Maroc-Tunisie: Le cours d'un fleuve qui rentre dans son lit

5437685854_d630fceaff_b-
1
Partager :

couverture-mohammed-VI-et-marzouki Les relations entre le Maroc et la Tunisie ont été, de tout temps, empreintes d'une exemplarité infaillible dans plusieurs domaines, et leurs liens millénaires ne cessent de se consolider au fil des temps, grâce au souci et à la volonté commune de les hisser et les fructifier pour le bien des deux peuples frères.

Les relations officielles entre Rabat et Tunis ne datent pas d'hier, mais elles remontent aux années cinquante du siècle dernier, date de l'établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, sous l'impulsion des  fondateurs des Etats indépendants, feu le roi Mohammed V et le président Habib Bourguiba. Ces relations se sont concrétisées par l'ouverture, en 1956, de la représentation diplomatique de Tunisie au Maroc et la signature, le 30 mars 1957, d'un accord de fraternité et de solidarité.

Elles se sont vues renforcées et consolidées après la date du 11 juin 1980, lorsque les deux pays ont convenu d'instituer la Grande Commission mixte de coopération bilatérale qui avait permis d'asseoir et de diversifier les  mécanismes régissant la coopération maroco-tunisienne (Commission de concertation politique, Commission de suivi et de coordination, mécanisme conjoint hauts-cadres, Commissions sectorielles, etc.), outre l'intensification des visites et de la coordination entre les responsables des deux pays. De même, les relations économiques bilatérales ont également été boostées à travers la signature d'un accord instituant une zone de libre-échange (mars 1999) et ayant permis d'élargir le champ et les domaines de la coopération entre Rabat et  Tunis.

Les relations de coopération entre les deux pays ont, en outre, connu un essor notoire et exponentiel après le 11 juin 1980, date à laquelle a été mise en place la Grande Commission et de nombreux autres mécanismes d'action commune, d'accords, de protocoles et de mémorandums d'entente dans plusieurs domaines de coopération, dont le nombre dépasse les 160.

Aussi, les derniers développements de la situation politique en Tunisie à l'issue de "la révolution de Jasmin", le 14 janvier 2011 a hautement contribué au resserrement des relations entre les deux pays, dans le mesure où le Royaume a été le premier pays à avoir exprimé sa solidarité "forte et sincère" avec l'ensemble des composantes du peuple tunisien, affirmant que la stabilité de la Tunisie "constitue un facteur essentiel et primordial de la stabilité et de la paix régionale, en particulier dans le Maghreb arabe".

Dans ce sens, le roi Mohammed VI avait donné ses instructions pour la mise en place d'un hôpital de campagne dans la région de "Ras Jdir", dans le sud de la Tunisie, destiné à appuyer les efforts de ce pays en vue d'accueillir et d'assister les réfugiés libyens et d'autres ressortissants étrangers aux frontières tuniso-libyennes.

Le Maroc avait également affiché sa disposition à mettre à apporter à la Tunisie son expérience dans le domaine de la justice transitionnelle et à fournir le soutien nécessaire en ce qui concerne, notamment l'Instance Equité  et Réconciliation et le Conseil nationale des droits de l'Homme, dont il faut s'inspirer en matière de réconciliation et de justice transitionnelle.

A cet égard, le ministre tunisien des Affaires étrangères, Hamdi Mounji n'a pas manqué de souligner le soutien du Maroc lors de l'étape de la transition démocratique, couronnée dernièrement par le consensus au sein de l'Assemblée nationale constituante, au sujet de la Constitution tunisienne poste-révolution.

Cet élan de solidarité exprimé par le Maroc a eu un écho très favorable auprès du peuple et de la nouvelle direction politique tunisiens et constitué un encouragement fort pour aller de l'avant et rehausser les relations entre les deux pays au niveau du partenariat, à travers le renforcement des relations bilatérales dans tous les domaines et des actions concrètes de nature à transcender les obstacles qui, jusqu'ici, hypothèquent la concrétisation de l'intégration maghrébine à laquelle aspirent les pays de la région.

Le soutien inconditionnel du Maroc à la Tunisie a été traduit de manière, on ne peut plus claire, par la participation du prince Moulay Rachid, qui représentait le roi, aux festivités de la proclamation de la nouvelle Constitution tunisienne.

A cet effet, le Premier ministre tunisien, Mehdi Jomôa a affirmé que la présence de du prince "dénote d'une preuve sur la place dont bénéficie la Tunisie au Maroc".

D'autre part, la volonté politique exprimée par les deux pays a été étayée et corroborée, au cours de la visite au Maroc du président tunisien, Moncef Marzouki, et a eu un impact positif sur les résultats des travaux de la Haute Commission mixte de coopération bilatérale, lors de sa 17ème session, qui s'était déroulée en juin 2012 à Rabat.

En effet, dans un communiqué commun, les deux pays ont affiché leur détermination à conférer une forte impulsion à leurs relations de coopération bilatérale, en réponse aux attentes et aspirations des deux pays à davantage de complémentarité et dans l'intérêt de tous.

La volonté politique exprimée par Rabat et Tunis, lors de la visite au Maroc du président Marzouki, a eu également des répercussions positives, dans la mesure où les deux pays ont affiché le consensus qui caractérise la solidité de leurs relations. A cette occasion, les chefs d'Etat des deux pays ont réitéré leur volonté d'aller de l'avant et conférer à ces relations un développement qualitatif sur tous les plans, les élargir et les diversifier dans le but de parvenir à la complémentarité escomptée.

La convergence des vues entre le Maroc et la Tunisie sur plusieurs questions concernant l'espace maghrébin et la région de la Méditerranée, ainsi que les développements sur la scène internationale émane d'une conscience commune que le progrès et la prospérité, ainsi que les défis de la mondialisation, passent inéluctablement par l'unification des rangs et des positions.

En outre, lors de l'audience, accordée par le roi Mohammed VI au premier ministre tunisien, Mehdi Jomôa, le souverain avait fait état de la disposition totale du royaume à approfondir la coopération entre les deux pays dans tous les domaines et à renforcer la concertation en vue de contribuer à l'émergence d'un nouveau Maghreb basé sur les valeurs du respect mutuel, de la solidarité, de l'ouverture démocratique et de l'émancipation des forces au service des peuples des cinq pays maghrébins.

Si les relations maroco-tunisiennes sont distinguées à plus d'un titre et de manière constante sur le plan politique, le volet de coopération économique et des échanges commerciaux demeure, toutefois, en-deçà des attentes et des potentialités que recèlent les deux pays et des contraintes conjoncturels.

Dans ce sens, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Salaheddine Mezouar, a fait part du souci du Maroc de ne ménager aucun effort en vue de parvenir à un partenariat stratégique multidimensionnel entre les deux pays, au sein de l'espace maghrébin, arabe et africain à travers la diversification des domaines de la coopération économique et l'augmentation des échanges économiques entre Rabat et Tunis.

Il a aussi appelé à un partenariat entre les hommes d'affaires marocains et tunisiens dans les domaines prioritaires, afin que les relations économiques soient rehaussées au niveau des relations politiques et stratégiques.

Dans le cadre du soutien accordé par le Maroc à ses partenaires et pays amis en ce qui concerne la lutte contre toutes les formes d'intégrisme et en raison de leur confiance placée dans le Royaume et son approche distinguée en matière de gestion de la chose religieuse, la Tunisie et plusieurs autres pays frères et amis ont sollicité la formation de prédicateurs, d'imams et de prêcheurs au Maroc dans le but de tirer profit de l'expérience marocaine dans ce domaine, pour la promotion des valeurs de la modération et la consécration des préceptes  de la religion musulmane tolérante.

A vrai dire, la visite officielle qu'effectuera le roi Mohammed VI en Tunisie (du 30 mai au 1er juin 2014), la troisième du genre depuis son intronisation, constituera une nouvelle étape dans le processus des relations entre  les deux pays et une opportunité idoine pour explorer de nouvelles perspectives de coopération bilatérale, à travers l'examen des moyens efficients de nature à élargir, à diversifier et à promouvoir son champ d'action.

Les différentes étapes franchies par les deux pays sur la voie du progrès et du développement qu'ils connaissent dans plusieurs domaines constituent des créneaux à même de promouvoir leur coopération et contribuer de  manière concrète à édifier l'Union du Maghreb arabe qui demeure parmi les priorités des chefs d'Etat des deux pays, entant que choix stratégique pour les Etats de la région leur permettant d'entrer de plain-pied dans la dynamique des regroupements régionaux et relever les défis actuels et d'avenir.