L’Afrique est bien (re)partie

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René Dumont avait écrit au début des années 70 « L’Afrique est mal partie ». Cette fois, le Continent est en train de le démentir

Wall Street Journal, le média de l’économie le plus puissant du monde, a organisé à Londres, une conférence de très haut niveau sur l’Afrique, avec la participation de chefs d’État, de politiques, d’économistes et d’hommes d’affaires. Le contenu est des plus intéressants. Tout le monde s’accorde sur le potentiel du continent et sa capacité à assurer, enfin, son décollage économique. Les intervenants africains n’ont pas caché qu’ils cherchent la diversification des partenariats pour répondre à leurs besoins en investissements directs. Les choix de la nouvelle administration américaine ont été évoqués, mais il est trop tôt pour en juger. Les Africains se sont évertués à exposer le potentiel du continent. La nécessité de développer l’agriculture pour assurer la sécurité alimentaire et éviter les déplacements de populations aux conséquences ravageuses, est l’une des priorités des pays africains. L’on oublie souvent cet aspect, pourtant vital. L’Afrique attire des investisseurs surtout dans le domaine de l’exploitation des ressources naturelles. Or, pour se développer, elle a aussi besoin d’infrastructures et d’industries. Le directeur de la BAD a rappelé que pour y arriver « il faut l’éducation des jeunes et le développement de l’énergie », deux domaines où l’Afrique fait d’énormes efforts, selon lui. Il a cité le Maroc en exemple, pour le projet Noor, « l’une des plus grandes stations solaires du monde ». L’idée qui se dégage de tous ces débats, c’est que l’Afrique offre une véritable opportunité de croissance pour l’économie mondiale. Le développement du continent résoudrait une série de problèmes, dont les flux migratoires qui mettent à mal les relations internationales. Mais de manière plus pragmatique, cette marche en avant permettra à l’économie internationale de retrouver une croissance forte, de la même manière que la Chine et l’Inde ont tiré cette croissance en leur temps. Les questions de gouvernance ont bien évidemment été soulevées. La démocratisation n’est pas au même niveau dans tous les pays, mais elle est en train de s’imposer. Cependant, il ne faut pas juger les expériences au prisme occidental. Ainsi, Paul Kagamé, le Président rwandais, a été interpellé parce qu’il a changé la constitution pour avoir un troisième mandat. Calmement, il a rappelé que ce sont les représentants du peuple qui ont amendé la constitution et qu’il a été réélu à une écrasante majorité. Le Rwanda a réussi la paix civile et des taux de croissance très élevés, grâce, en particulier, à la généralisation des nouvelles technologies. D’ailleurs, la question du transfert de technologies a occupé une partie des débats. Le décollage de l’Afrique ne peut se concevoir sans l’acquisition des technologies. La recherche-développement reste pauvre en interne. C’est l’un des enjeux des prochaines années. Ces débats, très riches, montrent au final, l’extrême pertinence de la stratégie du Roi Mohammed VI en matière de partenariat Sud-Sud. L’Afrique, tout en recherchant des partenariats diversifiés, doit d’abord compter sur elle-même. Même si la pure logique économique, le fameux win-win, voudrait que les investisseurs étrangers y affluent en masse. Quelle autre zone offre actuellement tous ces atouts : un sous-sol riche, des terres arables, une main d’œuvre peu chère et surtout des taux de croissance à deux chiffres ? Aucune. Ce sont ces raisons objectives qui incitent tous les participants à la conférence de Londres à l’optimisme. René Dumont avait écrit au début des années 70 « L’Afrique est mal partie ». Cette fois, le Continent est en train de le démentir. Mo Ibrahim, le fondateur de la très influente fondation qui porte son nom, l’a dit : « Il faut arrêter de ne voir que la moitié vide du verre ».

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