Ilyas El Omari présente sa démission, Benkirane repart à l’attaque

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Le PAM était parti pour déboulonner la formation de Abdalilah Benkirane. Il n’en fut rien. Ce semi-échec aurait pu être surmonté par la construction d’une opposition forte et crédible. Las, contrairement à l’arithmétique, l’imprévisible est consubstantiel à la politique. Dans ce cas, il a pour nom les évènements d’Al Hoceima. Parce que Elomari est président de cette région, parce que nombre de dirigeants et des plus influents en viennent, forcément les turbulences de Nasser Zefzafi et consorts ne pouvaient que secouer le PAM

Alors que le gouvernement peine à remplir l’espace médiatique en dépit de l’agitation du chef du gouvernement, Saâdeddine El Otmani, deux chefs de fil font l’actualité dans la somnolence de ce mois d’août,  le secrétaire général du PAM, Ilyas Elomari, et son homologue du PJD Abdalilah Benkirane. Ce dernier tente de tirer son épingle du jeu dans les évènements d’Al Hoceima, revient sur le « blocage » qui a fait avorter ses tentatives de former le gouvernement en demandant une enquête sur les raison de son échec et visiblement prépare le congrès de son parti prévu pour décembre prochain.

Ilyas Elomari en jetant sans préavis sa démission sur la table, ne jette pas pour autant l’éponge. En créant la surprise dans la soirée de lundi en annonçant sa démission du secrétariat général du PAM dont il a toujours été la cheville ouvrière, le président de la Région de Tanger – Tétouan – Al Hoceima ne se retire pas du parti dont il restera, dit-il, un fervent militant. Partir sans partir, tout le scénario est basé sur la création d’une illusion qui remet Ilyas El Omari, objet d’une vague de critiques depuis le déclenchement les évènements d’Al Hoceima sur lesquels il n’a pas pu peser, au centre du jeu.

Le communiqué du PAM souligne qu’eu « égard à sa responsabilité politique en tant que secrétaire général ayant supervisé les différentes phases qu'a traversées le parti pendant plus d’un an, dont les échéances électorales, Ilyas El Omari a présenté sa démission de son poste de secrétaire général du PAM ». Passage d’apparence entendu, mais c’est bien la première fois que l’on rencontre dans le discours du PAM la reconnaissance d’un échec électorale dans des élections qui l’ont pourtant placé dans une confortable deuxième position si l’on tient compte que des sièges obtenus, 102 députés contre 125 pour le PJD.

Mais il y a l’arithmétique et il y a la politique. Le PAM était parti pour déboulonner la formation de Abdalilah Benkirane. Il n’en fut rien. Ce semi-échec aurait pu être surmonté par la construction d’une opposition forte et crédible. Las, contrairement à l’arithmétique, l’imprévisible est consubstantiel à la politique. Dans ce cas, il a pour nom les évènements d’Al Hoceima. Parce que Elomari est président de cette région, parce que nombre de dirigeants et des plus influents en viennent, forcément les turbulences de Nasser Zefzafi et consorts ne pouvaient que secouer le PAM. Jusqu’à quel point ? Un peu trop tôt pour le dire.   

Pour l’instant le bureau politique du PAM et « après une discussion approfondie », a convenu à l’unanimité « de rejeter cette décision prise de manière unilatérale par le secrétaire général". Il ne pouvait en être autrement, comme Ilyas Elomari ne pouvait que se maintenir à une décision qu’il faut croire réfléchie. Le bureau politique qui « ne s’y résout pas» joue le temps en décidant « de soumettre cette décision à l'avis du conseil national du parti. »

Dans sa conférence de presse de mardi 8 août, Elomari a réitéré sa démission affirmant qu’il ira jusqu’au bout de sa décision. Une manière comme une autre de continuer à occuper le terrain qui sera relayée par l’autre décision de vérifier « le degré d'engagement et du respect des décisions émanant du parti et de ses instances décisionnelles. »

Les mesures que le PAM prendra à l’encontre des « présidents de collectivités territoriales n’ayant pas respecté les directives et les décisions du parti » animeront la scène en attendant « les avertissements » publics qu’il adressera aux « parlementaires absents lors des séances parlementaires et des réunions des commissions permanentes, et ce dans le cadre du respect du principe de corrélation de la responsabilité à la reddition des comptes et du slogan prôné par le parti lors de la campagne électorale, "Le changement, maintenant’’. »

Pour autant le PAM n’oublie pas son rôle d’opposant. Dans ce remu ménage, il faut bien que le gouvernement en prenne aussi pour son grade. C’est dans ce sens que le bureau politique a examiné les communications faites par « certains présidents de collectivités territoriales |qui] ont indiqué qu'ils ne peuvent pas poursuivre leurs missions correctement en raison de la faiblesse des moyens et de l'absence d'une interaction positive du gouvernement. » Fin du film ? Non, la partie ne fait que commencer.