Torture française en Algérie: Audin et pas Ben M'hidi

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Le sort de dirigeants importants de la Révolution, morts eux aussi, comme Audin, sous la torture, à l'exemple de Larbi Ben M’hidi ou de l’avocat Ali Boumendjel, n’a pas fait l’objet de la même « repentance » de la part de Macron. Toutefois, l'Algérie semble, pour l'instant, se contenter de ce petit pas"  

Le président français Emmanuel Macron a reconnu, ce jeudi 13 septembre que la France avait bel et bien mis en place un système entrainant des actes de torture durant la guerre d’Algérie

Il a également reconnu la responsabilité de la France dans la mort de Maurice Audin, mathématicien militant de l’indépendance de l’Algérie décédé en 1957.

Macron a ainsi remis une déclaration à la veuve de Maurice Audin. L’Elysée a indiqué : « le président de la République a décidé qu’il était temps que la nation accomplisse un travail de vérité sur ce sujet. Il reconnait au nom de la République française que Maurice Audin a été torturé puis exécuté à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile ».

Et Macron d’ajouter : « il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité. Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris (…) tant en Algérie qu’en France ».

La même source souligne que l’historien Patrick Garcia a confié à l’AFP que cette décision de Macron s’inscrit dans une continuité puisque « les premiers gestes datent de Jacques Chirac. Il ajoute : « quand il fait reconnaître par son ambassadeur, en 1998, les massacres de Sétif, il ouvre alors un processus de reconnaissance que poursuit François Hollande en reconnaissant la répression de la manifestation d’octobre 1961 à Paris, aussi dans son discours sur la dureté du système colonial en 2012 ».

Pour l’historien, « un seuil est franchi avec la reconnaissance de la torture à travers le cas de Maurice Audin. Emmanuel Macron est au plus près des travaux des historiens qui ont établi les choses depuis bien longtemps ».

Une décision controversée…

Par ailleurs, la décision d’Emmanuel Macron, si elle était attendue depuis longtemps par la famille de Maurice Audin, ne fait pas l’unanimité et a été critiquée notamment par l’ancien ministre de l’intérieur Brice Hortefeux.

Ce dernier a, en effet, estimé que c’était une mauvaise décision et qu’il faut arrêter de se repentir « sur des actes qui ont été commis par des générations précédentes ».  « L’histoire est un tout, nous la recevons en héritage avec ses heures glorieuses comme ses heures sombres. Nous devons l’assumer et ne jamais l’oublier. Mais plutôt que de se repentir sur des actes qui ont été commis par des générations précédentes, apprenons aux nouvelles générations à comprendre ce qui s’est passé », a-t-il déclaré.

De son côté,  Marine Le Pen désapprouve également la décision du président français et affirmé que celui-ci commet un acte de « division en pensant flatter les communistes ». Elle a ajouté : « Maurice Audin a caché des terroristes du FLN qui ont commis des attentats ».

Même son de cloche chez Jean-Marie Le Pen qui a déclaré qu’il « faut laisser les morts enterrés et le temps faire son œuvre. Ce n’est pas au président de la République de rouvrir la tombe. Cela me paraît mirobolant, et même, détestable ».

Ayant combattu dans un régiment de parachutistes entre 1956 et 1957 en Algérie, Jean-Marie Le Pen a avoué qu’il aurait « sans doute » pratiqué la torture en Algérie, par « devoir », si on le lui avait demandé.

Pour les Algériens, il s’agit d’un « grand pas »

Le site algérien Tout Sur l'Algérie (TSA) a affirmé que des autorités et historiens algériens ont salué la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans la mort sous la torture du militant indépendantiste Maurice Audin lors de la guerre d’Algérie.

« C’est un grand jour », déclare Amar Mohand Amer, historien et chercheur au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc) d’Oran, cité par le journal.

Pour Madjid Merdaci, historien algérien et professeur à l’Université de Constantine, toujours selon la même source, « le président la République reconnaît que l’armée française a commis un crime ». Et d’ajouter : «  c’est un pas significatif. Cette reconnaissance a une portée symbolique pour la France et pour l’Algérie et elle appelle d’autres reconnaissances ».

Merdaci, s’est également réjouit, écrit TSA,  d' « un pas pour lever les hypothèques qui pèsent sur les rapports entre l’Algérie et la France » avant de souligner que le cas de Maurice Audin montre la complexité des situations et des engagements dans ce conflit.

Pour Madjid Merdaci, la reconnaissance de la responsabilité de la France a aussi une importance cruciale à l’échelle de la famille de Maurice Audin: « pour son épouse Josette, son fils Pierre, sa fille. Mme Audin attend cela depuis des décennies ».

Néanmoins à A Alger, "les plus sceptiques, note le site TSA, relèveront que l’annonce ne coïncide pas avec la date anniversaire de la mort de Maurice Audin (21 juin) ni avec aucune date clé de la Guerre d’Algérie, mais survient à la veille de la célébration de la fête de l’Humanité, événement organisé chaque année en septembre par le journal français éponyme, donc par le courant communiste, famille politique d’Audin.

"De même que le sort de dirigeants importants de la Révolution, morts eux aussi sous la torture, comme Larbi Ben M’hidi ou l’avocat Ali Boumendjel, ajoute-t-il, n’a pas fait l’objet de la même « repentance ». Toutefois, l'Algérie semble se contenter de ce petit pas" et ne veut pas voir  dans la position d’Emmanuel Macron "à un simple geste à l’adresse de la veuve de Maurice Audin, Josette Audin, 87 ans, qui mène un combat individuel pour faire éclater la vérité depuis 61 ans, ou encore en direction de la gauche française pour quelque considération de politique interne." Peut-être espère-t-on d'autres gestes qui viendraient mettre à plat le "litige historique" entre la France et sa plus importante ex-colonie en Afrique qu'elle percevait comme un territoire français.