Medi 1 Tv, la mue, en trois ans, d’une chaine stratégique

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Omar Dahbi est directeur central des Rédactions de Medi 1 Tv et directeur de la Rédaction de Medi 1 radio. C’est un professionnel chevronné qui contribue au quotidien à une chaine d’information à vocation africaine et arabe qui relève de l’ordre du stratégique. A une étape de la vie du Maroc où l’audiovisuel, son état et son devenir doivent être plus que jamais à l’ordre du jour, Omar Dahbi et Naïm Kamal ont eu un entretien vidéo à bâtons rompus autour, essentiellement de Medi 1 Tv (voir vidéo). Pour ceux qui préfèrent l’écrit à l’image, le Quid publie les extraits minutés, les plus importants, de cette discussion, amicale, au coin d’un arbre 

3’ 39’’ : Medi 1 Tv face à une rentrée chaude rythmée par le remaniement gouvernementale et la mise en place de la commission pour le nouveau modèle de développement

Comment Medi 1 tv et Medi 1 radio se sont préparées à la rentrée que vous avez qualifiée de chaude, puisque l’habitude veut que l’on qualifie toujours les évènements. Nous nous y sommes préparés assez bien, bien que l’on est toujours dans le doute quand une rentrée approche – est-ce qu’on s’est bien préparés, est-ce qu’on s’est suffisamment préparés – ça dépendra du résultat, c’est le téléspectateur et l’auditeur lorsqu’on parle de la radio, qui jugeront. Pour ce qui concerne le débat suscité par les initiatives de Sa Majesté, je dirai aussi qu’à chaque rentrée, depuis 20 ans, le souverain nous a habitués à ce qu’il y ait toujours de la chaleur dans la dynamique de l’action. Je l’ai déjà écrit, Sa Majesté le Roi a pour philosophie de règne, la révolution permanente. On est en permanence dans le changement et dans l’esprit de progrès et la volonté de faire bouger les lignes. On est [donc] dans une dynamique normale. Sauf que cette année, on est dans un bilan d’étape avec un diagnostic qui a été fait et des décisions qui s’inscrivent dans la correction d’une trajectoire. [ce qui fait que] c’est extraordinaire ce que nous sommes en train de vivre. Notre génération, celle d’avant le règne de Mohammed VI, nous étions habitués à ce qu’il y ait toujours un bilan d’étape positif. Avec Sa Majesté Mohammed VI, l’objectif c’est d’avancer, de réussir des choses et non pas de s’auto-congratuler […]    

5’ 19’’ : Médias et débats politiques

Notre rôle c’est d’abord d’entretenir un débat, de le provoquer quand il le faut et parfois de clarifier les choses, quand il le faut. C’est peut-être le rôle des politiciens et des décideurs que d’animer ce débat, et nous de le relayer. Des fois on se sent dans l’obligation de provoquer les politiciens. Vous le savez autant que moi, nous sommes dans pays où le débat politiques n’est pas vraiment dans les habitudes et les mœurs politiques. Ceux qui sont dans la volonté d’agir, ils agissent, ceux qui sont dans la volonté ne pas faire bouger les choses, ils sont dans leurs attitudes passives, mais seuls les médias ont cette capacité au Maroc à provoquer le débat et nous nous efforçons à le faire.

6’ 42’’ : Retour de Medi 1 Tv aux sources et premières difficultés

Il y a 3 ans que la chaine a renoué avec son statut de chaine d’information. Elle avait perdu ce statut de 2008 à 2016. A l’époque elle cherchait son modèle économique, on s’interrogeait sur quelle chaine on voulait. De toute façon, la décision avait été prise, il y a trois ans maintenant, de finalement opter pour une chaine d’information. Quelle était alors la situation de la chaine entre le moment où ce changement avait été décidé et aujourd’hui ? La différence est immense. D’abord il fallait monter et renforcer un desk d’information capable de mener le défi de tenir informé le téléspectateur de 7 h à minuit. Mais informer ne veut pas dire uniquement des journaux télévisés. C’est aussi le débat, le décryptage, l’analyse, les correspondances, les points de vue différents des uns et des autres. Globalement tout revient à informer. Que on informe des points de vue différents ou divergents, qu’on anime des face-à-face ou qu’on donne de l’information, revient au même. Notre devoir est de présenter au public marocain, je reviendrai aux autres publics, toute l’information qu’il y a sur le marché pour qu’il puisse juger et prendre ses positions avec le plus de neutralité possible.  

10’ 10’’ : Quelles grilles de programme pour la rentrée ? 

Dès le premier jour nous avons opté pour un modèle basé sur information décryptage, analyse. Quand on dit décryptage te analyse, c’est débat. Le modèle qui en découle induit les tranches d’informations et les talk où il y a de l’échange, parfois assez fort, parfois c’est juste de l’analyse etc. Le modèle de grille pour lequel nous avons opté c’est, pendant la journée, il y a de l’information sous tous ses aspects. C’est-à-dire qu’on essaye au maximum  pour une durée de suivi de la chaine qui est la durée moyenne pour un téléspectateur le matin de lui donner le maximum d’informations sous plusieurs aspects qui vont de la revue de la presse à l’information économique en passant par l’information générale nationale et internationale… Puis durant toute la journée on entretient ce flux en le mettant à jour tout en marquant des pauses de rediffusion de nos émissions (les talk, les reportages etc.) adaptées selon les divers moments où le téléspectateur, selon les différentes catégories, est devant sa télévision. A la fin de la journée nous avons le rendez-vous d’information qui se situe de 20 h à 22 h et à 22 h c’est le prim’ du débat. Le moment de dire au téléspectateur : après cette journée où vous avez entendu parler de plusieurs sujets, de plusieurs polémiques qui constituent l’essentiel des évènements, on va essayer de les comprendre ensemble grâce à des intervenants, à des analystes etc.

Vidéo : Omar Dahbi et Naïm Kamal parlent des Medi 1 Tv 

13’ 10’ : Un débat sans ostracisme, dans la neutralité citoyenne 

Est-ce qu’on est ouvert à un débat tout intervenant et toutes tendances confondus ? Est-ce qu’on va accompagner ce débat de manière ouverte sur toutes les tendances ? Je dirai absolument oui. Nous l’avons toujours fait. Sauf que la saison politique écoulée, il n’y avait pas un sujet aussi chaud sur la place publique. Nous avons traité de plusieurs polémiques. La polémique sur l’enseignement, à un certain moment sur l’équité dans l’héritage entre femmes et hommes, on a vécu également des tensions dans certaines régions du Maroc que nous avons toujours couverts avec la neutralité qu’il faut, une neutralité citoyenne [… c’est-à-dire] une neutralité qui porte dans son ADN d’abord l’intérêt de la nation marocaine. Je ne peux pas être neutre en donnant la parole à une nano minorité qui porte un discours qui vise la déstabilisation la cohérence de la société marocaine. Qui en prenant la parole prend une dimension qu’elle n’a pas. Là, je suis désolé, mais je dis que je suis un média qui adopte une attitude de neutralité citoyenne.

15’ 53’’ : Quid de la radio ?

Le même schéma s’appliquera à la radio et s’est d’ailleurs toujours appliqué à la radio, contrairement à ce qu’on véhicule comme message. Parfois on nous prête des choses que nous ne faisons pas et parfois on nous reproche des choses qu’on ne devrait pas nous reprocher. Sans entrer dans les détails, je donnerai un ou deux exemples. Le fait de dire, mais Medi 1 radio ou Medi 1 Tv ne se sont pas intéressées aux évènements d’Al Hoceima […] Il n’y a pas un média qui s’est aussi intéressé aux évènements d’Al Hoceima que Medi 1 radio et Medi 1 Tv. On était sur place, on a fait des reportages, on a réalisé des micros-trottoirs, on a fait des débats… Et pourtant on retrouve sur les réseaux sociaux et certains médias quelques accusations comme quoi on ne suit pas, on n’accompagne pas. J’ai aussi lu dans certains médias qu’il y avait une grève dans les facultés de médecine et Medi 1 tv ne s’y intéresse pas. C’est ahurissant ! On y a consacré trois face-à-face entre ministère et étudiants et syndicats. On s’y est intéressé par plusieurs reportages que l’on peut retrouver facilement sur le web. Bref, pour ne pas trop m’étaler trop sur le sujet, on s’y est intéressé par ce que j’ai appelé la neutralité citoyenne. 

19’ 03’’ : Synergie medi1tv et medi1et rationalisation des dépenses de medi1tv 

Statutairement, ce sont deux entreprises différentes. Il y a de l’affinité entre les deux, d’où la recherche de la synergie entre les deux entités pour que les deux puissent rationnaliser leurs moyens au profit des téléspectateurs de l’une et les auditeurs de l’autre. Pour ce qui est de la situation financière de Medi 1 TV, la vérité est que produire de l’information coute cher. Nous avons des moyens très limités bien évidemment. Nous ne sommes pas un média très riche – il n’existe pas d’ailleurs de média très riche dans le monde, qui gagne beaucoup d’argent. L’information ne draine pas, par ailleurs, beaucoup de téléspectateurs comme les télévisions généralistes ce qui leur permet d’attirer le marché de la publicité. Ce que je pourrai dire aussi, c’est l’occasion, c’est que depuis trois ans, au moins, le nouveau PDG (Hassan Khiyar NDLR), grâce à sa politique de rationalisation des dépenses et des moyens utilisés il a pu tout de même absorber et améliorer les résultats financiers chaque année. Ça ne veut pas dire qu’on est sorti de la situation dans laquelle se trouvait la chaine à son arrivée. Mais il faut reconnaitre que sa politique a permis à la fois de rationaliser les moyens et d’avancer sur la qualité. Je vais vous donner un exemple : en trois ans Medi 1 Tv a créé 90 nouveaux emplois. On constate ainsi qu’à notre petit niveau on contribue à la création de richesses avec nos moyens réduits.   

23’ 08’’ : Situation sociale des salariés de medi1tv. Pérennisation des postes d'emplois et amélioration des salaires gelés 

Comme dans toute entreprise qui se respecte il y a toujours une dynamique engendrée par la confrontation saine d’énergie entre la direction et le corps syndical. Quand il y a un salarié qui cherche à améliorer sa situation au sein de son entreprise, cela signifie qu’il tient à cette entreprise et qu’il veut aille de l’avant. Ce qui est très bien. Maintenant, à l’arrivée du nouveau management, j’entends par là le PDG parce que là je parle hors de mon périmètre, avait comme priorité la pérennisation des postes d’emplois. Quand on arrive dans une entreprise dont le modèle économique n’avait pas marché, qui est dans une situation très difficile, la première chose qu’on sort des tiroirs c’est un plan social. Ça n’a pas été le cas. L’intérêt a été porté prioritairement à la préservation des postes d’emploi. Deuxième chose, pour aller un peu plus vite, on a opéré des actions d’amélioration de ce qu’on a appelé les salaires gelés. Par la suite, il y a eu d’autres améliorations. Est-ce qu’on en a fait suffisamment ? Si on compare nos moyens et résultats financiers, vu que l’entreprise est déficitaire, on comprend parfaitement qu’il n’est possible de faire davantage, bien qu’on aurait aimé. Alors qu’elle est la première préoccupation, c’est de faire développer l’entreprise à un rythme assez accéléré et en même temps améliorer la situation des salariés qui reste quand même assez correcte. 

26’ 31’’ : Projets d'avenir.  S'agit-il d'un pari sur l'inconnu ? 

Absolument pas. De toute façon, toute gestion d’une entreprise est une aventure quelque part. Il n’y a pas de résultats mathématiquement garantis quand on dirige une entreprise. Sauf que dans notre cas, je vais être clair, l’entreprise média est une entreprise qui a besoin de justifier son existence. Et son existence se justifie par son utilité. Quelle est l’utilité éditoriale d’une chaine, quelle est la possibilité pour elle de développer son marché et son environnement pour pouvoir croitre ? J’explique un détail : le marché publicitaire marocain aujourd’hui, est-ce qu’il permettrait à autant de chaine, entre notre pole publique historique et notre chaine 2M bien aimée qui nous a fait découvrir la télévision privée à l’époque, si on l’analyse correctement, il n’est pas suffisant pour faire vivre tout le monde. Je reviendrai sur ce point, mais auparavant j’aimerai expliquer pourquoi Medi 1 Tv Afrique. Quand on a un marché réduit, quand on est une entreprise d’information, qu’est-ce qu’on cherche, on cherche à élargir son marché de manière rationnelle et optimisée. Aujourd’hui les taux de croissance que connaissent les pays africains n’ont pas d’égale par ailleurs. Pour la troisième année consécutive, si je ne me trompe, la Cote d’Ivoire fait 8 points de croissance. Idem pour le Sénégal et d’autres pays en Afrique occidentale spécialement. Nous, nous inscrivons dans la dynamique globale que connait le Maroc sous l’impulsion de Sa Majesté : C’est que les entreprises marocaines, elles ont apporté, il est vrai, du savoir-faire, de la valeur ajoutée, de l’expérience aux pays dans lesquels elles se sont installées, en même temps, et c’est la réalité de l’économie, il ne faut pas avoir de complexe, elles se sont développées dans de nouveaux marchés, ce qui est envié par plusieurs entités. 

31’’ 13’’ : Medi1tv Afrique ?

J’explique un peu la politique africaine de Medi 1 Tv. Le Maroc, même si pour Medi 1 Tv il s’agit d’un média privé, mais c’est un média marocain, a aujourd’hui un outil du tout info qui est présent dans, officiellement, 2,7 millions de foyers en Afrique occidentale parce qu’on est dans le bouquet Canal+sat Afrique. Et plusieurs décideurs en Afrique commencent à regarder cette chaine au lieu de regarder d’autres chaines que je ne vais pas nommer. Parce qu’ils sentent que ce que nous sommes en train de faire est une chaine de télévision faite par des Africains pour les Africains sous des perspectives africaines. Nous avons deux rédactions qui se trouvent à Abidjan et à Dakar. Ce sont des consœurs et des confrères africains qui animent chaque jour les tranches d’information et les débats que nous produisons pour les chaines Afrique. Nous nous sommes réappropriés nous, Africains, d’une certaine façon notre moyen de s’informer au lieu de de le sous-traiter à des pays au-delà de la Méditerranée. 

32’ 46’’ : Medi1 tv et le droit de travailler à fonds perdus 

Absolument. J’adhère parfaitement. Mais la réalité est que nous sommes une entreprise et en tant que partie au management, je ne peux porter ce discours. Nous sommes porteurs d’une vision marocaine pour le continent. Nous l’accompagnons, nous la médiatisons. Vous savez, on m’a demandé lors d’un séminaire au Sénégal avec les rédacteurs de Dakar et d’Abidjan, ce qu’était notre ligne éditoriale. J’ai répondu que notre feuille de route éditoriale était fondée et inspirée par deux discours [du Roi NDLR], que je considère comme fondateurs, le discours d’Abidjan du 24 février 2014 et le discours du retour du Maroc à l’Union Africaine d’Addis Abeba. L’un a tracé la vision économique qu’il nous faut en tant qu’Africains pour nous développer, le second a tracé la feuille de route socio-politique, un peu philosophique globale, de comment on devrait cohabiter. Les deux discours forment une complémentarité. Si on les analyse, on en tire une feuille de route. J’ai dit au journaliste qui me posait la question de considérer que sa mission est d’aller rencontrer les jeunes, ceux qui sont porteurs d’initiatives, ceux qui agissent pour bouger les choses, changer leur environnement et leur situation, pour lutter contre les attitudes passives, le manque de confiance en soi et dans le continent, ceux qui cherchent à quitter… A l’époque, tout le monde parlait de Mamadou en France qui avait escaladé un mur pour porter secours à un enfant. Peut-être que Mamadou est un héros. Mais là-bas, pas en Afrique. En Afrique, le vrai héros est celui qui reste chez lui, qui essaye de monter un micro projet, de prendre des initiatives, d’apprendre des choses nouvelles, d’améliorer sa situation tout en restant chez lui. Et la feuille de route éditoriale de Medi 1 Tv Afrique c’est ça, tout en attirant bien sûr l’attention sur ce qui ne va pas…

38’ : Hommage au personnel de Medi 1 Tv

J’en profite pour rendre hommage au personnel de Medi 1 TV. Quand je suis arrivé ici, j’ai trouvé une chaine qui regorge de potentialités. Qui a une capacité énorme à réagir quand il le faut. Parfois il y a des gens qui ont fait des nuits blanches pour permettre que le lendemain on ait une journée spéciale. Il y du potentiel humain, technique, il y a un esprit de solidarité entre les gens, il y a une capacité de mobilisation incroyable et surtout du patriotisme. Récemment nous avons fait une couverture spéciale des 20 ans de règne de Sa Majesté le Roi, vous ne pouvez imaginer l’effort qui a été fait dans la joie, l’enthousiasme par les gens même du back office qu’on ne voit que personne ne connait, pour l’excellence de cette journée.