Biographie sommaire du futur premier ministre du Maroc, qui est sur cette photo…

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Par Naïm Kamal - En lui annonçant la nouvelle, mon ami n’eut aucun doute. C’est le futur premier ministre. C’est un homme averti. Ma propre moue pour marquer mon scepticisme n’a pas beaucoup convaincu, moi le premier. Normal, sa supposition, une certitude dans sa bouche, appartient au probablement probable.

Lui, à l’Istiqlal ?!

C’est une traduction directe de l’arabo-dialectal : Mon père disait que « Dieu a voulu que je vive jusqu’à ce que je vois ça ». Ça c’est l’impensable, le contraire de l’attendu et le synonyme de l’imprévisible, le tout étant une locution aphoristique de mon ascendant chaque fois qu’il se trouvait devant quelqu’un ou quelque chose qui sort de l’ordinaire.

Déjà le personnage de par lui-même n’est pas dans la normale. Ce qui ne veut pas dire qu’il est anormal. Sauf si l’on s’en tient à l’une des nuances de sa signification première : en dehors des normes.

Sa famille d’abord. Safiote, makhzanienne jusqu’au bout des ongles, dont l’une des charges, selon les colporteurs, est bien spécifique.

Son père ensuite, Mohamed. Gynéco-obstétricien au temps du protectorat déjà. Plusieurs fois ministre de plusieurs ministères dont celui de tous les ministres, premier ministre. C’est à lui qu’a échu le privilège, qu’on ne savait pas encore que c’en était un, de présenter aux médias un jeune et fringant secrétaire d’Etat à l’Intérieur, encore inconnu du grand public mais plus pour longtemps, auquel il a prédit le plus brillant des avenirs, Driss Basri.

Ses oncles aussi : Le moins réussi, Elghali, ambassadeur  chez le chahinchah, et Taybi, sémillant ministre et diplomate dont l’une des salles du ministère des Affaires étrangères porte le nom.

Enfin lui. Driss. Directeur général de l'Office national d'électricité, ministre des Transports, de la Marine marchande, du Tourisme, de l'Énergie et des Mines, wali du Grand Casablanca, PDG de Royal Air Maroc. Héros sous pseudonyme et malgré lui de Les dents du topographe de Fouad Laroui. Qui dit mieux ?

Moi ! Il a été nommé par Hassan II membre du G 14, un think tank destiné à servir de second cerveau au défunt roi pour réfléchir aux problèmes du Maroc. Je ne sais pas s’ils ont réfléchi à quelque chose, toujours est-il que.

Sa culture familiale et politique ne pouvait faire de lui qu’un anti-istiqlalien. A la limite, les alliés socialistes de l’Istqilal, l’USFP, et encore, pas tous. Au milieu des années 90, on était en pleine préparation de l’alternance. Au carrefour d’un débat avec les socialistes, Driss Benhima, j’ai dit Benhima ? oui ? c’est lui, Driss Benhima leur avait lancé, méprisant comme seul lui sait l’être : « que faites-vous avec un parti ringard comme l’Istiqlal ?».

Les désuets istiqlaliens avaient apprécié. Mais ils apprécient encore mieux aujourd’hui, ils s’en délectent même. C’est que Driss Benhima est devenu ringard ou est en passe de se ringardiser. Je ne sais pas s’il a la carte de l’Istiqlal en  poche, mais ça ne saurait tarder.

Il a commencé par l’Alliance des économistes istiqlaliens, une sorte de « G14 » de la descendance de Allal El Fassi, où il est désormais un animateur de haut standing. Il y est en bonne compagnie. Nizar Baraka, Adil Douiri, Karim Ghallab, Adnane Benchekroun, les dignes héritiers de leurs pères, le happy few du parti de la balance.

Si incroyable, mais vrai que mon ami qui y a vu un plan pour le futur premier ministre du Maroc, ne pouvait y croire que s’il y a anguille sous roche. Plus sobre, ou moins sophistiqué, mon père aurait dit que c’est la sagesse qui est une question de maturité, elle-même une histoire d’âge quand bien même la valeur n’attendrait pas le nombre des années.

PS : Sur la photo, Driss Benhima est le deuxième à partir de la gauche. Une photo qui remonte probablement aux jours heureux de l’OCP. C’est là que Fouad Laroui l’a croisé.