Le chef de gouvernement parle de pressions et tire sur les associations qui reçoivent des subventions -- Benkirane fustige ceux qui ont boycotté le dialogue national sur la société civile

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C’est en grandes pompes que les conclusions du dialogue national sur la société civile ont été présentées jeudi 15 mai, en fin d’après-midi à Rabat. Le ban et l’arrière ban de la majorité a fait le déplacement. De nombreux ministres ont répondu à l’invitation. Le chef de gouvernement en a profité pour faire son show. Lahbi Choubani le ministre islamiste des relations avec le parlement et la société civile et Ismaïl Alaoui, le président de la commission du dialogue national sur la société civile, peuvent enfin souffler. La cérémonie est … cérémoniale.

Après une année chaotique où les portes ont claqué, les défections se sont multipliées et les démissions enregistrées, le dialogue national sur la société civile a achevé ses travaux et ses initiateurs en ont présenté jeudi soir les principales recommandations. « On peut se poser des questions. Surtout lorsque l’on sait que des associations de premier plan, incontournables dans la société civile ont boycotté ce dialogue qui augurait d’une mise sous tutelle du mouvement associatif », rappelle cet acteur majeur de la société civile.

On s’en souvient, entre démissions à la pelle et déclarations fracassantes de ceux qui ont choisi le boycott, l’initiative  du ministre en charge des relations avec le parlement et la société civile a eu en fait un effet boomerang. Habib Choubani s’est mis à dos l’écrasante majorité des associations marocaines. « Les ONG  qui ont en tout  cas  ont un poids, une visibilité et un vrai bilan ne participent pas à ce dialogue dit national ou en ont claqué la porte pour protester contre l’exclusion et un dialogue sur mesure, taillé par le ministère des relations avec le parlement et la société civile. Choubani avait déjà très mal commencé son mandat de ministre en déclarant la guerre toutes ces associations porteuses de modernité et qui ne partagent pas ses idées, » rappelle  cet associatif. Les associations à référentiel islamiste ou en tout cas proche du PJD avaient en effet phagocyté le dialogue national.

« Des ONG qui reçoivent des aides chiffrées à des millions et d'autres qui ne touchent rien »

Jeudi au théâtre national Mohammed V, l’ambiance est entre autosatisfaction et règlement de comptes. D’abord Abdalilah Benkirane  qui a estimé que « ce dialogue, entamé au début spontanément entre difficultés et obstacles mettant en doute sa crédibilité, a pris une grande importance. »  Le premier ministre est heureux, à l’image de celui qui a inventé le fil à couper le beurre. Il parle du dynamisme de la société marocaine, appelle les associations à déployer plus  d'efforts pour une plus grande implication dans le développement du pays. Sur le ton de « cette société civile qui bouge et qui doit s’impliquer davantage » le discours du patron de l’exécutif est usé jusqu’à la corde.

Mais Benkirane ne peut s’empêcher de faire du Benkirane. Sur les planches de la scène du théâtre, il ne peut s’empêcher de s’en prendre à ceux et celles qui ont choisi de boycotter ce dialogue national sur la société civile. Le discours se fait populiste "Les Marocains n’ont plus peur. Je salue l'engagement, la mobilisation, la résistance de la commission et des participants qui se sont dressés contre ceux qui ont refusé de se joindre à nous. Vous avez continué le travail, laissant de côté ceux qui ont parié sur notre échec. Je suis fier... vous avez résisté aux pressions ». De quelles pressions s’agit-il ? Qui en sont les auteurs. On ne le saura pas. Peu importe, Benkirane ne s’arrête pas en si bon chemin. Il flatte les bas instincts en brandissant la carte de l’argent et subventions obtenus par les associations.  « Je suis d'accord avec vous quand vous dites qu'il y a des ONG qui reçoivent des aides chiffrées à des millions et d'autres qui ne touchent rien.  Ceux qui croient être nés avec une cuillère d'or dans la bouche doivent savoir que les choses ont changé. Seul le travail à la sueur de son front compte » a –t-il martelé avant d’appeler l’assistance à clamer « vive le Roi ».

La vigilance est de mise

Le décor est planté. La suite est une distribution de satisfécits et un catalogue de vœux pieux. « Cette cérémonie vient couronner un travail de concertation ouverte avec près de 7000 associations et 18 réunions régionales, avec la participation de plus de 10.000 personnes, des dizaines d'experts et de plusieurs institutions nationales et internationales », précise Lhabib Choubani, ce ministre PJD qui, dès son arrivée au pouvoir, a déclaré la guerre à cette partie de la société civile qui le dérange.  Cette concertation nationale va permettre une réforme profonde visant à faire des organisations de la société civile un pouvoir indépendant dont les rôles sont complémentaires de ceux des autres pouvoirs, promet-il.

En attendant, les recommandations émises au terme de  ce dialogue national concernent les  bases juridiques relatives aux mémorandums, aux pétitions et à la concertation publiques, celles relatives à la vie associative et enfin la Charte nationale de la démocratie participative.

Qu’en fera le gouvernement ?  Les contours d’une société civile aux ordres et « halal » sont-ils en train de se dessiner ? Autant de questions qui n’en finissent pas de se poser et qui appellent à la vigilance.  « On connaît la manière de dialoguer de M. Lhabib Choubani. Il l’a fait  à sa manière et avec les personnes et les ONG choisies par ses seuls soins. Avec de tels procédés et de telles méthodes,  le gouvernement ne dialogue pas avec la société civile mais contre la société civile. Ce qui laisse craindre le pire, » conclut ce défenseur des droits humains.