La gauche : c’est maintenant !!

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La situation qui prévaut dans le pays appelle plus que jamais la présence d’une gauche forte. Malheureusement, tel n’est pas le cas. Affaiblie, désunie, elle a du mal à se remettre en position de combat pour agir et apporter des solutions comme elle l’a fait par le passé.  Ce reflux de la gauche marocaine n’est pas étrange au contexte mondial marqué par une offensive néo-libérale sans précédent et une montée de mouvements populistes et fondamentalistes qui ne sont, en fait, que l’enfant bâtard de ce néo-libéralisme.

A ces causes exogènes, communes à l’ensemble de la gauche de par le monde, on peut déceler des causes endogènes propres à la gauche marocaine. Celles-ci sont de trois ordres : d’abord, la gauche marocaine a pâti de sa participation au gouvernement et montre des signes de fatigue visibles. Bien qu’elle ait contribué à servir les intérêts  du pays, force est de constater qu’elle n’a pas pu concilier entre les impératifs de la gestion des affaires publiques et les exigences de sa proximité des citoyens. Ce qui lui a fait perdre une bonne partie de son audience auprès des électeurs qui se sont retournés vers les courants populistes ou, pire, se sont repliés sur eux-mêmes en renforçant le courant abstentionniste et nihiliste ; ensuite, trop occupée par la gestion du quotidien  et du court terme, elle a négligé la réflexion sur les questions stratégiques que connait le monde. Elle est restée, dans l’ensemble, attachée aux dogmes et aux stéréotypes de son âge d’or. Alors que le monde évolue à vive allure et des problèmes d’un type de nouveau font leur apparition, la gauche s’est montrée muette et inaudible au moment où d’autres courants –notamment les intégristes- ont pu saisir cette opportunité pour imposer leur hégémonie quitte à s’allier avec le diable ; la troisième raison de ce recul de la gauche tient à sa désunion, à l’hémorragie dont elle a fait l’objet et à l’état de déchirement interne qu’elle connait   même à l’heure actuelle. Ces scissions, si elles pouvaient se justifier dans des cas limite, ne sont pas assises sur des bases objectives et des approches politiques divergentes. Au contraire, elles sont pour l’essentiel dues à des causes subjectives et relèvent d’une lutte de personnes et non de projets. Ce qui ne fait qu’ajouter de la confusion à un champ politique écartelé et fragmenté.

Ce constat, pas trop réjouissant étant fait,   allons-nous conclure que le temps de la gauche est fini et prendre à notre compte certaines thèses relatives à la fin du clivage droite-gauche ? Absolument pas. La gauche a de beaux jours devant elle à condition qu’elle tire les enseignements du passé et qu’elle envisage l’avenir avec de nouvelles lunettes.  La question dépasse le choix de participer ou non au gouvernement. Les valeurs qui constituent l’ADN de la gauche ne sont jamais aussi présentes sur le terrain qu’aujourd’hui. Mais malheureusement, elles s’expriment et se développent sans elle (la gauche) quand ce n’est pas à ses dépens. Ce qui est paradoxal.

Ce faisant, le terrain est abandonné au bénéfice des extrémistes de droite et de gauche pour « encadrer » à leur façon  les mouvements sociaux qu’a connus le Maroc ces derniers mois. Rien de plus menaçant pour la démocratie qu’une évolution de la société sur ses marges !

C’est dire combien c’est pressant pour  la gauche de retrouver sa place naturelle. Elle doit être au cœur des dynamiques sociétales et au centre  du combat pour la démocratie et pour plus de justice sociale et territoriale. Elle en a les moyens et l’art de le faire tout en veillant à la préservation des intérêts suprêmes de la Nation. Mais elle doit procéder au préalable,  avec détermination et courage, à une remise en cause de certaines pratiques et se regarder bien dans la glace.

En premier lieu, elle est appelée à actualiser son « bagage »idéologique à la lumière de l’évolution du monde, pour le rendre attractif vis-à-vis de la jeunesse qui n’a pas vécu l’ère de la guerre froide ni celle de la lutte pour l’indépendance ou même de la Marche Verte.  Qui, parmi les militants de gauche, serait en mesure de donner une définition claire de l’impérialisme aujourd’hui, pour ne citer que cet exemple? Dans le passé, il suffisait de rabâcher la définition de Lénine selon laquelle « l’impérialisme est le stade suprême du capitalisme » !

 En deuxième lieu, elle ne doit pas tergiverser en matière de fonctionnement démocratique interne. On ne peut pas exiger de l’autre plus de démocratie si on ne l’est pas à notre niveau. Il y va de la crédibilité de la gauche.

En troisième et dernier lieu, la gauche doit absolument réussir là où elle a échoué dans le passé et réaliser un vœu cher à ses dirigeants historiques, à savoir son unité. Une unité dans l’action s’entend. Sans volonté d’hégémonisme et dans le respect de la diversité. Pour cela, elle doit dépasser les querelles de chapelle aggravées par certains comportements d’égo.

C’est de cette gauche que le pays a aujourd’hui besoin.  C’est cette gauche rénovée et « dépoussiérée » qui peut constituer une alternative démocratique à même  de redonner espoir à notre jeunesse et de rehausser la place de notre pays sur l’échiquier régional et international.