Le Ruissèlement ou l’arnaque libérale

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Le 1% de la population la plus riche au monde, selon Thomas Pikkety, mais aussi selon le FMI qui est loin d’être un repaire de communistes, a vu ses revenus croitre d’une manière exponentielle depuis 20 ans

Face à la crise, les libéraux ont imposé des politiques anti-sociales au nom d’un dogme qui est celui du ruissèlement. Selon cette théorie, plus on donne de moyens au capital moins on l’impose, plus il crée d’emplois, même précaires, et plus il permet à l’ensemble de la population de vivre dignement. Donnez-leur une pluie de cadeaux et au bas de l’échelle ils recevront des gouttelettes.

Sans entrer dans un débat sur la justice sociale, sur la création de valeurs, notons juste que c’est faux. Le 1% de la population la plus riche au monde, selon Thomas Pikkety, mais aussi selon le FMI qui est loin d’être un repaire de communistes, a vu ses revenus croitre d’une manière exponentielle depuis 20 ans. En même temps, dans les économies les plus développées, l’Allemagne par exemple, les travailleurs pauvres représentent près du quart de la classe ouvrière.

Le drame c’est que la théorie du ruissèlement a un perdant. Puisqu’il faut baisser les impôts des riches et que l’Etat ne doit pas les concurrencer sur les marchés financiers, il faut limiter le déficit budgétaire. Les personnes de ma génération qui ont vécu le débat sur le budget finançable sont out. Quelqu’un quelque part a décidé qu’au-delà d’un déficit de 3%, un Etat n’était plus crédible. On ne discute plus des emplois, des investissements publics et leur impact sur la population. A plus de 3% de déficit, un gouvernement n’est pas sérieux. Alors tout le monde est dans l’austérité, en attendant que les riches daignent enfin laisser fonctionner le fameux ruissèlement.

Mais l’austérité budgétaire a une implication directe, le saccage des services publics. Or le capitalisme a survécu parce que l’Etat faisait de la redistribution via les services publics. Cette forme de solidarité, par le biais de l’impôt a évité les implosions des sociétés occidentales.

Maintenant qu’on s’attaque aux retraités, à la santé, au logement, au nom d’une sacro-sainte rigueur budgétaire comme le fait Macron, on sape l’unité des nations. Il ne faut pas s’étonner des avancées des extrêmes. La social-démocratie, parce qu’elle a trop cédé aux libéraux, est en déconfiture absolue, l’ultra gauche et les mouvements identitaires ont un boulevard devant eux. La stabilité actuelle est factice, il n’est pas sûr que la démocratie tienne le choc.

En fait les libéraux utilisent la mondialisation pour justifier un nivellement par le bas à la fois des impôts et des services publics. Florent Pagny, un idiot XXL annonce qu’il part au Portugal pour des raisons fiscales et la meute des loups libéraux crie à la perte des riches. Cela-dit, on peut parier que quand il aura son cancer, c’est en France qu’il va se faire soigner comme Halliday le Belge.

Ce dumping régressif n’est pas seulement moralement condamnable. Il est surtout économiquement intenable. En marginalisant de larges couches de la population, on réduit la demande. Le point de bascule est très proche, celui où le quart de la population ne peut accéder ni à la propriété, ni à la voiture, ni aux vacances. Croire que des gens vont accepter de revenir au 18ème siècle sans réagir est une illusion libérale. L’arnaque du ruissèlement va se terminer dans le sang.