Sahara : Ce n’est pas demain la veille

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Horst Köhler se démène comme il peut. Mais on peut d’ores et déjà dire que tant qu’un envoyé personnel, ou autre, n’arrivera pas à mettre les vrais antagonistes à une même table de négociation, une solution au Sahara ce n’est pas pour demain la veille

Les recommandations de la Commission européenne en rapport avec l’accord de pêche entre l’UE et le Maroc ne sont pas de nature à rassurer sur le sort que l’Union entend donner à sa coopération avec le Maroc. Certains de nos diplomates se veulent sereins, estimant avoir encore une bonne marge de manœuvre pour arriver à un compromis qui ne nuit pas aux intérêts du Royaume. Cependant il faudrait bien insister sur ce que ces recommandations comportent comme éléments d’ingérence à même de nuire non pas seulement aux intérêts économiques du pays, mais à la défense de la marocanité du Sahara. Que l’Union européenne veuille s’arroger le droit, à travers des mécanismes dédiés, d’être non seulement « suffisamment informée » mais aussi « impliquée dans la répartition géographique et sociale des bénéfices socioéconomiques découlant de l'accord, au profit des populations concernées » érode de fait la souveraineté que revendique du Maroc sur ses territoires. Dans le même sens va sa volonté d’acquérir le droit « d’évaluer, au moment de la signature, les potentielles retombées de l'accord de pêche et de son protocole » sur ces mêmes territoires et leurs populations. De même, l’exigence de leur association au « moment de sa proposition de signature et de conclusion » est une immixtion insupportable. L’UE, en définitive, veut le poisson et l’argent du poisson tout en viciant les bases juridiques sur lesquelles le Maroc repose  sa souveraineté sur le Sahara.

A un moment où l’envoyé personnel  du secrétaire général de l’ONU au Sahara cherche, par une démarche qu’un journal algérien a qualifiée de « singulière », à relancer le processus de négociation au Sahara, les arguties de la Commission européenne peuvent influer sur son approche et sur le rapport qu’il doit présenter au Conseil de sécurité en  avril. Quoi que pour l’instant peu de gens semblent avoir une idée claire de sa démarche marquée par des consultations qui vont dans tous les sens. Une source diplomatique marocaine se montre optimiste, du fait, entre autres, qu’Horst Köhler a insisté dans son brief devant le CS sur « le caractère exclusif du processus onusien sur le dossier du Sahara» et a mis en relief la situation de Guargarate où le Polisario met constamment en danger le cessez-le-feu. L’envoyé personnel a mis également en avant le nécessaire « compromis et le réalisme comme paramètres fondamentaux de la recherche d’une solution politique. » Soit ! Mais de quel compromis peut-il s’agir dès lors que le Maroc a fait la plus grande partie du chemin avec sa proposition de l’autonomie sans qu’il y ait un écho de l’autre côté. Sans doute, Horst Köhler  a relevé le rôle de l’Algérie, de l’intégration régionale et du rapprochement entre le Maroc et l’Algérie et a comparé cela à l’histoire de la France et de l’Allemagne. » Ce qui laisse entrevoir qu’il a une perception précise du véritable antagonisme dans la région. Mais à quoi servirait cette clarté de vision s’il continue à ne voir de nouvelle dynamique à la recherche d’une solution qu’à travers des négociations directes entre le Maroc et le Polisario, tandis qu’il sait pertinemment que le nœud du problème se situe à Alger ?
Après son rapport prévu pour le mois d’avril, on sera certainement moins dans le brouillard. Toutefois on peut d’ores et déjà dire que tant qu’un envoyé personnel, ou autre, n’arrivera pas à mettre les vrais antagonistes à une même table de négociation, une solution au Sahara ce n’est pas pour demain la veille.