Déni de justice pour deux jumelles face à un ministère qui renie l’Etat de droit

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couv-Rachid-Belmokhtar

Deux sœurs jumelles ont été accusées de tricherie au baccalauréat. Cela a été fait à posteriori, au moment de la correction, parce que leurs copies se ressemblent trop, du point de vue des professeurs chargés de la correction. Le fait qu’elles soient jumelles n’a pas été pris en considération. Elles ont porté plainte auprès du tribunal administratif qui a rendu un jugement en leur faveur. Mais le ministère de l’Education Nationale refuse d’appliquer une décision de justice. Nous sommes devant une information qui dépasse le sort de deux jeunes candidats au baccalauréat. Un ministère refuse de se plier à une décision d’un tribunal. C’est la négation même de l’Etat de droit ! Les tribunaux administratifs ont été créés pour limiter l’omnipuissance de l’Etat, de l’administration son bras séculier, face aux citoyens. En son temps, cela avait été considéré comme une véritable avancée dans la construction démocratique. Mais le nombre de jugements restés lettre morte est impressionnant. Cette fois, le ministère annonce de manière ostentatoire qu’il ne va pas se plier à la décision du tribunal administratif. Il ne cherche même pas à cacher son attitude dans un labyrinthe juridique quelconque. En un mot, il renie l’Etat de droit et y préfère le fait du prince. C’est gravissime, parce que cela sape encore plus la confiance dans les institutions. Si le recours à la justice n’est pas un moyen de conforter ses droits, même quand on obtient gain de cause, pourquoi voulez-vous qu’un citoyen continue à croire à l’égalité de tous devant la règle de droit ? Il préfèrera utiliser d’autres moyens, en particulier la corruption, plutôt que de supporter un marathon judiciaire, dont les conclusions sont rejetées par l’Etat lui-même. La Cour a estimé, en s’appuyant sur des expertises, que les deux jumelles pouvaient avoir les mêmes sensations, faire les mêmes erreurs, d’autant plus qu’elles ont toujours travaillé en binôme. Les cadres de £l’Education Nationale refusent d’entendre ce raisonnement scientifique et s’en tiennent aux procédures internes qui ne sont pas opposables à la loi. On a l’impression que le ministère et ses cadres veulent démontrer leur intransigeance face à la triche aux examens, à travers ce cas hyper médiatisé. Ils oublient qu’à Casablanca, toute une classe a rendu une copie identique, avec la même erreur sur une question. C’est l’un des surveillants, professeur de maths, qui a généreusement fourni les réponses. Dans le désastre de l’école publique, de l’Education nationale, il y a une grande responsabilité du corps enseignant, de l’encadrement administratif, qui au fil des ans a oublié sa vocation éducative, qui est plus importante que la transmission du savoir. Au lieu de s’entêter face à deux jeunes filles au parcours scolaire brillant, d’aller jusqu’à défier l’Etat de droit, le ministère ferait mieux de plancher sur la réforme globale. Réforme qu’on attend depuis 30 ans