De Tindouf à Laayoune, le récit d’une réalisation risquée mais intelligente

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A Medi 1 tv, le sujet a entamé sa germination avec l’idée qu’il ne suffisait pas d’acculer le Polisario et ses mentors à la léthargie sur le terrain, mais qu’il fallait aussi réussir à rétablir les vérités sur la présence marocaine au Sahara qui se serait faite au détriment des populations de ces provinces. Un créneau s’imposait de fait à cette entreprise : démontrer que l’écrasante majorité des populations de cette région y vivait décemment dans sa pleine citoyenneté, en contraste avec ce qui se passe dans les camps de Tindouf où s’entassent dans la misère des êtres humains de différentes provenances, soumis à un silence qu’il faut déchirer.

Le jeu en vaut la chandelle tant il est intellectuellement gratifiant de battre en brèche les mensonges de la propagande algérienne qui non seulement travestit la réalité, mais en impute la responsabilité au Maroc. Pour Omar Dahbi, directeur central des rédactions de Medi 1 tv, il n’y avait pas mille et une façon de procéder : Réaliser un documentaire qui juxtaposerait deux réalités, l’authentique et son simulacre.

Comme tout journaliste qui suit de près le dossier, il sait que pour le commerce des chimères, les camps de Tindouf sont organisés à l’image de ce que sont les provinces du Sahara marocain : Chaque concentration porte d le nom d’un chef-lieu : Le camp de Dakhla, Smara ou encore Laayoune que la direction du Polisario rêve pour capitale de son fantasme pour un futur Etat. Le pitch était là : comparer la vie dans le vrai Laayoune avec le faux des camps de Tindouf.   

Pour la rédaction de Medi 1 tv restait à vaincre l’impossibilité évidente pour une équipe marocaine de réaliser à visage découvert un reportage de l’autre côté de la frontière. « A partir de là, explique Omar Dahbi, il allait de soi que le moyen qui avait le plus de chance d’aboutir était de recourir à un ou une journaliste espagnol. Pour en avoir été la puissance coloniale qui avaient leur propre projet pour la région, de nombreux Espagnols ont développé par une sorte de rancœur énormément de clichés sur la récupération de ces territoires par le Maroc. Ils bénéficient ainsi d’un préjugé favorable auprès des autorités algériennes et de la direction du Polisario. Néanmoins ces dernières années nous assistons à une décantation de ce rapport dévoyé à la réalité du Sahara. De plus en plus d’Espagnols se rendent à l’évidence des droits du Maroc et à la tangibilité de l’énorme investissement socio-économique du Royaume dans cette région. »

Il était donc possible de trouver parmi les journalistes espagnols quelqu’un que l’aventure tenterait. Dans le lot des candidats approchés, Patricia Mejdidi Juez est apparue comme le choix adéquat. Basque, la problématique des autonomies et de leurs rapports avec les entités auxquelles elles sont rattachées lui est familière. Avec 25 ans de carrière derrière elle, elle est aussi en mesure de poser un regard distancié sur ce qui se passe des deux cotés d’autant plus que la question du Sahara n’a jamais figuré dans ses préoccupations. Sans compter que Medi 1 tv ne lui demandait pas de transfigurer la réalité, mais de raconter ce qu’elle voit. Non sans malice, Omar Dahbi lui sert une citation de l’imam Ali : Entre le juste et le faux, il y a que quatre doigts qui séparent l’œil de l’oreille : le juste est de dire j’ai vu, le faux est de répéter j’ai entendu dire.

Le plan fonctionne comme prévu. Ne restait plus à l’équipe pilotée par Nabil Darouich, avec à la rédaction en chef et à la réalisation Yassine Benatia, que de passer à l’action non sans risques et périls. Cinq jours à Laayoune des camps de Tindouf et cinq autres à Laayoune, chef-lieu de Sakiat El Hamra. Pendant que la caméra de Medi 1 tv posait son regard sans concession sur la vie des uns à l’opposé des autres, Patricia Mejdidi Juez raconte avec l’innocence de celle qui tombe des nues : « Je croyais que Laâyoune était un camp de réfugiés comme Tindouf. Je suis extrêmement surprise de découvrir une ville aussi moderne que riche en infrastructures, où les hommes, et surtout les femmes, circulent librement».

S’égrènent alors ce qu’ici nous ne connaissons que trop à travers les repentis du Polisario, ceux pour qui la patrie a été clémente et miséricordieuse : des témoignages sur la supercherie du soutien algérien, les détournements des aides humanitaires et des médicaments, l’absence d’électricité et d’eau potable, l’inexistence d’infrastructures de base, l’insécurité permanente dans lesquelles vit la population sahraouie, l’angoisse du lendemain plus incertain qu’ailleurs…

La peur est telle que la plupart témoignent à visage couvert. Sauf Mahfoud, un prisonnier sahraoui, révolté, qui a si souffert qu’il met sa vie en danger en racontant les sévices qu’il a subis, les violences et les agressions dont sont victimes ces Sahraouis pour lesquels les portes du chemin de la dignité restent fermées. Sa survie ne dépend plus aujourd’hui que de la couverture qu’on fera de son témoignage.