''Woody Allen'' ou le général que Bouteflika ne pouvait duper

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Avec une tête sympathique à la Woody Allen, Rachid Benyelles est l’un des trois signataires, avec Ahmed Taleb Ibrahimi et Ali Yahia Abdennour, de l’appel lancé à l’armée de nouer un dialogue « franc et honnête » avec des figures représentatives du Hirak et des partis et des forces politiques et sociales qui le soutiennent.

Il est encore jeune lycéen au Maroc, quand il rejoint les rangs de l'armée de libération algérienne en 1957 avant d'être envoyé à l'école navale d'Alexandrie, en Egypte. Depuis il a suivi une carrière en ligne verticale pour prendre dans les années 60 le commandement de la base navale de Mers El-Kébir puis de la Marine avant d’être désigné secrétaire général du ministère de la Défense de 1984 à 1986, puis ministre des transports.

A la suite de la répression des émeutes dramatiques d’octobre 1988, il proteste contre l’armée et prend sa retraite. Aujourd’hui âgé de soixante-dix-neuf ans, c’est un personnage atypique qui évolue sur la scène algérienne. Réputé pour son intégrité et son franc-parler, il publie en 1998 ses mémoires, Dans les arcanes du pouvoir, dans lequel il offre au lecteur quelques secrets, pas tous, de cinq décennies d’un pouvoir qui voue un culte particulier au secret.

Boumédiéniste « pur-sang », il y défend l’idée inconcevable selon laquelle « les militaires en Algérie ne sont pas les faiseurs de la décision. Contrairement aux idées reçues, dit-il, ils ont toujours été à la disposition du décideur. Par exemple, Boumediene n'a jamais associé l'armée à la prise de décision, aux choix stratégiques sur les plans économiques. » Il omet juste de préciser que de son temps Boumediene était l’armée qu’il tenait à l’écart de la politique parce qu’en putschiste invétéré, il en connaissait les velléités.  

En avril 2001, Abdelaziz Bouteflika est président depuis 2 ans quand éclate en Kabylie les évènements qui vont devenir le printemps noir en mémoire du printemps algérien de 1980. Au bout de trois mois de confrontations, le bilan est lourd : 126 morts et plus de 5000 blessés selon la ligue algérienne de droits de l’homme.

Interrogé alors par le journal français Le Monde sur ce que pouvait penser le pouvoir en ce moment, il répond : « Personne ne le sait vraiment mais M. Bouteflika semble complètement renfermé sur lui-même. » Puis s’interroge lui-même : « Est-il tenté par une démission comme la rumeur l’affirmait récemment ? Franchement, je ne le crois pas. Je pense même que si toute l’Algérie se soulevait d’est en ouest pour demander son départ, il ne s’en irait pas ! La seule chose qui pourrait le faire bouger serait qu’il soit lâché par ceux qui l’ont mis au pouvoir ».

18 ans plus tard, l’histoire a démontré qu’il ne se trompait sur l’homme qu’était le président déchu.