Abdalilah Benkirane, un cheval de Troie ?

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Chabat et ses semblables, élite extrêmement dangereuse veut investir le gouvernement et elle utilise Abdalilah Benkirane, ligoté par la « parole donnée »,  comme cheval de Troie. Elle veut même l’étouffer en dehors du gouvernement par un soutien parlementaire inconditionnel qu’il n’a pas demandé 

Abdalilah Benkirane a crée, en s’attachant à la « parole donnée » à Hamid Chabat de l’Istiqlal, en vue de constituer le nouveau gouvernement, une modalité politique qui relève plus de la pensée magique que de la science politique plus centrée sur les intérêts objectifs des acteurs. 

Dans notre imaginaire social seul le sacrifice d’un animal, dans le cas de Chabat un taureau noir suffirait,  peut délier d’une parole donnée. Parfois la visite d’un saint marabout à qui, du fond de sa tombe vénérée, on demande l’intercession en brulant bougies et encens peut avoir le même effet déliant. Abdalilah Benkirane un leader islamiste au solide référentiel populaire connait parfaitement ces représentations. Il peut lui arriver d’en jouer mais pas à ce point quand même…

L’invocation des démons et des crocodiles dans le discours politique de Abdalilah Benkirane a la même fonction magique, absolutoire pour lui, auprès du petit peuple. En intégrant ses adversaires dans son bestiaire, il les scénarise dans un univers fantastique où la superstition est un puissant moteur.  

Il nomme, l’innommable: le démon, qui peut être en fait un simple adversaire politique. Par ce procédé « alchimique » il confrère à des acteurs politiques rivaux des vertus sataniques qui ont pour vocation définitive de les disqualifier en les sortant de la Oumma blanche et pieuse destinée au paradis de Dieu auquel, lui, il appartient, naturellement. 

Ce procédé qui repose sur l’indéfini, ou l’innommé, sert aussi à ne pas nommer des adversaires plus puissants ou vis-à-vis desquels le rapport de force lui est défavorable. 

Nous sommes alors dans la suggestion, l'allusion, l’insinuation  ou le sous-entendu. Tout un art « devinatoire » qui libère le langage et l’audace discursive dont l’objectif principal est de clouer au pilori des adversaires stigmatisés. L’idée de Tahakoum peut naitre dans ce sillage.  

Sur un plan plus général, au-delà du bestiaire de Abdalilah Benkirane sur lequel beaucoup de choses ont été écrites, un homme politique a-t-il une parole ? En a-t-il besoin pour gagner des élections ? Est-elle nécessaire cette parole pour construite une majorité gouvernementale ou une alliance politique ? En politique il est notoire que tout cela fonctionne sur la base d’intérêts bien compris, de rapports de force plus ou moins violent et de stratégie politicienne bien ourdie. 

On peut mettre en avant « une parole donnée », dans ce domaine précisément, pour des raisons strictement tactiques, pour faire faussement croire que l’on a une éthique impérieuse en politique alors que c’est le pragmatisme le plus cru qui domine. 

Cela s’est vérifié à un point tel que le premier document qu’a signé la majorité gouvernementale sortante de Abdalilah Benkirane a été une Charte d’éthique que tous ont allègrement violé. 

Maintenant Hamid Chabat, intuitu personae avec toute la charge que porte ce nom ou en tant qu’Istiqlal, mérite-t-il à ce que l’on se conforme à son égard à une « parole donnée » ?  C’est un concept qui lui est complètement étranger. Il ne le pratique pas dans sa version éthique usuelle et il ne jalonne aucunement sa carrière syndicale ou politique. Il est plutôt, en politique, dans l’éloge de la trahison. 

Hamid Chabat est le produit d’un contexte politique marocain particulier. Une catégorie d’acteurs locaux qui ont investi la vie communale à la faveur de la décentralisation depuis la fin des années 70. Ils viennent d’horizons divers: le syndicalisme, l’informel, le commerce, le trafic en tous genres etc. Ces acteurs se sont retrouvés avec des pouvoirs de plus en plus importants face à des réalités de plus en plus complexes. 

Une corruption endémique s’est installée et a eu pour effet de détruire le cadre de vie des Marocains, la bidonvilisation des villes et l’explosion de la violence en milieu urbain. Cette réalité a happé à un moment donné des villes entières comme Tanger, comme Casablanca ou comme Meknès. 

Mais c’est la ville de Fès sous le règne de Hamid Chabat qui reste emblématique de cette dérive avec ses milices, ses gangs et sa mafia. 

L’Etat a, à chaque fois, déployé des efforts colossaux pour maîtriser ces dérives et combattre cette gangrène. Il a souvent réussi à reprendre ces villes de la main de ces « élites » corrompues mais à un coût très élevé. 

A un autre moment ces mêmes acteurs locaux ont investi la vie partisane. Aucun pari politique n’est sorti indemne de cette montée en puissance de ce type particulier d’homme politique. Argent, coups de force et milices. Ils ont fait leurs classe dans les communes, maintenant ils attaquent les partis politiques avec les mêmes méthodes. L’analphabétisme, l’inculture et la voracité ont pris le pouvoir. 

Le parti de l’Istiqlal est la victime la plus spectaculaire de ce hold-up historique sur nos partis. A l’Istiqlal c’était : exit l’élite traditionnelle du parti et montée en puissance du «chabatisme ». 

Aujourd’hui cette élite extrêmement dangereuse veut investir le gouvernement et elle utilise Abdalilah Benkirane, ligoté par la « parole donnée »,  comme cheval de Troie. Elle veut même l’étouffer en dehors du gouvernement par un soutien parlementaire inconditionnel qu’il n’a pas demandé. 

Elle veut investir le sommet de l’Etat et ses rouages. La bagarre en cours autour de la constitution du gouvernement nous renseigne d’abord sur ce processus d’entrisme destructeur qui a pour objectif de faire  main basse sur le gouvernement et ses départements vitaux pour le pays. De la commune au gouvernement la boucle sera bouclée pour cette mafia qui vise à affaiblir l’Etat et ses institutions.

Mais il y a parfois des réflexes de survie qui protège toujours ce pays ! L’Etat,à un moment, se réveille et assume ses responsabilités. Il protège l’essentiel. 

Un jour Abdalilah Benkirane pourra dire qu’il l’a échappé belle en se déliant de Chabat. Une erreur fatale de Hamid Chabat lui en adonné l’occasion mais il a risqué gros. Et il a failli faire prendre de gros risques au pays en intégrant une élite mafieuse dans les rouages de l’Etat.  

La « déchabatisation » de l’Istiqlal peut aujourd’hui commencer, mais le combat sera dur et sans merci. Ils ne lâcheront pas ce parti facilement. Il faut les combattre avec courage par l’engament militant solide et par la loi. Leur projet est plus global que ce  que l’on pense. C’est le pays qui est visé.