MRE : La France ne veut plus d'imams ni d'enseignants en langue arabe du bled

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Le choix de Mulhouse par le Président Macron, pour faire, le 18 février, son discours attendu sur la lutte contre le communautarisme, désormais, qualifié de séparatisme, n’est en rien anodin. Mulhouse héberge, dans cette terre concordataire, l’une des plus grande mosquée-centre culturel de France, érigée grâce à des financements qataris. Le lieu a donc une forte charge symbolique. Loin de décevoir, sauf pour d’aucuns, les annonces fortes et des mesures radicales émise par le Président marquent un tournant décisif dans la gestion de l’épineux dossier de l’Islam en France. Le Président français a annoncé la fin des enseignants de langue arabe dans les écoles publiques, en vertu d'accords bilatéraux, signés à partir de 1975, dans le sillage de la politique du groupement familial. Il s’agit en fait, d'un programme appelé Elco (Enseignement de la Langue et de la Culture d’Origine), un dispositif de cours facultatifs en langues étrangères, dispensés par des enseignants désignés par les gouvernements des pays d'origine, notamment : Maroc, Algérie, Tunisie, Turquie. Cet enseignement, devenu douteux et inefficace sera supprimé dès la prochaine rentrée scolaire.

« Mettre fin aux influences étrangères sur l'islam de France »

L'autre mesure, toute aussi importante, concerne directement la question de l'encadrement religieux. La France ne veut plus des imams détachés, envoyés par les pays d'origine pour prêcher, le modèle marocain, algérien ou turc. Pour mettre fin je cite "aux influences étrangères sur l'islam de France", au profit d'une augmentation du nombre d'imams formés en France. Ainsi, la France, ne veut plus s'accommoder avec un enseignement et des prêches dont elle ne maîtrise pas le contenu. 

Le président a énuméré ses intentions pour lutter contre le "séparatisme". Il souhaite notamment "lutter contre les influences étrangères", "favoriser l'organisation du culte musulman" et "lutter contre toute manifestation du 'séparatisme' islamiste". « Je ne laisserai aucun pays nourrir sur le sol de la République un séparatisme qu'il soit religieux, politique ou identitaire » dit-il. Si le Président français, diplomatie exige, a salué le travail exemplaire qu'il a pu avoir avec le Roi Mohammed VI ou le président Algérien, sur « les solutions à apporter en matière éducative et religieuse », contrairement à l'entêtement de la Turquie, il n'en demeure pas moins que le Président Macron, vient de porter un jugement, plus que négatif sur le bilan de l’interventionnisme religieux des pays d’origine sur le sol français, et d’annoncer, dans la foulée, l’abandon de la vision de l'Etat marocain, qui a prévalue ses deux dernières décennies, comme l’un des principaux axes de sa politique dédiée à la communauté marocaine à l'étranger. De fait, le gros du contingent enseignant d’arabe et d’imam sont installés en France

En effet, d'après une estimation établie, en 2015, tirée des chiffres de l'Insee de 2008, le nombre de marocains ou d'origine marocaine en France, y compris les binationaux, sur quatre générations, s’élève d'environ 2,5 millions d’âmes.

Pour qui sonne le glas ! 

Cette imminente restructuration du champ religieux, ne manquera pas de bouleverser, entre autres, la vision de l'Etat marocain. Il impactera directement sa gestion du dossier qu’il sera sommé de restructurer à son tour. Les annonces du Président Macron rendent, pour pasticher Yasser Arafat, caduc le périmètre d’action au moins deux institutions.

La fondation Hassan II :

Crée en 1990 par le Roi Hassan II, avec pour objectif « d’œuvrer pour le maintien des liens fondamentaux que les MRE entretiennent avec leur patrie », elle est dotée de moyens très importants. Elle emploie 633 personnes dont plus de 576 l'étranger, essentiellement des enseignants de la langue arabe. La deuxième mission de la fondation est ''l'animation religieuse'', en coordination avec le ministère du Habous et des affaires islamiques, pour « l'exportation du modèle Malékite'' au travers des imams envoyés du Maroc, notamment pendant le mois de Ramadan. Sur le site de la fondation Hassan II, la répartition géographique des enseignants à l'étranger, fait état de 61% de l'effectif en France et 17,43% en Belgique Ce qui donne une concentration de 78% en France et en Belgique, un pays qui suivra probablement l'exemple français. Sur un budget annuel de 160 millions de Drh, 75% est alloué à l'enseignement de la langue. La question qui se pose aujourd'hui d'une manière cruciale : c’est la future obsolescence de cette fondation Hassan II, qui n’aura plus de raison d’être et la nécessité de prendre rapidement des mesures de redéploiement des enseignants jusqu’alors affectés à l’étranger.

Le CCME

De son côté, Le conseil de la communauté marocaine à l’étranger, dont la principale mission fixée par son dahir de création en 2007, dit : ((Le CCME est notamment chargé du suivi et de l'évaluation des politiques publiques du Royaume envers ses ressortissants à l'étranger)) et qui sous l’effet, notamment de son secrétaire général qui a dévié l’action de l’institution de ses objectifs initiaux pour la préempter et la destiner, presque exclusivement, aux questions religieuses, autant dire que le CCME  n'a rien vu venir. L’institution qui à l’origine, n’a rien  avoir avec le champs religieux, fut déjà injustement percuté, par l’article du très sérieux journal espagnol ''El Mundo'', qui évoqua l’été dernier, une procédure judiciaire en cours à Barcelone,pour une sombre affaire de détournement de grosses sommes d'argent, destinées au départ au financement des mosquées et la lutte contre la radicalisation, et qui par un stratagème de blanchiment revenaient finalement au Maroc, par le biais d'un montage financier, impliquant le CCME dans une affaire qui ne le concernait pas.

Il est tout de même étrange que ces deux institutions, FH2 et le CCME aient des points communs. Elles n’ont pas de fonctionnement démocratique et abusent de l’opacité dans leur gestion. Depuis leur création, le conseil d'administration du premier et les membres du conseil du deuxième, nommés pour 4 ans en 2007, n’ont jamais été renouvelés, ni même réunis, comptant désormais des morts parmi leurs membres.

La loi sur le CCME qui tarde à venir, depuis la nouvelle constitution de 2011, doit être l'occasion pour une réflexion globale ayant pour objectifs de poser le socle d'une nouvelle vision politique publique du Maroc à l'égard de sa communauté vivant à l'étranger. Cette vision doit être courageuse, en phase avec les mutations importantes de l'immigration marocaine dans sa diversité culturelle et multigénérationnelle, en capacité également, de prendre en compte les réalités d'intégration dans les sociétés d'accueil, en veillant à ne pas nuire à son cheminement.

Hamid Soussany

Nice -France- le 19 février 2020