Un jeu de balle préhispanique de retour à Mexico 500 ans après sa disparition

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Dans un quartier du nord de Mexico, Giovanni Navarro ajuste sur ses hanches une large ceinture de cuir, prêt à disputer une partie de "ulama", un jeu de balle préhispanique qui fait son retour dans la capitale 500 ans après sa disparition.

Le terrain tout en longueur de ce jeu rituel, cerné de parois en pierres apparentes, où des anneaux sont accrochés en hauteur de chaque côté, se situe à Azcapotzalco, un des plus anciens quartiers de la capitale. Il a été construit dans l'enceinte du centre culturel FARO, inauguré en septembre 2018.

Plusieurs fois par semaine, de jeunes Mexicains se réunissent pour faire revivre le "ulama" (nom en nahuatl), une tradition vieille de 3.500 ans pratiquée par les Mayas et les Aztèques à différentes époques. 

Selon les historiens, les joueurs utilisaient leurs hanches pour garder une lourde balle en caoutchouc de quelque 4 kilos en jeu, lequel impliquait des sacrifices humains. Le but était de faire passer la balle dans l'anneau en pierre de l'équipe adverse, situé à 6 mètres du sol. 

"Il faut s'habituer au poids. (La balle en caoutchouc) te laisse des bleus sur la hanche ou à l'entre-jambe. Il y a des coups très forts qui peuvent t'empêcher de jouer pendant un mois. C'est pour ça qu'il faut faire preuve de discipline pour être à 100%", explique à l'AFP Giovanni Navarro.

"On est en train de retrouver nos racines avec ce jeu", se réjouit Beatriz Campos, une joueuse de 25 ans. Si jusque-là le jeu n'était plus pratiqué dans la capitale, plusieurs Etats comptent des équipes féminines, masculines et pour enfants. 

Cérémonies guerrièr

Lors de cette joute sportive, qui se déroulait   traditionnellement à l'occasion de rituels liés à la fertilité ou de cérémonies guerrières, deux équipes de un à sept joueurs s'affrontaient.

"Le jeu de balle a été oublié (...). Il a été aboli (à Mexico) il y a 500 ans, mais il est en train de renaître, ici à Azcapotzalco”, se réjouit Emmanuel Kakalotl, entraîneur. 

Selon Annick Daneels, chercheuse belge en anthropologie de l'Université nationale autonome du Mexique (Unam), il s'agirait du premier terrain de ce jeu rituel à Mexico, depuis sa disparition il y a un demi-siècle.

"Il y avait de nombreux terrains de jeu de balle à l'époque postclassique (950-1521). Mais lorsque les Espagnols sont arrivés (1519), à cause de sa connotation avec la politique et la religion, c'est une des premières pratiques qui a été interdite" par les conquistadors, explique la chercheuse. Des vestiges de ces terrains originaux ont été retrouvés sur des sites archéologiques au centre et au sud du Mexique, dans les Etats de Morelos, Veracruz, Oaxaca, Campeche et Yucatan.

Au centre culturel FARO Azcapotzalco Xochikalli, qui dépend de la ville de Mexico, il est interdit de fumer et de consommer de l'alcool sur le terrain. 

"Les fondements de la cosmo-vision amérindienne sont le corporel, l'intellectuel, l'émotionnel et l'énergétique. Et souvent, lorsque l'on s’égare, c'est parce qu'on ne trouve pas cette unité. Nous cherchons à la retrouver", explique Lia Membrillo, la responsable du FARO.