La classe politique circonspecte devant le parti créé par le politologue Darif, à moins que ce ne soit un refuge pour les « modérés » d’Al-adl wa Al-Ihsane

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C’est un nouveau parti créé sous le label des néo-démocrates qui tiendra congrès ces 12 et 13 septembre à Bouznika. Un nouveau parti qui se lance dans l’arène avec cet étrange slogan "peu d'idéologie, plus d'efficience et d'efficacité" et forme le vœu de réunir des cadres quadra et quinqua dont la plupart, de l’aveu même des fondateurs, n’ont pas d’expérience politique mais plutôt une pratique prononcée de l’action associative.  L’annonce de la création du parti des néo-démocrates a été faite en janvier 2014. Et depuis cette date, Mohamed Darif le père fondateur de cette future formation politique en prépare le congrès constitutif.

Abdelkrim Benatik, l’ancien leader des travaillistes et dont le parti –en même temps que le PS de Bouzoubaa- a fusionné avec l’USFP est dubitatif. « D’expérience, je sais que l’heure est aux fusions. Les démocrates doivent renforcer l’action des partis démocratiques. Nous avons besoin d’un regroupement. Nous sommes en pleine mutation. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de démocrates qui militent pour la démocratie à l’intérieur de partis démocratiques. Il est évident qu’un nouveau né sur l’échiquier partisan ne peut que souffrir dans un Maroc qui compte 32 partis ».  Cet ancien ministre du gouvernement d’alternance revenu au bercail socialiste est formel : on ne créé pas un parti pour meubler un vide. Un parti, explique-t-il, s’appuie sur une légitimité historique ou la défense d’intérêts. « Ce n’est sûrement pas un club de réflexion où débattraient des intellectuels ! » s’exclame A. Benatik.

Approche des élections et pseudo-partis

Le parti des néo-démocrates est la toute première formation politique qui naîtra l’ombre de la nouvelle constitution adoptée en juillet 2011. A Bouznika où se tiendra son congrès constitutif, 2000 congressistes –au lieu des 1200 prévus au départ- seraient attendus. Et à en croire certaines informations,  les initiateurs de ce projet « politique » où il y aurait peu d’idéologie pour reprendre leur devise comptent bien se préparer pour aller aux communales de 2015. « J’aime assister aux baptêmes. Mais attention, j’aime assister aux baptêmes des entités qui ni durent pas à ceux de club en mal de politique », ironise ce ténor de l’Union socialiste des forces populaires. « C’est une tradition chez nous. A la veille de chaque consultation électorale, un pseudo-parti émerge. L’histoire  du Maroc contemporain est peuplée de ces partis surgis du néant parce que des élections approchaient. Il s’agit  d’un mal politique bien de chez nous. En fait, nous sommes en présence d’un pluralisme de façade qui joue fondamentalement contre la démocratie et favorise l’émiettement du champ politique alors que les responsables politiques n’en finissent pas d’appeler à sa bipolarisation. Un parti ne se décrète pas. C’est plutôt le résultat d’un aboutissement. Si l’analyse et l’observation conduisent maintenant à la création de structures partisanes, c’est tout simplement un recul,» poursuit ce membre du bureau politique du parti de la Rose.

Dans le camp de l’opposition, on en est convaincus. La démagogie du chef de gouvernement n’est pas totalement étrangère à cette soudaine volonté de créer une nouvelle entité partisane. « La politique et le discours de Benkirane conduisent à une confusion totale. Résultat, on s’improvise leader », commente cet istiqlalien en vue.

Un refuge pour les « modérés » d’Al Adl Oua Al Ihssane ?

A l’origine de ce nouveau- né de la scène politique, le politologue Mohamed Darif. L’homme, connu dans les milieux universitaires et de la pensée politique, est un spécialiste de la mouvance islamiste et d’Al Adl wal Ihssane en particulier. Proche d’Abdeslam Yacine avec lequel il entretenait d’étroites relations, ses écrits font autorité, ses analyses sont suivies et lui valent une médiatisation régulière. « Mais rien ne laissait présager que Mohamed Darif allait passer de la posture du chercheur à celui du responsable politique », confie Khalid Naciri. Ce dirigeant du PPS connaît bien Darif pour avoir été son directeur de thèse. « Ce n’est pas un manœuvrier mais un universitaire qui cherche à comprendre. Il ne donnait pas l’impression d’être dans la partie. Pourquoi le fait-il subitement. Je n’en sais rien et on ne peut pour le moment que se perdre en conjectures », précise celui a été en charge de la communication sous le gouvernement d’Abbass Al Fassi.

Des questions, la classe politique s’en pose beaucoup en attendant le congrès constitutif du parti des néo-démocrates. Ses initiateurs ont-ils franchi toutes les étapes nécessaires à la création de leur parti comme le stipule la loi ? Quelle sera la plus-value d’une telle entité ? Sera-t-elle le refuge de ceux et celles  parmi les modérés d’Al Adl Oua Ihssane qui veulent intégrer le jeu démocratique ? Y a-t-il vraiment des modérés chez les adeptes de cette mouvance ? « Un nouveau parti ne fera guère mieux  que les autres. La création de nouvelles entités n’enrichira pas le microcosme même si en tant que démocrate je ne saurai empêcher quelqu’un de le faire. Mais au-delà de la pétition de principes, il va falloir poser des questions et surtout y répondre », conclut ce militant de gauche dont la famille politique a résisté à bien des naissances, des partis cocotte-minute à ceux micro-ondes.