Soudan: Omar El Béchir destitué par l'armée

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Le président soudanais Omar el-Béchir, au pouvoir depuis trois décennies, a été destitué par l'armée, a annoncé jeudi 11 avril le ministre de la Défense, Awad Ahmed Benawf.

Le président Omar el-Béchir, qui dirigeait le Soudan d'une main de fer depuis 30 ans, a été renversé jeudi 11 avril par un coup d'Etat de l'armée, dans le sillage d'un soulèvement populaire, et a été remplacé par un "conseil militaire de transition" pour deux ans.

Alors que des scènes de liesse avaient précédé l'annonce du départ de M. Béchir, les meneurs du mouvement de contestation ont rejeté la mise en place d'instances militaires de transition, et appelé à la poursuite des manifestations.

De telles protestations, qui ont désormais lieu de jour comme de nuit, font peser le risque de violences alors que les nouvelles autorités militaires ont aussi annoncé jeudi un couvre-feu nocturne.

"J'annonce, en tant que ministre de la Défense, la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef", a dit ce responsable à la télévision d’État.  Cette annonce fait suite à un mouvement de contestation populaire de plusieurs mois contre le régime de M. Béchir, qui avait pris le pouvoir par un coup d’État en 1989.

Un "conseil militaire de transition" succède à Béchir pour deux ans, a ajouté la même source, notant que les frontières et l'espace aérien sont fermés jusqu'à nouvel ordre.

En plein marasme économique, le Soudan est le théâtre depuis décembre de manifestations déclenchées par la décision de tripler le prix du pain. La contestation s'est vite transformée en un mouvement réclamant la "chute" de M. Béchir, qui fait par ailleurs depuis des années l'objet de poursuites internationales. Un couvre-feu d'un mois a en outre été décrété de 22H00 (20H00 GMT) à 04H00 (02H00 GMT) à travers le pays.

Un cessez-le-feu a aussi été annoncé à travers le pays, notamment dans les Etats en proie aux rébellions comme le Darfour (ouest).

En 2009, la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye, a lancé un mandat d'arrêt contre Omar el-Béchir pour "crimes de guerre" et "contre l'humanité" au Darfour, avant d'ajouter en 2010 l'accusation de "génocide".

Débuté en 2003, le conflit au Darfour a fait plus de 300.000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU. Le niveau de violence a toutefois largement diminué ces dernières années.

Si les meneurs de la contestation ont obtenu jeudi gain de cause --le départ d'Omar el-Béchir--, ils ont en revanche rejeté la décision de l'armée de créer un "conseil militaire" pour mener une transition qui s'annonce particulièrement longue: deux ans.

Premier pays à réagir, l'Egypte voisine, où l'armée avait également éjecté Hosni Moubarak du pouvoir en 2011 sous la pression de la rue, s'est dit "confiante dans la capacité du peuple et de son armée" à gérer la transition.

Peu avant l'annonce du ministre de la Défense, le puissant service de renseignement au Soudan (NISS), fer de lance de la répression des manifestations, avait fait état de la libération de tous les prisonniers politiques du pays.

Le centre de la capitale, au sud du QG, a au gré de la matinée été envahi par une foule joyeuse immense, selon un journaliste de l'AFP. Les manifestants se prenaient dans les bras, brandissaient des drapeaux soudanais et échangeaient des friandises.

Pour le sixième jour consécutif, des milliers de manifestants déterminés étaient eux rassemblés devant le siège de l'armée, qui abrite aussi le ministère de la Défense et la résidence officielle du président.

Des femmes regroupées devant ce site lançaient des youyous et scandaient des slogans anti-Béchir.

Des foules étaient aussi rassemblées dans les villes de Madani, Gadaref, Port-Soudan, Al-Obeid et Kassala, brandissant des drapeaux soudanais.

A Khartoum, l'Alliance pour la liberté et le changement a appelé en cours de journée la population à "ne pas attaquer quiconque ou les biens gouvernementaux et privés".

Des manifestants ont mené un raid dans un bâtiment du NISS à Kassala (est), selon des témoins. L'un d'eux a indiqué à l'AFP par téléphone que le raid était survenu après le refus d'officiers de relâcher des prisonniers détenus là-bas.
Une attaque similaire a été menée à Port-Soudan (est) par des manifestants antirégime, selon des témoins.

Depuis samedi, les manifestants avaient essuyé à plusieurs reprises les assauts du NISS, qui a tenté en vain de les disperser à coups de gaz lacrymogène, selon les organisateurs du rassemblement.