Mohammed VI à Doha après les Emirats Arabes Unis : Les enjeux de la visite

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Le roi Mohammed VI accompagné du prince Moulay Ismail, est arrivé ce dimanche 12 novembre, en début de soirée à Doha, en provenance de l'Etat des Emirats Arabes Unis, pour une visite officielle à l'Etat du Qatar

A sa descente d'avion à l'aéroport international Hamad, le souverain a été accueilli par l’Emir du Qatar, Altesse Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani avant de passer en revue un détachement de la garde d'honneur.

Après une brève pause au salon d'honneur de l'aéroport international Hamad, le cortège des deux chefs d’Etat s'est dirigé au "Diwan Emiri".

Le roi est accompagné, lors de cette visite, d’une importante délégation composée notamment des conseillers du souverain, Fouad Ali El Himma, Yassir Znagui et Abdellatif Menouni, et du ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita.

Après la rencontre élargie à plusieurs hauts responsables des deux pays, le roi et Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani ont eu un entretien en tête-à-tête.

Les entretiens entre le roi et l’Emir du Qatar ont porté sur l’excellence des relations entre les deux pays frères et la ferme volonté des deux chefs d’Etat de consolider davantage la coopération dans différents domaines. Les deux chefs d’Etat ont également échangé sur des sujets d’intérêt commun d’ordre régional et international.

Ces entretiens se sont déroulés en présence, du côté qatari, notamment, du vice-Emir du Qatar, Cheikh Abdellah Ben Hamad Al-Thani et du ministre des affaires étrangères Cheikh Mohamed Ben Abderrahman Al-Thani.

Une solide coopération mais des échanges commerciaux en deçà des aspirations

Les rencontres et l’échange de visites des responsables des deux pays permettent de renforcer la concertation et l’échange de vues sur les relations bilatérales et les questions d’intérêt commun et d’examiner les moyens à même d’élargir et de diversifier les domaines de la coopération bilatérale et de renforcer sa mise en œuvre.

La coopération entre le Maroc et le Qatar s’est renforcée et approfondie à travers une série de conventions, de protocoles d’accord et de programmes exécutifs touchant les différents domaines social, culturel, sportif, économique, judiciaire et militaire et ce, conformément aux Hautes orientations des dirigeants des deux pays. Dans ce sillage, il convient de noter que l’une des plus anciennes conventions conclues entre les deux parties, est celle portant sur la coopération dans le domaine culturel et artistique (26 juillet 1975) et qui a été suivie par la signature d’une série de conventions et mémorandums d’entente, dont l’accord portant sur le recrutement de la main-d’œuvre marocaine au Qatar, signé entre les deux pays le 17 mai 1981, et du protocole additionnel paraphé le 24 novembre 2011.

En juin 1996, les deux pays ont conclu un accord prévoyant la création d’une haute commission mixte pour le suivi de la mise en œuvre des conventions et explorer davantage d’opportunités de coopération, et dont la dernière et sixième session a été tenue en avril 2016.

Quelque neuf conventions, programmes exécutifs et mémorandums d’entente ont été signés lors de cette sixième session de la Haute commission mixte maroco-qatarie, dans les domaines juridique et judiciaire, du transport maritime et de la coopération entre l'Agence nationale des ports et la société qatarie de gestion des ports, outre le programme Boudour pour les jeunes Marocains entre l'institution Seltek et l'institution Attawfik de micro-finance.

A cette occasion, un mémorandum d'entente sur les secteurs du pétrole, du gaz, des énergies renouvelables, de l'électricité, et de l'utilisation de l'énergie, un mémorandum d'entente entre l'Instance générale de la retraite et des assurances sociales au Qatar et la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et deux programmes exécutifs dans le secteur de la culture, de l'art et du sport, ont été conclus entre les deux parties.

Dans le domaine de l'investissement, les deux pays restent animés par une véritable volonté d'adopter des mécanismes de travail efficaces et d'explorer des opportunités prometteuses, dans le cadre de la complémentarité économique, alors que les observateurs dans les deux pays soulignent que cela demeure le moyen le plus efficace pour promouvoir et élever la coopération bilatérale dans ce domaine au niveau des aspirations des deux parties. Selon les experts du marché marocain, l’agriculture, la pêche maritime, le textile, les industries du cuir, les services financiers et les technologies de l’information et de la communication arrivent en tête des secteurs prometteurs dans ce domaine.  Un arsenal législatif favorable aux investissements, un environnement incubateur et un climat des affaires stimulant, outre la tenue régulièrement des sessions des hautes commissions mixtes maroco-qataries ainsi que la disponibilité des ressources humaines qualifiées et capables de s’adapter et d’acquérir rapidement l’expertise requise, sont autant de facteurs qui contribuent à l’accélération de la cadence des investissements.

Néanmoins, les échanges commerciaux bilatéraux demeurent en deçà des aspirations des deux parties, de leurs potentialités et besoins réels. Ainsi, la valeur de ces échanges n’a pas dépassé 704 millions de dirhams en 2015, dont 186 MDH d’exportations marocaines représentées par des produits manufacturés, des produits alimentaires, outre des matériels de construction, avec une balance favorable pour le Qatar, qui exporte vers le royaume des produits en plastique et dérivés, le soufre brut et l’aluminium.

Selon les chiffres de l’office des changes, les importations du Maroc en provenance du Qatar avoisinent 532,84 MDH en 2016, contre 191,05 MDH en 2017, tandis que le Maroc a exporté vers l’Emirat environ 111,32 MDH en 2016, contre 65,83 MDH en 2017.

En ce qui concerne les investissements qataris au Maroc, ils ont atteint, selon des chiffres officiels environ 3,4 milliards dirhams (quelque 340 Millions dollars) en 2013, avant de grimper en 2014 à 4,5 MMDH (environ 450 Millions dollars), soit 12,3 pc de la totalité des investissements étrangers. Lors des trois premiers mois de l’année 2015, ces investissements se sont chiffrés à 3,4 milliards de dirhams. Ces investissements concernent des secteurs essentiels comme l’industrie, le tourisme, des projets d’énergie renouvelable, outre les projets d’infrastructure.

Il semble évident que les indices relatifs aux investissements et aux échanges commerciaux restent en deçà des aspirations des acteurs des deux pays, vu les potentialités et les ambitions de leurs marchés respectifs. Il va sans dire que les acteurs économiques et politiques des deux pays sont conscients que la prospection de nouveaux domaines de coopération et d’opportunités d’investissement en plus de l’ambition et de la volonté de hisser le niveau de la coopération bilatérale est un échafaudage perpétuel et une quête renouvelée à laquelle contribuent l’ensemble des intervenants politique, économique et culturel.

Quid du blocus contre le Qatar ?

Dès le début de ce conflit qui oppose le Qatar à l’Arabie Saoudite et ses alliés, le Maroc avait été pressenti comme médiateur potentiel mais le royaume a préféré garder une certaine neutralité. Et pour cause, le Maroc est un allié de l’Arabie Saoudite mais entretient également des relations équilibrées avec tous les pays du Golfe qui forment le Conseil de Coopération du Golfe (CCG).

Par ailleurs, le Maroc a déjà eu à agir pour apaiser une autre crise au sein du CCG en 2014. Comme à son habitude, il avait préféré intervenir discrètement et ainsi préserver ses relations avec tout le monde.