Ministre d’états d’âme

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Par Naïm Kamal - La facturation, du pain bénit pour AKhannouch qui renvoie le chef du gouvernement, chef de la majorité, à ses attributions constitutionnelles. C’est à lui en premier et dernier lieu que revient le pouvoir de trancher les arbitrages et de prendre les décisions

Que serait la vie sans le PJD ? Sans ses ruades, sans ses frasques, quoique volet extravagances, sans Amina Mae Elaynaïne, le spectacle que les islamistes nous jouent  n’aurait rien de sexy. Il ne faut pas croire, mais ce n’est pas avec Mohamed Yatime et sa kiné, qu’on se régale. En revanche, les parades nuptiales de Mustapha Ramid et sa polygamie revendiquée, nous font jouer dans une autre catégorie.

Je divague en mélangeant sexe et politique ? Erreur. Lisez Sexus Politicus, un ouvrage traitant de l'importance de la sexualité dans le microcosme politique français, vous en aurez pour votre argent.

Dans le pugilat qui agite la scène politique, les phéromones et les sécrétions des gonades ajoutent à la complexité de la situation. Le gouvernement qui cherche à bon endroit qu’aucune quote-part n’échappe plus à l’assiette fiscale, s’empare de la facturation, qu’il veut désormais générale et électronique. Un viol pour les commerçants, qui englobe les petits comme les grands. Il n’en fallait pas plus pour que le feu prenne dans la prairie.

Grossistes et détaillants, à leur façon « faiseurs de tout et marchands de rien », pour paraphraser au premier degré Diderot, se mettent à baisser les rideaux et menacent le pays de paralysie. En même temps qu’ils montent au créneau, ils  découvrent leur puissance et prennent conscience d’une force qui risque à l’avenir de faire bien des dégâts.

Le président du RNI, Aziz Akhannouch, se rend vite compte de la situation et coince rapidement au coin du ring le chef du gouvernement qu’il juge, à raison, réfractaire au dialogue social. Cette disposition figurait déjà dans la loi des finances  de 2014 ; en le rappelant, le ministre de l’agriculture engage aussi la responsabilité du prédécesseur d’El Othmani, un certain Abdalilah Benkirane. Sans rien renier de la responsabilité de son propre parti, il leur reproche essentiellement leur manque de concertation avec les corps concernés et remet en cause l’acception qu’ils ont de la démocratie.

A son tour, le chef du gouvernement s’aperçoit de l’importance des enjeux. Le tissu des commerçants est un maillage tentaculaire dans tous les quartiers populaires à la densité démographique particulièrement élevée. Autant d’électeurs potentiels. La tentation est alors forte de se défausser sur ses alliés. Il y cède. D’autant plus facilement que le ministre des Finances est RNI.

Du pain bénit pour Aziz AKhannouch qui renvoie le chef du gouvernement, chef de la majorité, à ses attributions constitutionnelles. C’est à lui en premier et dernier lieu que revient le pouvoir de trancher les arbitrages et de prendre les décisions. Et surtout de promouvoir la politique du dialogue, vertu cardinal de tout bon gouvernement.

La boucle est bouclée ? C’est oublier que la politique est aussi une histoire de testostérones, notamment chez les islamistes qui affectionnent le féminin pluriel. Mustapha Ramid, à mi chemin de l’éléphant dans un magasin de porcelaine et du coq de basse cour, vole au secours de son frère et adresse une lettre ouverte au président du RNI, où il confond virulence et virilité. Suffisamment pour que la cohésion gouvernementale menace ruine. Et assez pour que le chef du gouvernement se métamorphose en chef de l’orchestre cacophonique de Touarga.