Réconciliation Macky Sall/Abdoulaye Wade, l'évènement 2019 du Sénégal

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Dakar - Historique, inespérée et réconfortante, la réconciliation entre le président sénégalais Macky Sall et son prédécesseur Abdoulaye Wade (2000-2012) à l'occasion de l’inauguration officielle de la mosquée Masalikoul Jinane (les chemins du paradis), en septembre dernier à Dakar, aura été marquée d’une pierre blanche dans les annales de la vie politique au Sénégal, dont le dialogue et la concertation sont les veines nourricières.

La bénédiction de cette mosquée, la plus grande en Afrique de l’Ouest, construite par la communauté mouride moyennant un budget pharamineux d’environ 30 millions euros, a vraisemblablement contribué à apaiser les tensions politiques et les crispations entre Macky Sall et le leader du Parti Démocratique Sénégalais (PDS/opposition), Abdoulaye Wade.

Sous les auspices du Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké, la poignée de main entre les deux hommes aura été le fil déclencheur d’une audience inédite entre Macky Sall et Abdoulaye Wade au palais de la République, le 12 octobre dernier.

Macky Sall et Abdoulaye Wade se sont engagés, à cette occasion, "à unir leurs forces pour le retour de la paix et la consolidation de la stabilité", selon la déclaration ayant sanctionné leur rencontre.

Ils ont exhorté également "tous les sénégalais et tous les africains à cultiver la paix en privilégiant le dialogue et l’intérêt de l’Afrique", indique la même source, ajoutant que Macky Sall et son prédécesseur ont convenu en outre d’approfondir les discussions relatives au statut du chef de l’opposition et au processus électoral dans le cadre du dialogue national.

Entre temps, et trois jours seulement après les retrouvailles Sall/Wade, la page de l’incarcération de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall qui purgeait une peine de prison de cinq ans dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds publics, fut tournée définitivement après une grâce présidentielle.

L’effet domino positif de la réconciliation semble ainsi toucher l’ancien édile de la capitale, qui a bénéficié d’une remise de peines avec d’autres codétenus.

Khalifa Sall, incarcéré depuis mars 2017 dans l’affaire dite de la "caisse d’avance" de la mairie de Dakar, avait été condamné à 5 ans de prison le 30 mars 2018, une peine confirmée par la Cour d’appel de Dakar, le 30 août 2018, et la Cour suprême, le 3 janvier 2019.

Il avait auparavant été révoqué de ses fonctions de maire de la capitale sénégalaise, au lendemain de la confirmation de sa condamnation par la Cour d’appel, avant de perdre également son mandant de député.

Sa candidature pour prendre part à l’élection présidentielle de février dernier avait été rejetée par le conseil constitutionnel, tout comme celle de Karim Wade, fils de l’ancien chef d’Etat sénégalais.

D’ailleurs, ce scrutin avait remporté haut la main par le président sortant qui briguait un deuxième mandat, de cinq ans cette fois-ci, après la dernière réforme constitutionnelle.

Le président sortant avait remporté donc, dès le premier tour, un second mandat avec le soutien de 58,26 % des électeurs.

Bien que contestant le verdict de l’élection, les candidats de l’opposition avaient renoncé à introduire un recours auprès du Conseil constitutionnel.

Macky Sall, qui a mené une campagne électorale tendue, marquée notamment par un appel au boycott de ce scrutin par Abdoulaye Wade et des tensions accrues, a réussi à mener le pays à bon port, entérinant ainsi la tradition démocratique au pays de la Téranga où aucun coup d’Etat n’a eu lieu et les résultats des urnes ont toujours été respectés par les perdants.

Aussitôt passée l’euphorie de la victoire à la présidentielle, le chef de l’Etat sénégalais a décidé de supprimer le poste de Premier ministre, occupé jusqu’ici par Mahammad Boun Abdallah Dionne, qui devient ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République.

Les raisons de la suppression de ce poste ont été débattues largement par les spécialistes, mais le président élu a vite étaler sa politique pour son prochain quinquennat qui sera sous le signe du "fast-track" dont la spécificité est d’impulser à ses projets une vitesse d’exécution supersonique afin de combler l’attente des Sénégalais.

En définitive, la conjugaison de tous ces facteurs positifs ont contribué amplement à calmer les ardeurs du landerneau politique, d’autant plus que le chef de l’Etat avait réaffirmé son intention de ne pas briguer un troisième mandat en 2024. Au demeurant, la classe politique sénégalaise a montré, une fois de plus, sa capacité à dialoguer et échanger, en total respect des principes démocratiques, ce qui fait de l’expérience sénégalaise un modèle unique en son genre.

*MAP