe et sa façon d’appréhender à chaque fois les sujets qu’il aborde ont de même été passées en revue par les intervenants, qui ont souligné que les textes de Morin s’approchent plus du récit et du roman que des essais et écrits purement scientifiques.

Intervenant à cette occasion Sail s’est arrêté, pour sa part, sur la qualité de l’homme "inassignable" qu’est Edgar Morin, sa sagesse, sa légèreté d’âme et sa disponibilité. C’est un homme qui va au bout des choses tout en restant dans le généralisme, a-t-il affirmé.

Sail, également ancien directeur du Centre Cinématographique Marocain (CCM), a exprimé sa reconnaissance à Edgar Morin pour sa présence à ses côtés à chaque qu’il a fait appel à lui et pour l’aide précieuse qu’il lui a apportée en acceptant, il y a quelques années, d’être président du jury du festival du film de Tanger ou encore du film africain de Khouribga, donnant ainsi des leçons de "résistance et d’exigence" en visionnant plusieurs films par jour et en animant des conférences et en participant activement aux débats.

Morin, un fin connaisseur des mécanismes du cinéma dont il connaît parfaitement l’histoire, "a été très présent dans le développement du cinéma marocain", a souligné Sail, rappelant qu’il avait notamment organisé en sa compagnie, lors du festival du cinéma de Marrakech, un très important débat sur le cinéma auquel plus de 500 personnes ont pris part.

"Ce que j’apprécie chez Morin c’est qu’il n’esquive pas les problèmes. C’est un homme frontal mais distingué et plein de bon sens, qui a toujours considéré que d’un point à l’autre, c’est la ligne droite qui est toujours la meilleure", a-t-il affirmé.

Dans une déclaration similaire, Edgar Morin s’est dit très ému et très touché par cet hommage. "J’ai eu la joie d’entendre tous ces témoignages et ces éclairages affectueux et amicaux de mon vivant", s’est-il félicité.

Il s’est réjoui également de l’affection dont il est entouré au Maroc "où les gens me saluent dans les rues de Marrakech ou de Rabat familièrement et parfois plus qu’à Paris", a-t-il confié. "Cette compréhension me réconforte", a-t-il ajouté.

Philosophe, sociologue, théoricien de la connaissance, Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, est né le 8 juillet 1921 à Paris. Il a suivi des études universitaires d’histoire, sociologie, économie, droit et philosophie.

En 2014, il a été décoré par le roi Mohammed VI du Wissam Al Kafaa Al Fikria. Il a été également fait grand officier de la légion d’honneur en 2016.

L’hommage rendu à ce penseur visionnaire entre dans le cadre de la tenue de la deuxième session de la Chaire de l’IMA sur le thème "La liberté de pensée dans le monde arabe : enjeux et défis", qui a réuni penseurs, philosophes et islamologues.

La Chaire de l’IMA a pour mission de faire connaître et diffuser les cultures arabo-musulmanes dans ce qu’elles ont de plus lumineux et de plus moderne.