Un débat hallucinant

5437685854_d630fceaff_b-
833
Partager :

Nous avons besoin d’une génération polyglottes, parce qu’aucun investisseur ne fera l’effort d’apprendre la Darija, avant de venir s’installer au Maroc

Depuis plusieurs jours un combat fait rage autour de l’utilisation de la Darija dans les programmes scolaires. Les fake news, les rumeurs et les vérités s’entrechoquent, mais c’est un détail. C’est une bataille idéologique, totalement irréaliste. Les uns pensent que le moyen d’affirmer la particularité marocaine est d’actualiser la Darija, les autres, qui sont pour le maintien dans le giron arabo-musulman défendent l’arabe.

L’identité marocaine est plurielle. Elle vit à travers nous tous, dans notre cuisine, nos habits traditionnels, nos salons marocains, nos fêtes, nos mariages. Faire de la langue un enjeu identitaire, en 2018, est tout simplement une idiotie.

Allal El Fassi, Abdelhadi Boutaleb, les deux lauréats d’Al Qaraouyine, Mostapha Kasri, qui a traduit Saint-John Perse, le poète français le plus inaccessible, et Saïd Sadiki et bien d’autres, étaient parfaitement bilingues.

Qui peut les accuser d’avoir perdu ne serait-ce qu’une once de leur marocanité ?
La relation langue-identité avait sa pertinence à l’ère postcoloniale, elle n’en a plus aucune aujourd’hui.

La langue est véhicule de communication. Le Maroc a beaucoup perdu avec l’arabisation et en subit les conséquences. De grâce, ne prenons pas en otage l’avenir de la nation, au nom de débats idéologiques éculés, ou d’opportunismes mercantiles.

La globalisation et la mondialisation sont un fait incontournable. Le rôle de l’école, c’est de préparer ceux qui, dans vingt ans, dirigeront nos entreprises, nos administrations, et il faut l’espérer, nos partis. En France, les grandes écoles imposent à leurs étudiants le mandarin. Parce que la Chine est incontournable.

Quelle ouverture offre la Darija ? Aucune. L’Arabe classique permet de communiquer avec la sphère régionale sans plus. Nous devons faire de la maîtrise des langues étrangères, dès le bas âge, un enjeu fondamental. Et ce n’est pas à Rabat de décider seul.

La régionalisation doit permettre à chaque Académie de se projeter dans l’avenir et de choisir les langues qu’elle veut promouvoir, en fonction du projet de développement régional, des investissements attendus, du pays d’origine de ceux-ci et des marchés à conquérir pour les productions locales.

Que le Nord et l’Oriental privilégient l’Espagnol cela coule de source ; les villes touristiques peuvent développer l’Allemand, le Russe et le Chinois, parce que ce sont des marchés très porteurs et ainsi de suite. Nous avons besoin d’une génération polyglottes, parce qu’aucun investisseur ne fera l’effort d’apprendre la Darija, avant de venir s’installer au Maroc.

Il faut arrêter de nous faire peur avec la question de l’identité, instrumentalisée à d’autres fins. La constitution la reconnaît comme plurielle, sans la suprématie d’aucun référent, les Marocains la vivent ainsi, et chaque fois que le Maroc était en danger, ils ont été unanimes à le défendre. L’ouverture est une obligation, pas un choix et cela passe par la maîtrise des langues étrangères. Il n’y a aucun risque, que cela dénature la société marocaine.

C’est une insulte à notre histoire que de croire que notre identité est si facilement soluble.