Fête des seniors : 3 millions de personnes âgées au Maroc dont 72% sont analphabètes

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Rabat - Le Maroc célèbre ce mardi 1er octobre la journée mondiale des personnes âgées, sous le thème "vers une égalité entre les tranches d'âge".

Cette édition a pour objectif de mettre l'accent sur la réduction des inégalités entre les âges, en impliquant les personnes âgées à la vie sociale, en sensibilisant l'opinion publique sur leur situation et en jetant la lumière sur les risques que posent ces inégalités en termes de solidarité intergénérationnelle.

Au Maroc, l'accroissement de la proportion des personnes âgées de 60 ans et plus s’effectue de "manière constante et continue", selon un rapport du conseil économique, social et environnemental (CESE) sur les personnes âgées.

Les personnes âgées représentent près de 3 millions de personnes, dont près de 52% sont des femmes, indique le rapport publié en 2015, précisant qu'en 2010, la moitié des personnes âgées avaient plus de 66,7 ans.

Sur le plan des modes et conditions de vie, le CESE relève que les personnes âgées se caractérisent, dans l’ensemble, par de faibles capacités en termes de niveaux d’instruction, de situation socio-économique et de santé.

72% des personnes âgées sont analphabètes, la plupart ont un revenu très bas, plus de la moitié souffrent d'au moins une maladie chronique et n’ont pas accès aux soins et près du tiers d’entre elles sont en situation de dépendance, note la publication, regrettant que la couverture sociale et médicale ne bénéficie qu’à 1/5 des personnes âgées.

A partir de l’âge de la retraite, il est constaté que dans certains pays développés, il est plus facile de vieillir et de prendre de l’âge. Les soins médicaux sont à la portée de tous, les maisons de retraite sont accueillantes, des services à domicile sont disponibles et les pensions de retraite sont plus intéressantes.

Les Européens, par exemple, voient en la retraire de longues et paisibles vacances. Ils en profitent pour voyager, découvrir le monde, prendre soin de leur santé et sortir avec leurs amis.

Dans les pays pauvres, difficile d’être une personne âgée

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L’âge de la retraite est pour eux la délivrance du stress permanent du travail. Ils ont alors tout le temps de profiter pleinement et librement de leur vie.

Approché par la MAP, Sylvie, une septuagénaire belge, affirme "je suis en vacances au Maroc. C’est un pays merveilleux que j’ai eu la chance de découvrir quand j’ai pris ma retraite il y a dix ans. J'y viens au moins une fois par an".

Sylvie, qui déclare avoir visité d'autres pays du monde en compagnie de son mari, dit que ce ceci n'aurait pas pu être possible si elle n'était pas en retraite.

En revanche, dans certains pays plus pauvres, il est beaucoup plus difficile d’être une personne âgée. L’absence de soins médicaux adéquats, les moyens financiers limités et le manque d’infrastructures ne leur facilitent pas la tâche et les rendent plus vulnérables.

Au Maroc, les personnes âgées sont pour la plupart dépendantes de leurs enfants. Cela peut paraître évident que les enfants prennent soin de leurs parents, mais ce n’est pas toujours une tâche anodine.

Zhor et Mohamed, un couple octogénaire habitant Meknès, affirme à la MAP que la vie à l’âge de la retraite est très difficile. Zhor souligne: "je monte difficilement les escaliers de ma maison. Heureusement que mes deux filles viennent me rendre visite chaque jour, je ne sais pas comment j’aurais fait autrement".

Elle raconte, avec un ton triste, comment elle a passé sa jeunesse à livrer de magnifiques broderies qui fascinaient tous les Meknassis, déplorant qu'elle ne peut plus exercer cette activité à cause "de sérieux problèmes oculaires".

Pour sa part, son mari Mohamed, reste nostalgique de ses années d’activité en tant que fonctionnaire. Désormais, il passe ses journées à jardiner, à écrire et à lire le journal.

Fatma et Aziz, un couple d’enseignants à la retraite, avouent à la MAP que leur pension reste insuffisante pour couvrir toutes les charges, notamment les médicaments, les consultations médicales et les aides à domicile.

Fatma dit passer ses journées à lire et à se balader avec son mari. "J’ai eu la chance d’avoir été instruite et d’avoir pu exercer longtemps une activité. Cela m'a permis d'avoir une bonne pension et un niveau de vie un peu plus avantageux".

"Être senior n’est pas une mince affaire. L'impact psychologique peut être important lorsque la personne est habituée à travailler et à avoir une vie professionnelle épanouie. Mais c'est aussi un nouveau départ. Il faut occuper ses journées et essayer de profiter de cet âge paisiblement", lance ce couple.

Selon l’ONU, entre 2015 et 2050, le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus devrait passer de 901 millions à 2 milliard d’individus, soit près de 22% de la population mondiale.

Le Maroc a mis en place de nombreux programmes et actions au profit des personnes du troisième âge, notamment avec l'INDH dans sa stratégie d'aide aux personnes vulnérables, une initiative qui a permis d'ouvrir des centres d'accueils pour personnes âgées et de sensibiliser à la solidarité vis à vis des seniors, de financer des associations travaillant auprès des personnes âgées.

Ces initiatives, certes encourageantes, demeurent insuffisantes pour une population marocaine de plus en plus âgée. Selon le CESE, il serait adéquat de repenser les politiques publiques, notamment en matière de protection sociale, prise en charge médicale, de médecine gériatrique, ou encore d'aides financières pour les personnes n'ayant pas un revenu fixe.

*MAP