Entretien avec Imad Morchid, l’inventeur de la première supercar électrique marocaine

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Durant la COP22, Imad Morchid et sa voiture de sport ont fait le buzz. La foule s'agglutinait, littéralement, autour et dans le stand d’exposition du jeune ingénieur Marocain. Qui est donc ce jeune homme né à paris, qui expose son premier bolide, une voiture de sport électrique 100% Made in Morocco, à l’âge de 25 ans ?  

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Imad Morchid. J’ai 25 ans, je suis né à paris, mais j’ai vécu à Marrakech depuis l’âge d’un an et je suis ingénieur en mécanique. J’expose la première voiture électrique 100% marocaine, dédiée au marché africain et arabe.

Qu’est ce qui vous caractérise et qui a fait qu’à 25 ans vous avez pu réaliser ce bolide 100% électrique, 100% Marocain ?

Je dirais que dans la vie j’ai deux principes qui me définissent. D’abord quand j’ai un projet, je préfère  définir, au préalable, tous mes objectifs et toutes mes idées avant de me lancer, de façon méthodique. Ensuite, une fois que le projet est lancé, je ne baisse jamais les bras. Autrement dit je suis méthodique et déterminé.

Comment avez-vous eu l’idée de concevoir votre propre voiture ?

Depuis que j’ai 12 ans, je n’avais qu’une seule idée en tête : concevoir ma propre voiture. Pendant toutes mes études élémentaires à Marrakech, je partais à l’usine de mon père où j’essayais déjà de faire plusieurs expériences mécaniques. Juste après l’obtention de mon baccalauréat, je suis parti à Casablanca où j’ai fait deux ans de classes préparatoires puis des études en ingénierie. Par la suite, je suis revenu à Marrakech où j’ai créé mon propre cabinet d’ingénierie et d’audit. Mais je n’ai jamais renoncé à mon rêve d’enfance, qui était de concevoir ma propre voiture. C’était une passion profonde et mon père m’a beaucoup soutenu et aidé à aller au bout de cette passion.

Après votre formation et malgré votre volonté, ne vous fallait-il pas des fonds pour mettre en œuvre vos idées ?

Oui. Une fois de retour à Marrakech, j’ai commencé par monter mon propre cabinet. C’est sur mes fonds propres que j’ai commencé à faire de la R&D. Ainsi, cette voiture que j’expose aujourd’hui, est le fruit des acquis de plusieurs années de travail.

Quand votre voiture a commencé à faire le buzz sur les réseaux sociaux, certaines personnes ont cherché à trouver la faille. Leur argument était que les grands constructeurs développent des voitures en minimum 2 ans alors que vous, vous y êtes arrivés en seulement 5 mois ? Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Ce qu’il faut savoir c’est que les voitures développées sur deux ans sont des voitures commercialisables et donc il y a beaucoup de tests techniques à faire et des aspects économiques à prendre en compte. Les grands constructeurs arrivent à faire des prototypes en deux mois. Un prototype est différent d’une voiture commercialisable. Un prototype est vraiment fait pour mettre en œuvre les idées innovantes que nous avons, sans réelle limite budgétaire. Mais on ne pourrait pas se permettre de le vendre parce que les coûts seraient trop élevés. Aujourd’hui j’expose ce prototype que j’ai réalisé en cinq mois mais le jour où je voudrais construire une voiture commercialisable, ça ne se fera jamais en si peu de temps. Rien que les tests prendront au moins une année.

Parlez nous un peu de la voiture que vous avez fabriqué...

C’est une voiture 100% électrique que j’ai dessiné et développé dans mes propres ateliers avec mes propres moyens, ici à Marrakech.

Est-ce que toutes les composantes de la voiture sont de vous ?

Je vous rassure tout de suite, il ne s’agit pas d’un assemblage. C’est une vraie fabrication mais il ne faut pas faire d’amalgame non plus. C'est-à-dire que je ne suis pas allé chercher le caoutchouc, par exemple, pour fabriquer mes propres pneus. Les pneus, les câbles, les petits capteurs, représentent la matière première sur une chaîne de valeur automobile. Mais quand on parle du châssis, de la carrosserie, de l’habitacle interne, de la boite à vitesse, de l’architecture moteur et batterie, etc.,  je les ai fabriqué moi-même. Cette voiture faite au Maroc, est une voiture à 100% marocaine.

Que pouvez-vous nous dire sur le dépôt des brevets ? Avez-vous déposé les vôtres ?

A partir du moment où je dépose un brevet, je suis protégé et j’ai le droit de garder mon invention au secret pendant deux ans. La réponse est oui, mes brevets, mes modèles et ma marque sont déposés et bien gardés. Toutefois, ils ne sont pas consultables, car j’ai opté pour l’option de les garder secrets pendant deux ans. C’est un choix, non pas pour les commercialiser plus tard mais plutôt pour nous donner plus de marge de manœuvre sans courir le risque de voir nos idées exploitées par d’autres. Au-delà des deux ans réglementaires, je dispose encore d’une année mais après les brevets seront publiés.

Vous considérez vous comme le « Elon Musk » du Maroc ?

Elon Musk je ne sais pas, tout ce que je peux vous dire c’est que je suis le Imad Morchid du Maroc.

Quand est ce que nous aurons une voiture marocaine commercialisable ?

Mon rêve c’est justement de fabriquer une voiture marocaine développée ici au Maroc avec des ateliers et des bureaux d’étude ici même. C’est cela l’objectif que je veux atteindre. Ma stratégie et mon planning sont déjà très bien définis et si cela se passe bien, le Maroc aura sa propre marque de voiture.

Quel sera le prix de vente de cette voiture 100% marocaine ?

D’abord il faut que vous sachiez que cette voiture commercialisable ne sera certainement pas une supercar. J’ai choisi de faire ce prototype de supercar parce que cela faisait partie de ma stratégie pour prouver que je pouvais jouer dans la cour des grands en commençant par le plus dur. Pour la commercialisation, je ferais des voitures adaptées et accessibles à tous. Ce seront sûrement des berlines ou des citadines mais pas forcément des supercars. Par ailleurs, nous maintiendrons les supercars dans un délai plus court mais ce sera toujours en séries limitées, et sur commande.

Les autres gammes seront-elles aussi 100% électriques ?

Ce que je vise, c’est un marché africain et arabe et non un marché européen ou américain. Pourquoi ? Parce qu’aucun constructeur ne conçoit une voiture adaptée aux routes marocaines en particulier et arabo-africaine en général. Si moi j’arrive à innover dessus, je prendrai en considération les problématiques que les autres ignorent et qui sont celles du marché arabo-africain. C’est notre stratégie, et comme je vise un marché bien déterminé, je produirai des véhicules adaptés à ce marché. Si dans 5 ans le marché demande de l’électrique, je produirai de l’électrique. S’il demande de l’hydrogène, je produirai de l’hydrogène, etc. Le plus important pour moi c’est d’avoir cette marque marocaine avec une vision de commercialisation en Afrique et dans le monde arabe. Ma vision, c’est de répondre à un besoin.

Pour finir, concrètement qu’est-ce qui vous empêche de passer à la production ?

Je crois vraiment en cette voiture, qui a été conçue pour le marché marocain, africain et arabe. Je suis prêt à relever le défi et passer à une autre étape de ce rêve qui nous permettra d’exporter des voitures 100% électriques et 100% marocaines. Tout est une question de stratégie, pour moi c’est comme un jeu de cartes. J’ai des cartes, sur l’une il y a écrit je suis compétent, sur la deuxième il y a écrit que pour une bonne idée on peut lever les moyens nécessaires, sur une autre il y a écrit que j’ai un objectif bien défini… l’important c’est d’utiliser les bonnes cartes au bon moment. C’est comme un jeu, et quand on joue on n’a pas peur de perdre. A mon âge j’ai le droit à l’erreur, par contre ce que je n’ai pas le droit de faire c’est de ne pas tout essayer pour réaliser mes rêves.

 

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