Nizar Baraka : L’ère des ruptures

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« Aujourd'hui le problème est ailleurs : On peut avoir la plus belle des stratégies, mais si on n'agit pas sur un certain nombre de points en termes de gouvernance, institutionnel, du capital humain, de confiance et de cohésion sociale, le résultat ne sera pas au rendez-vous » Nizar Baraka

Rabat - Le modèle actuel de développement au Maroc a atteint ses limites et des ruptures majeures s'imposent selon une nouvelle vision à laquelle doivent impérativement adhérer les citoyens, a indiqué, jeudi à Rabat, le secrétaire général du Parti de l'Istiqlal (PI), Nizar Baraka.

"Le modèle actuel a atteint ses limites et il est absolument nécessaire de le revoir de manière claire de façon à élaborer un nouveau projet, lequel ne peut se faire sans ruptures majeures pour marquer le changement auquel doivent obligatoirement adhérer les citoyens", de manière à préserver davantage leur dignité, permettre de regagner la confiance et libérer le compétentes, notamment chez les jeunes et les femmes, pour une meilleure intégration au sein de la société, a affirmé M. Baraka lors d'une rencontre-débat organisée par la Fondation diplomatique sur le thème du nouveau modèle de développement.

M. Baraka, qui s'exprimait en présence d'une quarantaine d'ambassadeurs accrédités au Maroc et de représentants de différentes organisations onusiennes, a évoqué les lacunes de ce modèle de développement, citant, à titre d'exemple, la baisse à 3 pc du taux de croissance et de la création de 50.000 emplois nets annuels seulement, au moment où quelque 200.000 jeunes arrivent chaque année sur le marché de l'emploi.

Il a fait état, entre autres, d'un taux de participation des femmes qui ne fait que diminuer pour atteindre aujourd'hui 21 pc de la population féminine active, et du ralentissement de moitié des dépôts bancaires ainsi que du rythme de croissance des crédits à l'investissement qui est passé de 12 à 1 pc actuellement, contre 2 pc l'an dernier.

D’une société d'intermédiation à une société de droit

Évoquant les convictions de son parti pour le nouveau modèle de développement auquel a appelé le Roi Mohammed VI, l'ancien président du Conseil économique, social et environnemental a insisté que le nouveau projet ne peut en aucune manière être uniquement économique ou social, mais plutôt un modèle de développement global qui intègre le politique, l'économique le social, le culturel et l'environnemental, notant que cela implique nécessairement qu'il y ait un cap clair, un nouveau contrat social qui permettrait à toutes les forces vives de la nation, aussi bien de la majorité que de l'opposition, d'aller toutes dans le même sens et de réagir pour franchir le pas. 

"C'est la raison pour laquelle nous avons évité, et c'était un choix, de présenter un modèle qui soit une somme de mesures ou de programmes sectoriels, car nous considérons qu'aujourd'hui le problème est ailleurs : On peut avoir la plus belle des stratégies, mais si on n'agit pas sur un certain nombre de points en termes de gouvernance, institutionnel, du capital humain, de confiance et de cohésion sociale, le résultat ne sera pas au rendez-vous". 

L'ancien ministre de l’Économie et des finances met l'accent, en outre, sur la nécessité de l'appropriation de ce modèle pas les citoyens et la mobilisation des différents acteurs pour sa réalisation, soulignant que c'est à partir de ce moment-là que chaque parti politique doit être en droit de présenter la trajectoire qui lui permettrait d'atteindre ses objectifs.

Il a, en ce sens, mis l'accent sur la nécessité de passer d'une société basée sur l'intermédiation, les privilèges et l'économie de rente à une société de droit pour aller droit vers le citoyen dans le sens de mieux le servir, en lui permettant d'accéder automatiquement à tous ses droits.

Passer du concept de saupoudrage à celui de ciblage

Au niveau de la gouvernance, il a déploré "le travail en silo" des différents départements, notant qu'il s'agit là d'un véritable problème de coordination et d'efficacité concernant l'action et la dépense publique. "Les dépenses en matière de lutte contre la pauvreté, à titre d'exemple, sont éparses et n'ont pas d'impact parce qu'elles ne sont pas ciblées et cohérentes. Il faut arriver à assurer plus de cohérence et de coordination dans les politiques publiques", a-t-il insisté, relevant que la régionalisation avancée peut être considérée comme une porte d'entrée pour mieux comprendre et satisfaire les besoins et les aspirations des citoyens.

"Il faut aussi passer du concept de saupoudrage à celui de ciblage", souligne-t-il, se félicitant à cet égard de la mise en place du Registre unifié, qu'il faut toutefois "intégrer dans le cadre d'une politique cohérente pour pouvoir renforcer les capacité des ménages en vue de les sortir de la pauvreté, loin de la notion de la bienfaisance". Il a également constaté pour le déplorer que le Maroc investit énormément mais avec une faible rentabilité de ces investissements.

M. Nizar Baraka a fait savoir que le Parti de l'Istiqlal propose dans ce cadre un nouveau concept de "cohésion sociétale" consistant à agir ensemble dans une logique de réduction des inégalités de revenu, spatiales et entre les générations, afin de pouvoir préserver les intérêts des générations futures et donc intégrer la dimension du développement durable.

A cet effet, il faut absolument renforcer la classe moyenne et l'élargir pour pouvoir assurer un développement beaucoup plus rapide basé sur une meilleure compétitivité, a-t-il ajouté, mettant aussi l'accent sur la nécessité de respecter les dispositions de la Constitution et de faire participer les MRE aux choix décidés.

Pour conclure, M. Baraka a relevé que le Maroc, à l'instar d'autres pays de la région, vit au rythme de plusieurs transitions (démographique, politique, démocratique, économique, sociale, générationnelle...), ce qui rend la situation un peu plus compliquée et sensible, mettant en avant la volonté forte du souverain pour aller de l'avant, ainsi qu'une société vivante, des indices que le PI "considère comme des signes de confiance et d'optimisme de faire mieux".

A cet égard, a-t-il dit, l'opposition veille à s'ériger en véritable force de proposition, appelant les partis à changer de mode de faire la politique, en insistant sur trois principes essentiels, la vérité, la crédibilité et l'action en liaison avec une vision future.