Un Roi décomplexé

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L’essentiel du discours Royal à l’UA n’est pas tant dans ce que le Maroc a réalisé en 17 ans au plan bilatéral, mais dans cette teneure à portée réellement révolutionnaire qui invite au vrai affranchissement de l’Afrique, de ses citoyens et de sa « nouvelle génération de leaders décomplexés »

Au-lendemain du retour du Maroc à l’Union Africaine, la presse algérienne, se faisant l’écho du désarroi qui s’est emparé des dirigeants de son pays, ne savait plus à quel saint se vouer. Entre crier victoire parce que le Maroc aurait reconnu ainsi la RASD, ou hurler au loup marocain qui « rentre dans la bergerie » pour dévorer le pauvre mouton sahraoui, elle a offert le spectacle éloquent d’une ambivalence qui en dit long sur ses incertitudes et ses inquiétudes. Il y a de quoi. Alger qui régnait sur l’Union Africaine en maître des Céans, a vu ses soutiens se réduire en peau de chagrin, pour ne se retrouver qu’avec une poignée d’irréductibles qui n’ont pas encore compris que le monde de la guerre froide n’est plus et que celui que nous vivons est en train de se transformer au pas de course. On le sait, la bataille a été rude, voire implacable et féroce.  Juste après le sommet de Kigali, Alger, puissamment soutenu par Pretoria, a entamé une série de manœuvres dont la plus ridicule était d’actionner, en sollicitant un avis consultatif, la commission juridique de l'UA pour prononcer un véritable réquisitoire contre le Maroc, pays «qui occupe une partie du territoire d'un État membre». La commission a obtempéré, mais l’écrasante majorité des Chefs d’Etat et de gouvernement présents à Addis-Abeba ont sagement tourné le regard vers l’avenir. Et ce qui devait être, fut.

Pour autant la bataille ne fait que commencer, tant Alger et ses soutiens, au lieu d’écouter et d’entendre la pertinence des propositions du Roi Mohammed VI, préfèrent continuer leur combat d’arrière garde. La densité du discours du souverain, à laquelle ils sont restés sourds, réside d’abord dans sa subtilité. Sans rien céder, il a opté pour l’occultation, momentanée sans doute, du conflit algéro-marocain sur le Sahara, pour ne se dédier qu’au partage et au travail en commun pour le développement et la prospérité de l’Afrique et des Africains, avec l’espoir que la dynamique de la coopération apportera dans son sillage des solutions acceptables aux problèmes pendants. Son argumentaire n’était pas une logorrhée pompeuse et redondante puisée dans le lexique révolutionnaire des années soixante, mais des actes et des accords concrets, des projets et des réalisations tangibles, et une larme sur le triste état de l’Union du Maghreb Arabe en retard de plusieurs décennies sur ce qui se fait dans d’autres sous régions du continent. Situation que « nos concitoyens maghrébins, a-t-il dit, ne comprennent pas. » Mais, à mon sens, l’essentiel de ce discours n’est pas  tant dans ce que le Maroc a réalisé en 17 ans au plan bilatéral, mais dans cette teneure à portée réellement révolutionnaire qui invite au vrai affranchissement de l’Afrique, de ses citoyens et de sa « nouvelle génération de leaders décomplexés » qui « agissent avec détermination, fermeté et conviction, sans se soucier d’être ‘’notés ‘’ ou évalués par l’Occident ».