Les Etats-Unis '' désarmés '' face au suprémacisme blanc

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Washington - Au lendemain de la double tuerie de masse horrifiante au Texas et à l'Ohio, les Américains sont sous le choc et surtout en quête de réponses face à l'ampleur d'une violence qu'ils jugent insensée. En l'espace de 24 heures, 30 personnes innocentes ont été abattues de sang froid dans des lieux publics par des assaillants armés jusqu'aux dents.

La première puissance du monde est de nouveau confrontée à ses vieux démons : la violence par les armes létales. Ce phénomène est exacerbé par de fortes tensions raciales qui se nourrissent d'un discours incendiaire autour de l'immigration et une montée de l'idéologie raciste du suprémacisme blanc.

L'usage des armes est un droit consacré dans le deuxième amendement de la constitution des Etats-Unis. Il est ardemment défendu par des lobbys particulièrement puissant. En dépit des drames successifs au fil des ans, le débat autour de la restriction de l'accès aux armes demeure sensible et peine à avancer.

De récentes statistiques évoquent environ 300 millions d’armes en circulation dans le pays. Et chaque jour, environ 100 personnes meurent par arme à feu. En tout, les États-Unis ont enregistré cette année au moins 32 fusillades de masse, définies comme étant une tuerie d'au moins trois personnes.

Aussi, la double fusillade de ce week-end a-t-elle mis la pression sur Donald Trump, à la fois pour s'attaquer à la violence généralisée des armes à feu aux États-Unis et pour reconsidérer sa propre rhétorique controversée sur les immigrants et les minorités.

Dans une intervention lundi, le président américain a ainsi appelé à resserrer les vérifications des antécédents pour le port d'armes à feu, tout en suggérant de lier une telle loi à la réforme de l'immigration.

"Nous ne pouvons laisser les victimes d’El Paso, au Texas, et de Dayton, en Ohio, mourir en vain. De même, pour ceux qui ont été grièvement blessés. Nous ne pourrons jamais les oublier ainsi que ceux qui les ont précédés. Républicains et Démocrates doivent se réunir pour mettre en place de fortes vérifications des antécédents", a écrit le président américain sur Twitter. 

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"Peut-être faudrait-il concilier cette législation avec la réforme désespérément nécessaire sur l’immigration. Quelque chose de bien, si ce n’est de grand, doit résulter de ces deux événements tragiques" a-t-il poursuivi.

Qualifiant les tueries de masse de "crime contre l'humanité", il a ensuite appelé à l'exécution "rapide" de leurs auteurs et à une condamnation par les Etats-Unis du suprémacisme blanc, une idéologie raciste fondée sur l'idée de la supériorité de la race blanche sur les autres humains. 

"D'une seule voix, notre pays doit condamner le racisme, le fanatisme et la suprématie blanche", a déclaré M. Trump qui a en outre mis en garde contre "les dangers d'Internet et des médias sociaux".

A El Paso, le centre commercial pris pour cible se trouve à moins de 10 minutes de route du pont des Amériques, reliant El Paso et sa ville jumelle au Mexique, Ciudad Juárez. Il constitue une destination de choix pour les touristes mexicains qui viennent dans la ville pour faire leurs achats et rendre visite à leur famille. 

Parmi les victimes de la tuerie figurent au moins trois ressortissants mexicains.

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L’assaillant présumé, qui a ouvert le feu, est un jeune homme blanc de 21 ans. Le dénommé Patrick Crusius, originaire de la région de Dallas, aurait posté un manifeste en ligne dans lequel il dénonce notamment "une invasion hispanique du Texas". Il se serait inspiré de la fusillade commise en mars dernier par un suprémaciste blanc en Nouvelle-Zélande contre des mosquées de la ville de Christchurch faisant 51 morts.

Dans l'Ohio, l’auteur de la tuerie, Connor Betts, 24 ans, armé d'un fusil d’assaut et portant une armure de corps, a réussi en moins d'une minute à tuer neuf personnes, dont sa propre sœur, et à en blesser plus de 20 autres. L'intervention rapide de la police qui l'a abattue, a permis d'éviter un bilan encore plus lourd.

Le Locataire de la Maison blanche, qui a été sévèrement critiqué par la presse américaine libérale pour ses prises de position favorables à la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes à feu, a par ailleurs riposté en accusant les médias de fomenter la colère derrière les fusillades.

"Les médias ont une grosse responsabilité par rapport à la vie et la sécurité dans notre pays. Les Fake News ont grandement contribué à la colère et la rage qui s’est accumulée au fil des années. La couverture médiatique doit commencer à être juste, équilibrée et neutre, sinon ces problèmes terribles ne feront qu’empirer", a estimé le président Trump. 


Dans sa livraison, la presse US est unanime à réserver ses gros titres et ses commentaires aux doubles drames du week-end. Responsables politiques aux niveau fédérales et dans les deux villes touchées, analystes et spécialistes de tout bord défilent en boucle sur les plateaux de télévisions.

Ainsi, le New York Times écrit que dans un pays devenu presque insensible aux hommes armés qui ouvrent le feu dans des écoles, des concerts et des églises, les tueries de masse consécutives survenues en moins de 24 heures ce week-end aux Etats-Unis ont laissé les Américains sous le choc.

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Les deux fusillades, poursuit le journal, ont aussi stoppé la campagne présidentielle de 2020, relancé le débat sur le contrôle des armes à feu et remis en question les propos de plus en plus virulents à l’encontre des immigrés à la frontière sud des Etats-Unis ces dernières semaines par les stratèges de la droite américaine et le président Donald Trump.

De son côté, le Washington Post relève qu’à El Paso et Dayton, le week-end a été marqué d’une violence horrible. Mais à y regarder de plus près, ces fusillades ont servi à illustrer à quel point les auteurs de ces tueries de masse, considérés comme des loups solitaires en Amérique, ne sont pas vraiment si seuls.

Que la cause immédiate soit politique ou personnelle, qu'elle provienne d'un endoctrinement idéologique, d'une maladie mentale ou d'un mélange toxique de facteurs qui ont laissé les tireurs isolés et psychologiquement fracassés, chaque attaque témoigne d'un désordre troublant au sein de l'Amérique moderne, estime la publication proche de la gauche américaine.

Pour sa part, le Wall Street Journal note que les événements tragiques du week-end ont secoué un pays qui semble avoir pris l’habitude des bilans des tueries de masse au sein des espaces publics.

Ces fusillades consécutives, sur lesquelles les autorités enquêtent comme possible crime de haine, ont relancé le débat national sur les lois relatives au contrôle des armes à feu, qui devrait dominer la campagne présidentielle ces prochains jours, et ce même si de telles législations semblent avoir peu de chance d’être adoptées, fait observer la publication.

Et d’ajouter à cet égard que les démocrates ont critiqué dimanche les républicains du Sénat pour leur opposition à une telle législation qui, selon eux, contribuerait à stopper les tueries de masse, tout en accusant le président Trump d'avoir utilisé une rhétorique ayant contribué à inciter à la violence.

Selon le journal, les républicains ont exprimé leur indignation lors de la fusillade du week-end qui a coûté la vie à 30 personnes, mais ont montré peu de signes d’hésitation quant à leur opposition aux nouvelles lois sur les armes à feu.

Aussitôt après les fusillades, Donald Trump a ordonné la mise en berne des drapeaux américains en hommage aux victimes.

"Notre nation pleure tous ceux qui ont été assassinés dans les tragiques fusillades (…) et nous partageons les souffrances de tous ceux qui ont été blessés lors de ces deux attaques insensées", a-t-il déclaré dans une proclamation diffusée dimanche. 

La mise en berne des drapeaux américains se fera jusqu’au 8 août et concerne la Maison Blanche et l’ensemble des bâtiments et immeubles du gouvernement fédéral, ainsi que les bases militaires, les ambassades, les bâtiments navals et autres installations à l’étranger.

Au-delà des prières et des appels aux réformes, les Américains s'attendent plus que jamais à une forte action pour réguler la vente des armes mais aussi confronter les suprémacistes blancs.

"Le monde, et l’Occident en particulier, font face à un grave problème de terrorisme d'extrême droite qui a été trop longtemps ignoré ou toléré", écrit le comité éditorial du prestigieux New York Times. 

*MAP