MBZ, le dirigeant arabe le plus puissant ?

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Ce n’est plus un secret pour personne. Les relations du Maroc avec l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes unis ne sont plus ce qu’elles étaient. Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont mauvaises, seulement elles ont changé de nature. Rabat a acté les évolutions que ces deux pays ont connues et les a intégrées dans sa politique extérieure. Ces changements font couler beaucoup d’encre vérifiant plus que jamais l’adage de qu’on ne prête qu’aux riches. Les « petits » Emirats se voient prêtées un rôle quasiment de « puissance » capable d’intervenir jusque dans les élections américaines pour favoriser l’élection de Donald Trump pratiquement réduit par le New York Times à un poulain d’Abou Dhabi.  

C’est que le vénérable quotidien newyorkais estime qu’aujourd’hui le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed al-Nahyane (MBZ), est plus puissant que son homologue d’Arabie Mohamed Ben Salman (MBS). MBZ serait même le mentor de cedernier qu’il aurait aidé à s’emparer du pouvoir à Ryad. Il est désormais évoqué comme « le dirigeant arabe le plus puissant ».

Il est certain qu’il ne serait pas prudent de ne pas prendre aux sérieux l’analyse du New York Time même si la puissance qu’elle attribue à MBZ semble disproportionnée et exagérée. Mais on laisse au lecteur le loisir de juger par lui-même Les deux longs articles que le New York Times a publié dimanche dernier. Ils retracent le parcours, les connections et l'influence à Washington et dans le monde arabe et évoquent son rôle présumé dans l’ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle américaine de 2016, sur la base du rapport d’enquête du procureur spécial Robert Muller.

Sous le titre : "Le dirigeant arabe le plus puissant n’est pas M.B.S. c’est M.B.Z.", le quotidien américain écrit que le prince Mohammed, aujourd'hui âgé de 58 ans, est sans doute le dirigeant le pluspuissant du monde arabe. Il fait également partie des voix étrangères les plus influentes à Washington, lequel exhorte les États-Unis à adopter une approche de plus en plus belliqueuse » dans la région.

"Son cercle d'influence à Washington est légendaire.  Ses forces militaires sont les plus puissantes du monde arabe. Elles sont équipées, grâce à une collaboration avec les États-Unis, pour mener des opérations de surveillance et de combat de haute technologie bien au-delà de leurs frontières.", selon la même source qui note que pendant "des décennies, le prince est un allié américain clé, qui suivait la trajectoire de Washington, mais maintenant il trace sa propre voie. Ses forces spéciales sont actives au Yémen, en Libye, en Somalie et dans le nord du Sinaï en Égypte. Il a œuvré pour contrecarrer les transitions démocratiques au Moyen-Orient, a aidé à installer un autocrate fiable en Égypte et a propulsé un protégé au pouvoir en Arabie saoudite".

Trump sous influence

Sous l'administration Trump, cette influence s'est « davantage renforcée », selon la publication pour laquelle l'actuel locataire de la Maison Blanche a souvent adopté les points de vues du prince au
sujet du Qatar, de la Libye et de l’Arabie saoudite, au détriment même des conseils de responsables du cabinet ou de hauts responsables de la sécurité nationale".

Le quotidien note que le prince héritier d'Abou Dhabi est aussi influent au sujet de l'Iran et les frères musulmans, deux dossiers qui "l'obsèdent" particulièrement.

Le New York Times revient aussi sur le rôle supposé du Prince pour influencer les élections américaines de 2016 à la faveur de Trump en favorisant l’ingérence russe dans ce scrutin, l'affaire qui fait objet d'une grande enquête aux Etats Unis qui aurait révélé une série de connections impliquant le dirigeant émirati.

« Complice » des Russes

“Désormais, le Prince Mohammed a également attiré l’attention de procureurs américains. Le procureur spécial qui enquête sur l’ingérence de la Russie dans les élections de 2016 a révélé des
preuves qui attestent que le prince a tenté d’aider les Russes à ouvrir des canaux de communication informels avec le cercle restreint de M. Trump”, rapporte le grand tirage.

“Avant la prise de fonctions de M. Trump, le prince a arrangé une réunion secrète avec le gendre du président, Jared Kushner. Il a également tenté de faciliter des discussions entre l’administration
Trump et la Russie, avec l’aide d’un financier et ami de M. Kushner, Richard Gerson ”, fait savoir la publication dans son second article intitulé : “Ce qu’il faut savoir à propos du Prince Mohammed bin
Zayed.

Selon le Times, l’un des jeunes frères du prince a présenté M. Gerson à un homme d’affaires russe qui sert d’intermédiaire entre le président Vladimir Poutine et les monarques du Golfe, d’après le rapport du procureur spécial.

Cet homme d’affaires, Kirill Dmitriev, se serait entretenu avec M. Gerson à propos d’un “plan de réconciliation” pour les Etats-Unis et la Russie, dont M. Gerson aurait fait un résumé à M. Kushner.

“Plus tard, le Prince Mohammed a invité M. Dmitriev aux Seychelles pour rencontrer Erik Prince, le fondateur d’une entreprise de sécurité privée et quelqu’un que les Emiratis pensaient représenter l’équipe Trump”, poursuit-on, ajoutant que les procureurs continuent d’examiner les activités d’au moins cinq émissaires ou opérateurs travaillant pour le prince qui auraient essayé de s’introduire auprès de M. Trump.

“Une autre enquête examine la possibilité que les Emirats Arabes Unis ont eu recours à des techniques de cyberespionnage de la part d’anciens agents américains pour espionner des citoyens américains”, relève le quotidien.

“Bien qu’il eut visité de façon régulière les Etats-Unis pendant des décennies, le Prince Mohammed est resté loin depuis deux ans, en partie parce qu’il craint que les procureurs cherchent à l’interroger
lui-même ou ses assistants, selon deux personnes bien informées”, estime la publication.

Par ailleurs, l'influence de MBZ auprès du complexe militaire et des cercle de réflexion américain au coût de millions de dollars, a été également soulignée dans ces deux analyses qui évoquent d’autre part les qualités reconnues au prince cultivé, humble, accessible, qui aime les Etats-Unis et qui mène de grand projets de développement et de modernisation de son pays. De même qu'il considère Israël un allié contre l'Iran et les frères musulmans.

Par ailleurs, le quotidien US évoque le rôle clé du Prince Mohamed dans le choix de MBS pour devenir le prince héritier d'Arabie Saoudite, tout comme son influence dans le conflit engagé par les
pays du Golfe contre le Qatar ou dans la guerre du Yémen.