''Les deux salopes'' n’en peuvent plus !

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Un peu « mon corps m’apparient », « un peu les 343 salopes », Leila Slimani, romancière gancourtisée, et Sonia Terrab, romancière et réalisatrice, se sont mises « hors la loi » pour réclamer à l’Etat le respect de la vie privée. « Ce n’est pas un luxe, ce n’est pas une faveur, c’est une nécessité » hurlent-elles. Si les signatures ont afflué d’autres parmi les plus en vue se sont abstenues. Elles refusent un combat « off shor » mené depuis Paris. « Cela fait plus dix ans que nous menons cette lutte pour que la femme s’émancipe de la conception patriarcale de sa condition ». Pour celles et ceux qui souhaiterait signer voici le texte et le lien pour signer envoyez « je signe » à texte490@gmail.com 

« Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors-la-loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d’un avortement. Nous avons appris à feindre, à composer, à faire semblant. Pour combien de temps encore ?

Chaque jour, chaque heure, en secret, en cachette, des femmes comme moi, des hommes comme toi, conservateurs ou progressistes, personnalités publiques ou anonymes, de tous les milieux et toutes les régions, osent et s’assument, jouissent et existent par eux-mêmes, brisent des chaînes et bafouent des lois. Parce qu’ils aiment.

Chaque jour, je me rends coupable d’aimer et d’être aimé. Chaque fois qu’une femme est arrêtée, je me rends complice. Je me dis : ça aurait pu être moi...
Puis je me tais, je passe mon chemin, je m’efforce d’oublier...

Mais je n’y arrive plus. Je n’en peux plus. Car mon corps m’appartient, il n’appartient ni à mon père, ni à mon mari, ni à mon entourage, ni aux yeux des hommes dans la rue, et encore moins à l’Etat.

Aujourd'hui, je ne veux plus avoir honte. Moi qui aime, avorte, ai des relations sexuelles sans être mariée. Moi qui me cache. Moi qui risque le déshonneur, l’infamie, la prison

Cette culture du mensonge et de l’hypocrisie sociale génère la violence, l’arbitraire, l’intolérance. Ces lois, liberticides et inapplicables, sont devenues des outils de vengeance politique ou personnelle. C’est une épée de Damoclès qui nous menace et nous rappelle que notre vie ne nous appartient pas. Comment l’accepter ? Pourquoi l’accepter ? Encore et encore…

En 2018, au Maroc, 14.503 personnes ont été poursuivies au regard de l’article 490 du Code Pénal, qui punit de prison les relations sexuelles hors des liens du mariage. 3.048 personnes ont été incarcérées pour adultère. Chaque jour, dans notre pays, entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués.

Faut-il mettre toutes ces personnes en prison ? Leurs « complices » (médecins, militants associatifs) aussi ?

Nous croyons que la société marocaine est mûre pour le changement et pour que soient enfin entérinés le respect de la vie privée et le droit de chacun à disposer de son corps. Notre société et notre pays méritent cela. Nous appelons nos gouvernants, nos décideurs, nos législateurs, à faire preuve de courage, à faire ce pas en avant, en engageant un débat national sur les libertés individuelles.

Ce n’est pas un luxe, ce n’est pas une faveur, c’est une nécessité.

Comment favoriser l’épanouissement de la jeunesse, comment permettre la juste implication des femmes dans la société, comment engager réellement notre pays dans le progrès, dans le développement humain, si nos libertés individuelles ne sont pas respectées, si notre dignité est foulée au pied, si nous restons toutes et tous hors-la-loi ?

Toutes et tous hors la loi, jusqu’à ce que la loi change »

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