Prédire l'évolution des épidémies, un défi mondial complexe

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Genève - La récente flambée du nouveau coronavirus en Chine a plongé le monde dans l'inquiétude et l'incertitude et mis au grand jour les difficultés complexes auxquelles sont confrontées les autorités sanitaires mondiales et la communauté scientifique pour cerner, prédire et modéliser l'évolution des épidémies.

Deux mois après l'émergence du nouveau virus dénommé désormais Covid-19, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a accueilli mardi et mercredi à son siège à Genève une conférence réunissant plusieurs centaines de spécialistes en épidémiologie du monde entier pour passer en revue les moyens de combattre la maladie et capitaliser sur les enseignements tirés d'épisodes épidémiques passés, a conclu que "cette épidémie peut aller dans n'importe quelle direction".

"Je pense qu'il est aujourd'hui beaucoup trop tôt pour tenter de prédire le commencement, le milieu ou la fin de cette épidémie", a déclaré à la presse Michael Ryan, chef du département des urgences sanitaires de l'OMS, au terme de cette réunion.

C'est en effet tout l'enjeu des recherches des épidémiologistes sur le coronavirus: essayer d'en mesurer l'ampleur réelle, prévoir l'évolution de l'épidémie et déterminer si la maladie peut se transformer en pandémie.

Si les chercheurs du monde entier s’attellent désormais à faire des estimations de l’évolution de l’épidémie, le peu de connaissance sur le coronavirus 2019-nCoV rend les résultats imprécis.

Plusieurs modèles mathématiques ont été développés par le passé par les chercheurs pour suivre les évolutions des épidémies et leurs propagations. Cependant, ces outils sont souvent pointés du doigt du fait de l’ambiguïté qui les entoure: ils sont à la fois scientifiques par les méthodes qu’ils mettent en œuvre et politiques par les effets qu’ils produisent, sans parler des enjeux économiques – vaccinations ou traitements à grande échelle – qui peuvent découler de leurs prédictions.

Ces modèles s'appuient sur deux critères: la transmissibilité du virus et l'intervalle de transmission. En clair: si une personne est infectée, à combien de personnes va-t-elle transmettre le virus et en combien de temps ?.

Dans le contexte de la mondialisation et de l'inter-connectivité étroite entre les pays, ces critères mathématiques sont généralement pondérés par les événements qui peuvent les modifier, comme les mesures de mises en quarantaine, dans le cas du coronavirus, qui ont limité les possibilités de déplacement des personnes infectées à Wuhan.

Cependant, la véritable difficulté pour les chercheurs aujourd'hui repose sur le virus lui-même, encore méconnu. Il s'agit d'un problème commun aux maladies émergentes dont on en connaît pas les caractéristiques clés, ce qui rend difficile la prévision de leur évolution.

Pour ce qui est de la transmissibilité, des scientifiques de l'Imperial College de Londres estiment qu'en moyenne, « chaque cas (de patient porteur du nouveau coronavirus) a infecté 2,6 autres personnes ». La question de l'intervalle de transmission est encore un mystère : on ne sait pas à quel stade de l'infection un patient devient contagieux.

Cependant, les épidémiologistes dégagent, sur la base des expériences passées, trois scénarios possibles. Le premier dépend entièrement des politiques sanitaires menées par les Etats pour venir à bout du virus, comme ce fut effectivement le cas pour le SRAS. En 2005, l’OMS a édicté son «Plan mondial de préparation à une épidémie de grippe», qui liste une série de mesures à mettre en place aux niveaux national et international.

Dans le deuxième scénario, l’épidémie devrait s’essouffler, faute d’humains à infecter, comme ce fut pour Zika qui s'est propagé en 2015 – 2016 par le biais d’animaux ou de piqûres d’insectes, et qui, après avoir touché la plupart des personnes susceptibles de l’avoir, s’est éteint naturellement à Porto Rico et en Amérique du Sud.

Dans le troisième scénario, le coronavirus ferait le tour du monde, comme lors de l’épidémie de H1N1. Et même dans ce «pire» scénario, les experts prédisent que le virus pourrait fortement marquer le pas, sans jamais totalement disparaître. Le 2019-nCoV pourrait donc stopper sa course avec l’arrivée du printemps et revenir dès les premiers frimas. De quoi gagner un temps précieux pour mettre au point traitements et vaccins.

*MAP