La DG du FMI recommande la création de plus d’emploi et la redynamisation de l’ascenseur social

5437685854_d630fceaff_b-
1
Partager :

couverture-mohamed-VI

La directrice générale du FMI Christine Lagarde a eu droit à un traitement spécial lors de sa visite au Maroc. Ce qui est tout à fait normal, non seulement parce qu’il s’agit d’une personnalité influente au niveau mondial, et au niveau de son pays la France, mais également parce qu’il s’agit d’une amie du Maroc.

La DG du FMI a eu un programme chargé au cours de son passage au Maroc, en route vers la capitale jordanienne Amman. Elle a été reçue par le roi, le chef du gouvernement, le ministre de l’économie et des finances, le gouverneur de BAM, le CESE et l’UIC.

Pour Christine Lagarde, cette visite au Maroc constitue une étape lui permettant d’exposer les conclusions du nouveau rapport du FMI sur le monde arabe en transition, y compris le Maroc, qui doit faire l’objet d’un débat à Amman. Il est aussi une étape lui permettant de discuter avec les responsables marocains les perspectives de coopération avec le FMI à la veille de l’expiration du délai d’octroie de la ligne de précaution et de liquidité.

Dans un discours prononcé au CESE Lagarde a exprimé une certaine satisfaction des politiques économiques menées au Maroc en déclarant que  « Les pays comme le Maroc recueillent les fruits de leurs efforts de diversification et de promotion des exportations et de l'investissement public. On le voit notamment dans les secteurs à forte valeur ajoutée comme les industries automobile, aéronautique et électronique. » , ajoutant que  ces progrès «  sont d'autant plus impressionnants que la conjoncture extérieure n'a pas aidé et que, dans certains pays, les tensions internes s'accentuaient sur le plan économique, social et financier »,  mais tout en indiquant que ces progrès restent fragiles.

Si la responsable du FMI a insisté sur la stabilité économique qui «  reste une priorité absolue. » car «  Les dérives budgétaires, l'endettement effréné, la montée de l'inflation ou l'érosion des réserves de change ne feraient que freiner le progrès et pèseraient en premier lieu sur les plus démunis. », elle a néanmoins introduit une nuance de taille en indiquant que «  la stabilité économique en elle-même n'est pas suffisante. Les pays arabes en transition font face aujourd'hui à une crise de l'emploi aux effets dévastateurs. Le taux de chômage global est de 13 % en moyenne. Chez les jeunes, il a plus que doublé et s'élève à 29 %! Un niveau parmi les plus élevés au monde. Depuis 2010, le nombre de personnes sans emploi a augmenté de 1,5 million. »

Cette donnée démographique et sociale a été centrale dans son analyse car elle la voit déterminante du fait que la proportion de jeunes dans la population  qui arrivent chaque année sur le marché du travail est la plus forte au monde. Cette jeunesse peut être, selon Lagarde,  une chance ou une malchance, mais tout en affirmant que  « toute une génération pourrait partir à la dérive et être marginalisée, déchue de sa dignité, dépossédée de sa place dans la société — une génération « perdue ». Partant de ce constat, la DG du FMI arrive à la conclusion que «   les défis pour la prochaine étape de la transition sont clairs : Comment trouver les moyens de créer les emplois nécessaires pour répondre aux aspirations d'une nouvelle génération. Comment créer une économie prospère et dynamique, porteuse de débouchés pour tous. ». La réponse est simple «  Il faudra doubler la croissance, aujourd'hui voisine de 3 %, et aussi faire en sorte qu'elle crée bien plus d'emplois qu'aujourd'hui », mais la tache est «  ardue ».

 Christine Lagarde est passé par la suite aux recommandations,  contenues dans le  récent rapport  du FMI sur le monde arabe.

Sur le plan économique, elle recommande de revitaliser les PME du secteur formel. Elle a mis l’accent surtout sur la structure industrielle actuelle  qu’elle trouve « quelque peu déséquilibrée, avec un petit nombre de grandes entreprises dans le secteur formel, et une multitude de petites unités dans le secteur informel. Cette situation n'est pas idéale. ». Ce déséquilibre vient du fait que  le secteur formel est dominé par quelques grandes entreprises publiques, souvent à l'abri de la concurrence à la faveur d'un réseau d'influences et de relations politiques, ce qui réduit l'incitation à innover et à rester compétitif. A l'autre extrême « un vaste secteur informel formé d'une constellation de petites entreprises. »  Le taux d'informalité est très élevé. Cette informalité comporte des coûts manifestes : moins de technologie, moins de capital, moins de main-d'œuvre qualifiée et moins d'investissement, ce qui entraîne une moindre productivité et une perte de compétitivité. À l'heure actuelle, le nombre d'entreprises qui se créent est insuffisant et celles qui existent manquent d'opportunités pour croitre et prospérer.

Sur le plan social, la DG du FMI prévient  «le sentiment est fort que la classe moyenne perd du terrain. Ce sentiment a animé le soulèvement de la région : les gens ordinaires supportaient de moins en moins la stagnation de leur niveau de vie et la perte d'opportunités économiques. », le Maroc sort perdant à ce niveau,  « Dans beaucoup de pays, tels que l'Égypte, la Jordanie ou le Maroc, la part de la classe moyenne dans la richesse sociale est plus faible aujourd'hui qu'elle ne l'était durant les années 1960, et la position relative de la classe moyenne ne s'est pas améliorée depuis les années 1990, alors même que la croissance pendant au moins une dizaine d'années était nettement supérieure à celle observée aujourd'hui. Permettez-moi ici de parler franchement : les dividendes de la croissance ont bien trop souvent profité aux riches en laissant bien trop de personnes sur le côté. ». Elle recommande de donner aux «  citoyens les moyens de gravir l'échelle sociale pour s'affranchir de la pauvreté, rejoindre la classe moyenne et poursuivre leur ascension. Ils doivent veiller à ce que les fruits de la prospérité soient partagés plus largement et plus équitablement. ».  L’ascenseur social en panne depuis des années doit redémarrer sans tarder, une société  de classes moyennes est à la fois stable et entreprenante.

Restructurer l’économie et élargir les classes moyennes ne passe pas par un Etat envahissant, selon Lagarde, l'Etat doit, plutôt, «  se retirer de certains secteurs et s'impliquer dans d'autres. Il doit offrir moins de subventions généralisées et plus de dispositifs de protection sociale de base pour les plus déshérités. Il doit surtout réduire son rôle d'employeur pour devenir davantage un régulateur impartial et efficace dont le rôle principal est de promouvoir un environnement propice à l'épanouissement du secteur privé, la véritable source génératrice d'emplois. Car si le secteur public se retire, le secteur privé aura l'espace pour croître »

Dans le même ordre d’idées, Lagarde recommande  de « de prendre les bonnes décisions de politique budgétaire et de faire en sorte que les déficits n'entraînent pas une augmentation de la dette publique qui menacerait la stabilité structurelle. » «  de redéployer les dépenses publiques au profit des investissements dans les infrastructures et les ressources humaines, par exemple en réduisant les subventions universelles, notamment les subventions énergétiques aux effets pervers, et en accroissant les dépenses consacrées à la santé, à l'éducation, aux dispositifs de protection sociale ciblés et à l'investissement public. », le Maroc est donné comme exemple de réussite à ce niveau.

Au delà de la stabilité macroéconomique,  la DG du FMI recommande d’agir sur trois fronts : « promouvoir un environnement propice au secteur privé, créer des emplois pour les jeunes et appliquer les règles avec impartialité. »