L’ouverture du capital des cliniques aux hommes d’affaires fait débat : Au parlement, opposition et majorité attendent de pied ferme le projet de loi de Louardi

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« C’est sûr que ça bouillonne. Et les débats promettent d’être très chauds ! » A la chambre basse, les députés de l’opposition sont sur les starting block et s’attendent déjà à des veillées d’armes. Dans les états-majors partisans,  l’ouverture du capital  des cliniques à des investisseurs non médecins que prévoit  le projet de loi relatif à l’exercice de la médecine adopté récemment  en conseil de gouvernement suscitent déjà des discussions enflammées. Entre hostilité farouche et adhésion sous réserve d’amendement, le projet de loi du ministre PPS de la santé fait le buzz.

Les parlementaires n’ont pas encore reçu copie de texte consacrant la libéralisation du secteur de la santé. Le projet de loi  de Louardi doit d’abord être adopté en conseil des ministres avant d’être déposé devant le bureau du parlement. Ce qui n’a pas empêché les députés de réagir. D’un bout de l’échiquier politique à l’autre, les réactions sont mitigées. Y compris dans les rangs même de la majorité. Une grande partie des députés islamistes a émis de sérieuses réserves au sujet de l’ouverture du capital des cliniques aux investisseurs non médecins. « Tout cela va avoir des répercussions négatives sur la bonne marche du secteur public », préviennent-ils.

Le ministre de la santé est, lui, formel.  Une telle ouverture, martèle-t-il à coup d’interviews, est porteuse d’une concurrence bénéfique pour le secteur de la santé qui serait nécessairement tiré vers le haut. « La concurrence provoquera certainement une baisse des prix et une amélioration de la qualité des prestations. Nous sommes à la recherche de l’efficacité et de la transparence. Le projet est clair : toutes les décisions médicales ne peuvent être prises que par les médecins », rassure Houssein Louardi dans un entretien accordé à nos confrères de « L’observateur du Maroc. »

La vigilance attendue du conseil de l’ordre

Les assurances ministérielles suffiront-elles à faire adopter un projet de loi qui est au cœur de divergences profondes ? Pas tout à fait. A l’USFP, le groupe parlementaire de la chambre des députés attend d’abord de recevoir le texte et de l’étudier avant de se prononcer. Mais les craintes des socialistes sont déjà perceptibles.  « Le danger réside dans le fait que la santé risque d’être de moins en moins un service public. Il y a aussi risque que les problèmes du secteur public de la santé basculent vers le privé », soutient ce ténor du parti de la Rose.  Comment les uspfpéistes comptent-ils réagir en commission ? Quelle sera leur attitude au moment du vote ? Aucune décision n’a encore été prise par les usfpéistes qui mettent en avant la nécessaire adoption de garde fous et de cahiers de charges contraignants.  « L’Etat est d’abord et avant tout producteur et garant du service public. Le gouvernement doit montrer sa capacité à faire respecter de tels cahiers des charges. Il est important d’adopter une approche globale d’autant qu’en la matière  la réalité devance les textes », fait remarquer ce député ittihadi.

Même son de cloche du côté du Parti Authenticité et Modernité où les débats se préparent. Des contacts ont été pris avec les médecins. D’une blouse blanche à l’autre, les avis divergent. « Nous avons rencontré ceux qui affichent leur refus total d’une telle ouverture du capital des cliniques car ils s’opposent farouchement à la démystification de la médecine. De la même manière nous avons établi le contact avec ceux qui ne sont pas contre une telle réforme vu que la libéralisation existe déjà, mais à condition que les gardes fous nécessaires soient adoptés pour éviter tout dérapage. Ce qui nous importe par-dessus tout c’est que le droit et l’accès aux soins des citoyens soient sauvegardés », soutient la députée PAM Nabila Benomar.

Le débat sur le projet de loi portant sur l’exercice de la médecine et la libéralisation du secteur intervient un mois seulement avant l’élection  de l’ordre national des médecins, ONM. Hasard de calendrier ou stratégie calculée pour détourner l’attention des blouses blanches ? « En tout cas, le prochain conseil national de l’ordre des médecins  aura la lourde responsabilité de veiller à l’application  de cette loi, une application éthique, citoyenne et responsable », conclut ce chirurgien de la place, candidat aux prochaines élections de l’ONM.