Le ''deal du siècle'' ou l’accord léonin que Trump entend imposer aux Arabes

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Le Roi Abdellah de Jordanie, devant les autorités religieuses, musulmanes et chrétiennes, de son pays : « Mes remerciements à mon frère et cousin Sa Majesté le Roi Mohammed VI, parce qu’en vérité, il n’y a pas meilleure position à l’égard de la Jordanie et d’Al-Qods que la sienne […] Je suis très fier et très reconnaissant à mon frère pour ses positions ». Propos décryptés comme l’annonce d’un « front de résistance » à un deal léonin.

 A l’approche à de la tenue de la conférence prévue fin juin en présence de pays arabes à Bahreïn sur le volet économique de l’initiative américaine pour ‘’résoudre’’ le conflit israélo-arbo-palestinien, les informations fusent de partout sur les nuances des positions et la participation des uns et des autres sans pour autant être éclairantes.

Après la tournée du conseiller de Trump, Jared Kushner, qui ressemblait à un forcing américain sur ses partenaires pour leur faire avaler le « deal du siècle », pompeusement baptisé « la paix contre la prospérité », tout est encore ambigu et les chances du plan minces. Pour autant, l’administration américaine semble résolue à imposer à ses partenaires de la région MENA le choix cornélien entre ses foudres et l’acception de son deal léonin.

Même si officiellement les traits de ce projet ne sont pas encore connus, tout indique qu’il s’agit, in fine, de faire entériner la cession d’Al-Qods comme « capitale éternel » d’Israël déjà engagée par l’hôte de la Maison Blanche, et de déporter les Palestiniens vers un réduit au Sinaï, rêve nourri par Benjamin Netanyahu qu’il avait déjà essayé de faire avaler à l’ex-président égyptien Hosni Moubarak.

En dépit du refus ferme que lui avait réservé le successeur d’Anouar Sadat, et le peu d’enthousiasme de la plupart des pays arabes, le rejet déclaré ou signifié des grandes capitales mondiales, les Israéliens ne désespèrent pas et, tablant sur le syndrome de déficience immunitaire acquise des Etats arabes,  comptent sur l’administration Trump pour mettre partenaires et adversaires dans la région devant le fait accompli et imposé un plan dont la nature injuste et méprisante voue à l’échec.

Une partie serrée et des positions à demi-mots

Alors que l’autorité palestinienne par la voix de son président Mahmoud Abbas a déjà annoncé qu’elle ne prendrait pas part à la conférence de Bahreïn, et ne se sentirait nullement concernée par les décisions qu’elle pourrait prendre, Tel Aviv déclare ne pas avoir encore décidé du niveau de sa représentation attendant probablement d’avoir des certitudes sur la quantité et la qualité de la participation arabe.  

Son chef de la diplomatie, Israël Katza, apparemment fixés sur les réticences que rencontre le plan, a affirmé dimanche soir que l'Etat hébreu serait représenté à ce qu’il n’appelle plus que « l'atelier économique » organisé par Washington à Manama sans toutefois indiquer le niveau de sa représentation. Quelques heures plus tard, l’agence Reuter, rapportée par i24news, citant des sources bien informées, assurait que « seule une délégation d'hommes d'affaires représentera Israël à la conférence économique de Bahreïn. »

Dans la foulée, et en dépit de la déclaration du ministre des Affaires étrangères marocain à Rabat, en chœur avec son homologue français Yves Le Drian, assurant ne rien savoir du plan américain qui porte le nom et l’empreinte du gendre et conseiller de Trump, des organes de presse, à l’instar  de Times of Israël, annonçaient que l’Egypte, le Maroc et la Jordanie ont accepté de participer à l’atelier organisé le 25 et 26 juin à Manama. Ce qui est probable mais n’engage à rien.

Les Emirats arabes unis et l’Arabie Saoudite qui soutiennent énergiquement le plan Kushner, ainsi que le Qatar avaient annoncé dès mai qu’ils assisteraient à la conférence. Le Koweït semble réticent et l’Egypte, embarquée avec les Emirats et l’Arabie Saoudite dans une alliance « stratégique », apparait comme hésitante.

En l’état actuel des informations, les deux Royaumes, marocain et jordanien, ne seraient pas près de cautionner un plan qui pourrait faire la part belle aux visées israéliennes dans la région. Bien que, selon l’agence américaine A P reprise par le Washington Post, Jared Kushner soit venu, fin mars, au Maroc pour "rechercher le soutien du Roi Mohammed VI  au plan économique de paix toujours gardé secret par l’administration Trump" dont la divulgation a encore été reportée, le communiqué qui a sanctionné la visite n’a livré qu’une vague, et de ce fait éloquente, information sur le contenu de ces entretiens. Il s’est, en effet, contenté d’indiquer qu’ils « ont porté sur le renforcement du partenariat stratégique ancien, solide et multidimensionnel entre le Maroc et les Etats-Unis, ainsi que sur les évolutions et développements que connait la région de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient. »

Dans une vidéo, visiblement fuitée, le Roi Abdellah de Jordanie a tenu début juin à adresser devant les autorités religieuses, musulmanes et chrétiennes, de son pays « ses remerciements à [son] frère et cousin Sa Majesté le Roi Mohammed VI, parce qu’en vérité, il n’y a pas meilleure position à l’égard de la Jordanie et d’Al-Qods que la sienne […] », ajoutant : « Je suis très fier et très reconnaissant à mon frère pour ses positions ». Propos qui ont été décryptés comme l’annonce d’un « front de résistance » à la démarche israélo-américaine.