Encore un effort M. Benkirane !

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Comment un homme aussi madré que Abdelilah Benkirane peut-il laisser la voie, d’une manière si peu naïve, à ceux qui militent en force pour clore, comme en Egypte, la parenthèse de l’islamisme gouvernemental au Maroc. Ce qu’ils n’ont pas rêvé de faire, il est en train de le réaliser tout seul. C’est extraordinaire

« Vous me bloquez Chabat, je disqualifie Sajid de l’UC ! Vous virez L’Istqilal, je mets hors-jeu l’USFP. Vous voulez contrôler ma majorité, je m’allie, en sautant la case gouvernement, directement avec Chabat au parlement ». Voilà le jeu auquel joue le Chef de gouvernement désigné Abdelilah Benkirane. Cela fait maintenant plus de 90 jours que ça dure, et ce n’est pas prêt de finir. 

Cela vole en effet au ras des pâquerettes. Une espèce d’infantilisation de la vie politique est en cours où les acteurs passent par tous les états d’âme d’un enfant qui joue à se faire peur. 

Alors que les Marocains attendent un gouvernement sérieux et crédible, Abdelilah Benkirane combat ses vieux démons avec son épée de bois, il livre la bagarre aux ombres dans l’espoir d’en finir avec ses obsessions animalières et autres créatures fantastiques.    

L’intérêt de la nation est oublié. La panne économique est niée. La dégradation de la situation sociale est occultée. L’arrêt de l’investissement est caché. Le pays est à l’arrêt et seuls des commentateurs inféodés aux islamistes trouvent quotidiennement, avec force contorsions, des vertus démocratiques à cette situation. On nous explique que le grand vainqueur de ce blocage gouvernemental est Abdelilah Benkirane. Soit, mais à quel prix ? Si c’est au prix de la défaite de la nation, c’est très cher payé. 

La seule crainte qu’ont les démocrates de ce pays est que Abdelilah Benkirane prenne la pente douce de Morsi l’Egyptien. Sous la coupe de ses ultras et de ses conseilleurs qui ne sont pas les payeurs, il risque de se retrouver une main devant et une main derrière face à face avec une institution monarchique qui n’est prête à céder un seul pouce de ses prérogatives constitutionnelles.  

Abdelilah Benkirane, chaque jour qui passe, s’approche davantage, de la ligne de front. En discréditant systématiquement tous ses adversaires politiques, hier Mezouar, aujourd’hui Akhannouch. Hier Bakkoury, aujourd'hui Lachgar. Hier Omari, aujourd’hui Sajid. Il se retrouve en première ligne, seul, démuni. 

Son million et quelques d’électeurs pèsent en fait peu face à 34 millions de Marocains attachés à leurs institutions. Quel type de rapport de force veut établir Abdelilah Benkirane ? Et avec qui ? Qu’il nous le dise ! L’opinion publique a du mal à comprendre où il veut véritablement en venir. Au lieu de s’accommoder d’une victoire à la Pyrrhus, le courage politique aurait voulu qu’il rende les clés. S’il n’est pas capable de constituer une majorité qui corresponde à ses vœux qu’il quitte la table ou qu’il la renverse s’il en a les moyens politiques. Une version moins angélique de son fameux slogan sur la réforme dans la stabilité. 

Le problème avec Abdelilah Benkirane c’est qu’à force de calculs politiciens, il en oublie la noble cause patriotique pour laquelle il est engagé. Jamais Abderrahmane Youssoufi n’est tombé dans ce piège. Les attentes des citoyens le pressent. Et les institutions qu’il doit servir attendent. Et lui, s’égare en route comme un enfant qui a oublié sa commission en cours du chemin. 

En fait Abdelilah Benkirane, et c’est apparemment son principal défaut, n’a jamais véritablement cessé d’être le secrétaire général du PJD. Il n’a jamais totalement habité, ou si peu, le costume de Chef de gouvernement. Il n’arrive pas à être le Chef de gouvernement de tous les Marocains, y compris de ceux qui n’ont pas voté pour son parti. 

Cette incapacité à se surpasser, à se transcender, à sublimer sa fonction l’a toujours empêché d’être mieux au rendez-vous des grands moments de l’histoire. Comme ce moment actuel très rare où, chargé par le Roi, il doit monter, loin de toute algèbre superficielle, une équipe solide et experte au service du pays. Agir en fait comme un homme d'Etat et non comme l'homme d'un clan. Quand on s’attendait à un grand stratège dans la durée, les yeux rivés sur l’horizon, on s’est retrouvé hélas avec un calculateur partisan à l’esprit parfois étroit.  

Abdelilah Benkirane est en train de transformer sa consécration historique en tant que Chef de gouvernement reconduit par le Roi dans ses fonctions en échec politique personnel. Ses amis du PJD qui ont raccourci la bride sur son coup traitent avec lui comme s'il était déjà un ex-secrétaire général ou un leader sortant. Ils lui compliquent la tâche en le mettant sous une tutelle visible au point on ne sait plus qui le Roi a désigné : Abdelilah Benkirane ou le secrétariat général du parti.  

Maintenant la partie n’est pas finie, et des surprises de taille peuvent toujours survenir. Quand on veut tout, on peut tout laisser. Comment un homme aussi madré que Abdelilah Benkirane peut-il laisser la voie, d’une manière si peu naïve, à ceux qui militent en force pour clore, comme en Egypte, la parenthèse de l’islamisme gouvernemental au Maroc. Ce qu’ils n’ont pas rêvé de faire, il est en train de le réaliser tout seul. C’est extraordinaire.