Le vétéran de la distribution des journaux pour une nouvelle génération d'entreprises de presse

5437685854_d630fceaff_b-
397
Partager :

Rabat - Il est impératif d’inscrire la mise à niveau de l'entreprise de presse dans l'esprit du nouveau modèle de développement auquel aspire le Maroc, a estimé mardi à Rabat le journaliste Mohamed Berrada, ancien directeur général de Sapress.

M. Berrada, qui était l'invité du Forum de la MAP sur le thème "quel modèle économique pour la presse aujourd'hui : la presse papier va-t-elle disparaître ?", a insisté sur l'urgence de faire émerger une nouvelle génération d'entreprises de presse modernes en tant que revendication de toutes les parties prenantes dans ce domaine.

"Tel est un passage incontournable pour se doter de la presse que l'on mérite, d'autant plus que son rôle demeure nécessaire pour accompagner les grands chantiers en cours", a-t-il expliqué.

Il a sous cet angle exprimé le voeu de voir la question des médias bénéficier d'une attention particulière, y compris dans l'agenda de la commission spéciale chargée du modèle de développement.

Selon l'ancien patron de Sapress, la complémentarité entre la presse en ligne et les journaux en papier demeure la solution optimale pour une cohabitation à même de répondre aux attentes de toutes les parties. Une telle perspective passe en particulier par une restructuration de l'entreprise médiatique afin de dégager une vision claire sur les aspects à développer et à moderniser en lien, notamment, avec le soutien et la publicité, a précisé M. Berrada.

Mais, de l'avis de ce journaliste, il sera inconcevable de remettre sur les rails un chantier de ce genre sans se soucier des contributions de ceux qui font partie des pionniers de la presse nationale, "dont quelques-uns souffrent aujourd'hui en silence".

Sur un autre registre, il a fait observer que les mutations sociales ont eu pour effet d'influer nettement les centres d'intérêt et les tendances des lecteurs, plutôt connectés à l'information express, à la photo, à la vidéo et à l'interaction rapide, souvent sans recherche des détails.

Parmi les facteurs de cette évolution notable, M. Berrada a cité le fragile modèle économique de l'entreprise médiatique traditionnelle, largement axé sur le lecteur et la publicité, et la montée en force de médias électroniques plus réactifs dont le potentiel reste indéniable en termes de réactivité immédiate.

Chiffres à l'appui, il a regretté que les journaux nationaux ne s'assurent pas des niveaux de distribution à la hauteur, affirmant que les chiffres de distribution ne révèlent pas l'ampleur des progrès accumulés par le Royaume, ni les ambitions des éditeurs eux-mêmes.

Force est de constater, selon lui, que jusqu'à l'âge d'or de la presse nationale durant les deux dernières décennies du 20ème siècle, les ventes de journaux ne totalisaient qu'environ 500.000 exemplaires par jour, avant de chuter pour atteindre 120.000.

Qualifiant ces chiffres de "choquants", Mohamed Berrada a en tout de même relevé qu'en dépit des moyens limités, les journaux nationaux ont joué des rôles honorables sur le front de la défense des intérêts supérieurs de la nation, en termes de mobilisation et d'encadrement.

Côté presse en ligne, il a regretté la tendance à la prolifération des journaux électroniques dont le nombre dépasse les 400, une situation que certains encouragent directement ou indirectement. "C'est en partie ce constat-là qui pousse le lecteur à se détourner de la presse en papier et, par voie de conséquence, précipite son déclin", a-t-il expliqué.

Ce débat a été l'occasion pour lancer un appel à la tenue des Etats Généraux de la presse, un rendez-vous décrit par Mme Bahia Amrani présidente de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux, comme un espace de débat ouvert sur les questions de l'édition et de la distribution des journaux, ainsi que sur les obstacles qui entravent le secteur.

Mohamed Berrada avait suivi au début des années 1970 une formation de journaliste dans plusieurs instituts supérieurs de journalisme en France avant de publier le journal "correspondances de la presse". En 1977, il a fondé Sapress, considérée comme la première société nationale de distribution et de l'édition et le plus grand établissement dans ce domaine au monde arabe et en Afrique.

M. Berrada était également membre fondateur de l'Union des distributeurs arabes dont il était président entre 2006-2009.

Lauréat du Grand prix national de la presse dans sa première édition en 2003, M. Berrada est membre actif de plusieurs instances et organisations spécialisées dans l’édition et la distribution. Il était également président de la Confrérie des compagnons de Gutenberg, section Maroc.

Cette rencontre s'inscrit dans le cadre d'une riche programmation mise en place en commémoration du 60ème anniversaire de la MAP. En effet, l'Agence accorde à cette célébration l'intérêt particulier qui lui échoit à la lumière de la place de proue qu'elle occupe à l'échelle du champ médiatique national. Le programme comprend, notamment, une série de rencontres portant sur diverses questions liées aux médias et à la presse au Maroc.