La Schizophrénie bloque les sociétés

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« Le devoir de la vérité », dernier livre de Tariq Ramadan, suscite les polémiques, avant même d’être dans les rayons des librairies. Il a choisi une ficelle que l’on pensait usée, mais qui sert toujours aux islamistes dès qu’ils sont pris le doigt dans le pot de confiture, celle du complot. Tariq Ramadan fonde sa défense sur un complot qui aurait été orchestré par les plaignantes, qui faut-il le rappeler, proviennent de deux pays différents : la Suisse et la France. Elles se seraient rencontrées pour mettre au point leurs accusations. Ce faisant, il oublie juste qu’il est face à des appareils judiciaires totalement indépendants.

Sur le fond, il joue l’humilité « Je suis un homme plein de contradictions comme tout un chacun ». Avant son arrestation, dans les banlieues françaises, il prêchait l’abstinence jusqu’au mariage. Aujourd’hui, s’il rejette l’accusation de viols, il reconnait des relations consenties et même parfois tarifées. Il promet de demander des excuses à son public.

C’est une schizophrénie ahurissante, mais qui est malheureusement largement partagée dans les sociétés musulmanes. L’âge moyen du mariage a fortement reculé et l’on continue à vouloir faire croire que l’abstinence est la règle et surtout qu’elle serait largement respectée. Le nombre de prêcheurs pris en défaut, y compris au Maroc, ne pousse pas à un changement de cap, parce qu’il n’y a pas de vrai débat sur ces enjeux sociétaux.

Le cas de la malheureuse jeune journaliste, soupçonnée d’avoir pratiqué un avortement est emblématique à plus d’un titre. Le Conseil national des droits de l’Homme la soutient et demande sa libération. Il remplit pleinement son rôle constitutionnel de gardien des droits. Mais le CNDH ne fait pas les lois, c’est le parlement qui légifère et donc les partis politiques et les hommes et les femmes qui en sont issus.

Tous ces débats sont étouffés parce que les Islamistes sortent la carte du texte et de leur interprétation propre. Les autres regardent ailleurs pour des raisons électoralistes. Cela aboutit, dans les sociétés musulmanes, à une schizophrénie absolue entre les lois et le vécu.

Tout ce qui est interdit est en fait toléré, cela va de la consommation de l’alcool, au sexe hors mariage, à l’IVG ou encore au non-respect du jeûne.

Cette schizophrénie est le véritable frein à la modernité, car celle-ci présuppose l’émergence de l’individu, qui est niée par la doxa Islamiste, c’est aussi simple et limpide que cela.

Les forces sociales en faveur de la modernité et du droit des femmes de disposer de leur corps existent en nombre. Le Maroc a levé ses réserves sur ce sujet par rapport à la convention de Pékin qui concernait ce point précis ainsi que celui de l’égalité devant l’héritage. Or sur ces deux points, les parlementaires n’ont pas pensé à adapter la législation marocaine à un accord international que le Maroc a signé. Les Islamistes ne sont pas majoritaires au parlement mais les « modernistes » n’osent pas évoquer ces cas litigieux. La société civile multiplie les initiatives mais n’est pas relayée politiquement.

Les Islamistes ne montrent du réalisme que quand l’un des leurs est en cause. Les indignations sélectives sont inutiles. Les lois obsolètes du fait des évolutions sociales doivent être abrogées et remplacées dans le sens du respect des libertés individuelles, c’est un impératif et non pas un luxe.

L’Escroquerie intellectuelle c’est de refuser la prévention de l’alcoolisme et l’éducation sexuelle au nom des interdits. Les résultats sont réellement catastrophiques. Tariq Ramadan, considéré comme une icône, a perdu toute crédibilité. Il plaide désormais la normalité. « Je suis un homme comme les autres ». Il reconnait de facto que ses prêches ne s’adressent pas aux gens normaux, puisque la perfection n’est pas de ce monde.