Sahara : Washington répondrait-il à Rabat depuis Alger ?

5437685854_d630fceaff_b-
1
Partager :
couv-joan-polaschik Si tel est le cas, Rabat ne pourrait, pour le moins, que déplorer le manque de tact et le déni d’une réalité. L’agence de presse officielle algérienne APS a sollicité de Mme Joan A. Polaschik, ambassadeur des Etats Unis d’Amérique à Alger, une interview. Il y avait sûrement beaucoup de questions à débattre avec l’ambassadeur, mais une particulièrement pour l’APS lui tenait à cœur : la position de Washington sur le Sahara. La réponse de Mme Polaschik est toute diplomatique mais décryptable : « La position des Etats-Unis concernant la question sahraouie est restée inchangée depuis des années, affirme-t-elle. Nous soutenons totalement les efforts de l'ONU menés par M. Christopher Ross, envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU pour le Sahara occidental, pour aboutir à une solution pacifique et mutuellement acceptable. Nous continuerons à soutenir ces efforts jusqu'à ce que les deux parties (Maroc et Front Polisario, NDLR) aboutissent à cette solution ». On est là dans la sémantique à l’américaine quand il s’agit du Maroc et de l’Algérie, ne satisfaire personne et ne mécontenter aucun. L’accent mis par l’ambassadeur sur « une solution pacifique mutuellement acceptable » est à connotation rassurante pour Rabat, puisqu’elle laisse la porte ouverte au rejet de toute issue que la diplomatie marocaine jugerait contraire aux intérêts du Maroc. La référence qu’elle fait « aux efforts de l’ONU menés par Christopher Ross » qui cherche à sortir de la démarche James-bakérienne et dont les sympathies pour les thèses algériennes sont de notoriété publique, est de nature à combler de bonheur Alger. Le pouvoir algérien peut l’interpréter comme un soutien à sa « tentative, pour reprendre l’expression du roi du Maroc, visant à modifier la nature de ce conflit régional en le présentant comme une affaire de décolonisation ». Surtout que l’ambassadeur américaine juge utile de préciser tout de suite après que son pays continuera « à soutenir ces efforts jusqu’à ce que les deux parties aboutissent à cette solution » [pacifique et mutuellement acceptable]. L’APS qui s’empresse d’expliquer dans une note de la rédaction qu’il s’agit du Maroc et du Polisario ne s’y trompe pas. Dès lors, il devient difficile de ne pas voir dans la finasserie de Mme Polischka une forme de réponse au souverain marocain qui a énergiquement assuré dans son discours à l’occasion de l’anniversaire de la Marche Verte que « Faute de faire assumer sa responsabilité à l’Algérie en tant que principale partie dans ce conflit, il n’y aura pas de solution ». Si tel est le cas, Rabat ne pourrait, pour le moins, que déplorer le manque de tact et le déni d’une réalité, l’implication directe de l’Algérie dans le conflit. Pour s’en convaincre, il suffit de revenir à toutes ces occasions où l’Algérie a déclaré que la question du Sahara relevait du stratégique dans sa vision du Maghreb.