De Villepin à Casablanca : '’toutes les régions du monde sont ouvertes aux crises’’

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Casablanca - La mondialisation a "trahi beaucoup d’espoirs et de promesses plaçant le monde d’aujourd’hui dans un contexte marqué par de profondes crises" notamment économique, monétaire, politique et environnementale, a regretté, jeudi à Casablanca, l’ancien premier ministre français, Dominique de Villepin.

M. de Villepin, qui animait une conférence-débat, a brossé, un tableau exhaustif de la géopolitique mondiale évoquant les enjeux liés aux menaces qui pèsent sur le monde et mettent en danger l’économie, la finance, la sécurité et l’environnement, ainsi que les moyens de relever ces défis pour assurer la paix et la solidarité entre les Nations.

"L’incertitude est la marque de fabrique du monde dans lequel nous vivons", a assuré l’ancien chef de la diplomatie française qui s’est dit convaincu que "ce n’est pas être pessimiste de regarder ce monde en face avec la multiplication des crises qui sont la marque de la mondialisation". 

Passant en revue quelques grands facteurs déterminants de l’économie internationale telles que les matières premières, la monnaie, la technologie ou encore l’évolution du cycle productif, M. de Villepin a fait observer que tous ces éléments ont commencé à dessiner "par petite touche" une économie "extraordinairement différente de celle que nous avions connue depuis plusieurs décennies et qui a permis des anticipations mondiales".

Il a, à cet égard, expliqué que la mondialisation a bien trahi des promesses notamment du consommateur et de la classe moyenne. "On constate, alors, dans la mondialisation une trahison de la promesse initiale, provoquant par conséquent un climat d’instabilité et de volatilité".

La surdité face aux malheurs des gens

Il a relevé que toutes les régions du monde sont désormais ouvertes aux crises et aux désordres qui se propagent d’un pays à l’autre et d’un continent à l’autre. Ces dangers sont ramifiés et complexes et concernent, bien entendu, tout le monde et tous les secteurs qu’il s’agisse de l’économie, de l’environnement ou de la sécurité, qui sont des aspects de plus en plus indissociables.

Face aux grands défis qui attendent le monde, menaçant la souveraineté des pays et favorisant de plus en plus les mouvements populistes, "il est impératif pour toutes les nations de prendre acte de leur communauté de destin et renforcer leurs actions communes", a-t-il insisté, notant que l’exigence de sécurité "ne doit pas faire oublier l’objectif du développement, de la croissance, le souci d’une meilleure répartition des richesses et de l’ouverture sur l’extérieur".

Aujourd’hui, a-t-il dit, vouloir régler tous les problèmes par la force seule "n’est ni souhaitable ni possible sachant que nul ne peut, par la puissance de ses armées, assurer la stabilité d’un monde régi par des lois complexes et hanté par des menaces globales". 

Tout en appelant à renforcer la vigilance à l’égard des sentiments d’injustice, qui "constituent aujourd’hui une véritable menace pour le monde", l’ancien Premier ministre français, a fait remarquer que la surdité face aux malheurs des peuples les plus défavorisés porte en germe tous les conflits et toutes les haines. C’est pourquoi, il est nécessaire de mettre en œuvre une méthode de gestion des crises qui soit à la fois universelle, juste et équitable, a suggéré le conférencier.

Pour répondre à ces défis de la mondialisation, M. de Villepin a insisté, tout d’abord, sur la question de la légitimité de l’action qui repose sur les valeurs de la démocratie et de l’État de droit, auxquelles aspire la communauté mondiale. 

Cette communauté revendique, en effet, une légitimité qui ne soit pas celle de la puissance mais celle de l’action collective, avec des règles claires, des processus de décision à la fois efficaces et respectables, ainsi que des instruments de justice adéquats, a-t-il dit. 

"Il est plus que jamais essentiel que chaque Nation, chaque peuple, chaque culture apporte une contribution essentielle à l’édification du monde de demain", a-t-il souhaité, relevant que le monde, riche de ses différences, multiplie les possibilités d’échange. 

Aux yeux de l’ancien ministre français des affaires étrangères, l’action des Nations doit s’inscrire dans une volonté collective, efficace et persévérante en vue de faire reconnaître ces différents principes.

Les défis de la mondialisation requièrent une diplomatie politique ambitieuse, mais aussi une diplomatie économique active, a-t-il indiqué, soulignant que sans l’espoir d’une plus grande équité sociale chez les populations déshéritées, les efforts "seront vains ou de courte durée et se heurteront à l’incompréhension des peuples, à l’agrandissement des fractures entre les régions du monde".

Il a, enfin, plaidé pour militer ensemble en vue d’adopter une approche économique globale contre les tentations de l’unilatéralisme, tout en œuvrant inlassablement à renforcer la coopération multilatérale dans la perspective de résoudre nombre de crises qui agitent le monde d’aujourd’hui.

Cette conférence-débat a été marquée par la présence de plusieurs personnalités marocaines, dont des anciens ministres, des diplomates, des hommes d’affaires, des hommes politiques, des experts, des responsables des médias, des universitaires, des intellectuels et des représentants de la société civile.