Abdellatif Hammochi, un patron hors normes ?

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C’est un fait rare pour qu’il ne soit pas souligné. L'Emir du Qatar Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani a reçu, lundi 29 octobre à Doha, Abdellatif Hammouchi, directeur général de la sûreté nationale et directeur général de la surveillance du territoire, en visite au Qatar. Il est fréquent qu’un patron de la sécurité intérieure, pour des raisons qui relèvent de ses compétences, soit reçu par des chefs d’Etat. Qu’il le soit publiquement et fasse l’objet d’une dépêche de l’agence de presse officielle c’est beaucoup moins habituel.

Abdellatif  Hammouchi se trouvait au Qatar pour participer au 12ème salon international de la sécurité intérieure et de la sécurité civile (MILIPOL), un grand espace d’échange, pour ainsi dire de renseignements sur les évolutions du secteur, d’exposition des innovations technologiques dans ce domaine et, le cas échéant de contacts entre gens du « monde du secret ». Il regroupe tout ce qui peut toucher à la sécurité de près ou de loin.

C’est désormais un rendez-vous couru où, pour nous, la vedette cette année est revenue à Abdellatif Hammouchi, probablement malgré lui, car l’ostentation ne semble pas son faible. Vu les évènements dont cette région est le théâtre, culminant avec le feuilleton Khashoggi, sa rencontre médiatisée avec le cheikh de l’émirat ne peut qu’exciter les imaginations les moins débordantes et éveiller la curiosité de la concurrence.

Depuis que l’Arabie Saoudite et ses alliés au sein du conseil du Golfe ont mis le Qatar au ban de leur alliance, le Maroc a observé non pas une position réservée, mais une réticence marquée que la rupture de l’embargo aérien décrété contre Doha a signifié de manière on ne peut plus clair.

Gageons que cette rencontre ne sera pas du goût du prince héritier Mohamed Ben Salman. D’autant que la chaine Al Jazeera, la division la plus opérationnelle de l’armée qatarie, ne boude pas son plaisir pour ajouter de l’eau au moulin qui a pris dans ses entrailles les tourments de Ryad.

Placé sous la lumière de ces évolutions, Abdellatif Hammouchi prend plus nettement les contours qu’on lui devinait d’un patron de la sécurité intérieure que peut-être même l’ancien ministre de l’Intérieur Driss Basri n’a pas atteint au faîte de sa puissance.

Dans l’histoire post indépendance du Maroc, il y a eu un moment où un homme fort, dans toute la plénitude de cet adjectif, a détenu entre ces mains l’ensemble des clés du renseignement et de la sécurité intérieure et extérieure du pays. Le général Mohamed Oufkir. Depuis son suicide à la suite de l’échec de la tentative du coup d’Etat de 1972, les mesures nécessaires ont été prises pour que les œufs ne se retrouvent plus dans le même panier.

Même le général Ahmed Dlimi qui a pris sa suite n’a pas eu autant de pouvoir après le démantèlement et la réorganisation du Cab 1 qui regroupait en son sein tous les services. Il avait sans doute de l’influence sur Driss Basri qui avait mille et une raisons de le craindre. Cela ne l’empêchait pas outre mesure de faire son travail en gardant un œil, fut-il discret, sur la grande muette.

Driss Basri était ministre de l’Intérieur et avait la main sur l’administration territoriale. Il était en même temps directeur général de ce que l’on appelait en chuchotant la DST. Il en gardera le contrôle jusqu’à quelques semaine de son départ avec l’avènement du Roi Mohammed VI, se contentant pendant un quart de siècle de nommer à la tête de ce service des intérimaires.

En revanche, même si statutairement la Direction Générale de la Sureté Nationale relevait de ses services, elle échappait souvent à son contrôle, soit parce que des officiers supérieurs de l’armée étaient nommés à sa tête, soit parce qu’une main supérieure s’arrangeait pour la soustraire à la subordination, ce qui a fini par valoir à l’un de ses plus fidèles lieutenants, Abdel Hafid Benhachem, nommé en 1998 dgsn, une grande brouille.

Le général Hamidou Laanigri, nommé en septembre 1999, deux mois après l’intronisation de Mohammed VI, à la tête de la DGST, a incarné un temps l’image d’un véritable patron de la sécurité intérieure, son arrivée préfigurant le limogeage de Driss Basri. Sa nomination à la tête de la DGSN en 2003 et son remplacement à la DGST par un homme à lui, a pu faire un instant illusion. Mais ce n’était que le premier sas vers la sortie.

Abdellatif Hammouchi, lui, assume et assure pleinement le commandement des deux directions cousines germaines. La Gendarmerie Royale échappe à son contrôle, ce qui est dans l’ordre normal des choses, mais n’empêche pas que le patron de la DGST-DGSN, apparait comme un cas hors norme ou du moins échappe aux standards marocains depuis plus de quatre décennies.