Les islamistes au pouvoir ont leur association amazighe « halal » : «Le discours des Imazighen ne sera jamais au service de l’islam politique »

5437685854_d630fceaff_b-
1
Partager :

couv-amazigh-benki

« Les intentions du chef de gouvernement et de son parti sont désormais claires. Pour Abdalilah Benkirane, il y a la société civile amazighe halal et le mouvement amazigh haram. Exactement comme pour sa conception de l’art, entre celui qui est propre et celui qui ne l’est pas ! ».  Ahmed Arrehmouch, le coordinateur du réseau amazigh pour la citoyenneté, Azetta Amazigh est formel : les islamistes au pouvoir veulent une société civile amazighe sur mesure et surtout inféodée au PJ pour mieux vider de leur substance les revendications des Imazighen de ce pays. « Où est la loi organique relative au Tamazigh comme langue officielle du Maroc ? A l’évidence cet exécutif conduit par Benkirane, le patron du PJD, a le plus grand des mépris pour l’amazighité et ses militants. C’est sûrement la modernité de leur engagement qui fait peur aux islamistes. Qu’on le sache, le discours amazigh ne sera jamais au service du discours de l’islam politique », explique celui qui est avocat dans le civil.

La guerre est-elle déclarée entre Imazighen porteurs d’un projet de société moderne  où la laïcité devient un rêve possible et islamistes accrochés à l’arabité, la religion et la tradition ? En tout cas ceux et celles du PJD n’ont jamais été en odeur de sainteté avec le mouvement amazigh. Trop laïcs, trop modernes au goût des ouailles de Benkirane.

La colère du mouvement amazigh –trop c’est trop, s écrie-t-on d’une association de défense de l’amazighité à l’autre- à commencer par la création d’une association dont la vocation est de « servir la cause amazigh ». Signe particulier de la « Ligue marocaine amazighe »-c’est le nom de cette nouvelle association-, sa proximité avec le PJD. En fait, cette nouvelle composante du tissu associatif amazigh est née dans le giron du parti du chef de gouvernement. Ses bans de naissance ont d’ailleurs été dûment publiés par le site du Mouvement unicité et réforme, le bras religieux du Parti Justice et Développement.

Et le 26 avril dernier, « la ligue marocaine amazigh » tenait son premier meeting public pour y faire clairement son coming out. Deux ministres islamistes y sont les guest stars, Abdallah Baha, ministre d’Etat et doublure de Benkirane et Habib Choubani, en charge des relations avec le parlement et la  société civile (et depuis peu de la tenue vestimentaire des journalistes de sexe féminin). Leur prise de parole confirme ce que les Imazighen savaient déjà.  Les deux discours ministériels ne souffrent pas la moindre ambiguïté.  Abdallah Baha est dans l’accusation pure et simple. Selon le site d’information « Médias 24 », il reproche à “certaines parties d’instrumentaliser la question amazigh pour diviser le peuple marocain et de présenter des données historiques et culturelles fausses. Sans avoir l’air d’y toucher le ministre des relations avec le parlement et la société ira encore plus loin. Habib Choubani parlera ni plus ni moins que d’une majorité silencieuse qui ne se sent pas représentée par “ces parties“, autrement dit par le mouvement amazigh actuel. Décryptée, la déclaration signifie que le tissu associatif amazigh n’est pas l’exclusif dépositaire de « la cause ».

Imazighen et islamistes en guerre ouverte ?

Pour l’activiste et chercheur amazigh Ahmed Assid, la manœuvre ne trompe personne. La ligue marocaine amazighe, fait-il valoir,  n’est pas une structure civile indépendante, comme c’est le cas pour le mouvement amazigh mais d’une structure  inféodée au Parti  Justice et Développement, un parti qui veut s’approprier les acquis du mouvement amazigh. « Dans sa confrontation avec les modernistes et les démocrates, le PJD se considère comme unique représentant de l'authenticité et accuse les autres d'être influencés par l'Occident. L’idéologie du PJD n'est pas une idéologie marocaine authentique, elle prend son inspiration de courants idéologiques étrangers comme celui des frères Musulmans en Egypte et le wahabisme.  Le PJD considère que le discours amazigh, dans son approche fondamentale, représente un défi pour ce parti, en raison notamment de la nature laïque de ce discours », a déclaré Ahmed Assid à « menara.ma ».

Pas question de céder à l’orientation religieuse

A la fin de la semaine passée, plusieurs centaines d’associations amazigh rendent public un communiqué cinglant pour dénoncer un PJD qui « s’est toujours opposé à la reconnaissance de l’amazighité du Maroc et à son officialisation et qui tente aujourd’hui après un premier échec, de gommer les différents acquis qui ont été réalisés grâce aux sacrifices des militants amazighes depuis des décennies ». Pour les signataires, le parti des islamistes au pouvoir « essaie   de faire passer  par ses agissements son projet sociétal en contradiction avec l’Etat de droit et de  citoyenneté que défend le mouvement amazigh ». Pas question, disent-ils, de voiler « le véritable extrémisme qui commence à miner la société marocaine » ni de cacher l’échec de ceux qui nous gouvernent.

Les auteurs de ce communiqué sous forme de réquisitoire contre les islamistes du gouvernement le rappellent avec force : « la gestion du dossier amazighe ne peut se faire que dans le cadre des acquis réalisés grâce au militantisme du mouvement amazighe et le soutien de ses alliés politiques et civils démocrates, et ce dans le cadre de la «réconciliation nationale» et la rupture avec la discrimination. Toute tentative de nous ramener en arrière en utilisant ces  soi-disant «associations amazighes», annexes du parti du PJD, avec leur orientation religieuse extrémiste, sera une atteinte à la stabilité et à la cohésion sociale et la responsabilité sera assumée par le parti islamique ».