Algérie : AVC d’une nation

5437685854_d630fceaff_b-
1
Partager :

couv-boutef-course

Le verdict est imminent. Il sera sans surprise. A l’appel des urnes, des essaims de voix ont répondu, nous dit-on avant même l’annonce officielle, en suivant la voie (lactée) dictée par les sept Samouraïs qui ont fait office de porte parole de Boutef. C’est que dans cette drôle de campagne électorale, il y eu quelque chose qui tutoie l’inédit. L’Algérie…euh, pardon, le système algérien a fait mieux qu’innover. A lui tout seul, il est devenu la Sillicon Valley de la quincaillerie électorale. Il a procrée la virtualité et la vraisemblance politique. Il est à douter que l’histoire ait été témoin d’un épisode aussi insolite que celui qu’auront vécus les Algériens. Ils ont été réduits à applaudir un cliché « photoshopé », lui même porté par une ordonnance médicale et animé par de furtives apparitions télévisuelles, millimétrées quand elles ne sont pas douteuses, et où chaque plan, chaque seconde tient du miracle.

Décidément, après la gestion de l’AVC de Boutef, il est fort à parier que la société algérienne s’achemine vers la gestion d’un AVC qui se conclura par une hémiplégie politique. Et ce n’est bon pour personne. Ni pour la Région ni surtout pour les Algériens.

Nous sommes voisin de ce pays dévitalisé et atrophié par un régime qui refuse son obsolescence. Et nous payons cher d’être sur le même pallier. C’en est devenu un voisinage géographique pénible. D’ailleurs ce pays, riche, désendetté et dont le territoire fait cinq fois la France  ne semble plus vivre que dans la géographie. Il donne, pour ainsi dire, le sentiment d’être en dehors de l’histoire.

Egal à lui même, il est comme compressé sous une dalle de plomb gravillonné. Rien n’y fait. La chute du mur de Berlin a presque un quart de siècle…Que dalle ! L’apartheid s’est écroulé et même que Mandela est mort…On s’en fout. Le nationalisme arabe a sombré sous les coups de boutoir d’un printemps arabe qui a fait pschitt… Que nenni ! L’arrivé d’un noir à la maison blanche, cette révolution… et alors !

Que le système algérien, obèse par la grâce de la Sonatrach, soit incapable de se réinventer, laisse pantois. Qui mieux qu’un Algérien pour parler de l’Algérie « Il n’y a pas de société algérienne, pas de pays, pas davantage d’élection présidentielle … L’Algérie est une fiction, tout est virtuel ici » écrivait Boualem Sansal dans un quotidien parisien du soir, avant d’ajouter «  les Algériens…vivent entre eux, la famille, le quartier, fermement agrippés au quotidien, et ne regardent pas ailleurs, la rue médiane est une frontière intangible. Trois pas dans le mauvais sens et on change de tribu, de langue et de religion, de façon d’être. Expliquer sa présence peut prendre du temps » Que c’est bien dit si cela ne narrait pas l’inouï destin qui accable ce peuple frère…qu’on a pris  l’habitude de qualifier de fier.

Le plus effrayant, avant de conclure, c’est l’espèce de mansuétude dont bénéficie ce régime. Bah,  on peut comprendre que la France rumine son indigestion historique, mais tout de même. Et puis, il y a toutes ces grandes nations et autres institutions qui, pour un oui ou pour un non, se fendent de leçons de démocratie qui n’ont pas pipé mot ou alors… c’est vraiment passé inaperçu. Enfin, il y a tous ces professionnels du prêchi-prêcha et autres prescripteurs de laxatifs moraux qui sont comme pétrifiés par  l’impotence de ce système dont Boutef n’est après tout que le paravent d’un audacieux et bravache autisme.