El Othmani ferait mieux d’étendre les abstinences du jeûne à la parole

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Longtemps, le lundi 13 mai, le chef du gouvernement a égrené devant le parlement les réalisations du gouvernement, apparemment pas très mécontent de son bilan de mi-mandat. Ce n’est pas un scoop, Saâdeddine El Othmani est tout sauf un orateur. Un interminable ronronnement dont on ne retiendra que son lapsus sur la femme rurale. Un comble pour un psychiatre.

Mais ce n’est qu’un aspect anecdotique d’une semaine où il a décidé de se donner à la communication. Le surlendemain, mercredi 14, il recevait un bouquet de journalistes pour un iftar ramadaneseque qui restera dans les annales diplomatiques du secrétaire général du PJD qui, malgré son éphémère et édifiant passage par le ministère des affaires étrangères n’a pas compris qu’un responsable de haut niveau quand ça parle aux médias, ce n’est jamais pour exprimer des vœux personnels.

Bien sûr, il y a la tradition du « off », mais pour le « off » c’est comme pour le rire, on peut parler de tout, mais pas avec n’importe qui.

Le vœu de silence n’étant pas musulman, avec Saâdeddine El Othmani qui a raté une nouvelle occasion de se taire, ça donne ceci :

A un (ou plusieurs) journalistes, allez savoir : « Les anciens dirigeants [algériens] étaient très hostiles à l’égard du Maroc mais les relations ne seront pas pires qu’avant la chute du pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika». Qu’en sait-il ? Rien évidemment, mais il ne s’arrête pas là. Il souhaite que le pouvoir qui sortira de la transition procédera à l’ouverture des frontières.

Qui l’a sonné ? Personne, si bien que le lendemain, Mustapha El Khalfi, son porte-parole est, le pauvre, contraint de recadrer son patron :Saâdeddine El Othmani, n’a fait aucune déclaration officielle sur l’Algérie voisine et n’a exprimé aucune position du gouvernement marocain.

A l’arrivée, on se retrouve avec un chef du gouvernement qui ne parle qu’en son nom propre. Sa parole est ainsi automatiquement réduite à celle de n’importe quel citoyen lambda qui aimerait que les frontières entre les deux pays soient ouvertes.

Mais la presse algérienne qui, malgré la crise que traverse son pays, se rappelle de temps en temps que le Maroc est toujours là, ne l’entend pas de cette oreille. Le journal l’Expression, proche de l’armée, qualifie ce souhait de « fol espoir du trône marocain ». Pour le reste de la presse c’est une « supplique » que Rabat adresse au futur pouvoir algérien qui adviendra ou ne n’adviendra pas. Même si elle sait que la diplomatie n’est pas du ressort du chef du gouvernement, l’occasion est trop belle pour se rappeler au bon souvenir des Marocains.