Mohamed El Gahs : Qu’est-il arrivé à l’autorité dans ce pays ?

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Mohamed El Gahs. Il fut, dans une autre vie, membre du Bureau politique de l’USFP, quand la formation de Abderrahim Bouabid était encore une donne importante de l’équation politique au Maroc.  Il fut ministre vedette de la Jeunesse de 2002 à 2007. Il a été aussi leader d’opinion comme directeur de Libération. De la génération Mohamed VI, il a fait partie des bourgeons les plus prometteurs. Un jour, on n’a plus entendu parler de lui. Comme si, par une étrange rotation galactique, un trou noir s’est ouvert pour l’engloutir. Si bien que quand il apparait quelque part il fait l’effet d’une apparition. Si fort que lorsque ses cercles d’amitiés les plus tenaces arrivent à le sortir de son ermitage, c’est pour qu’il se volatilise aussitôt. Dégouté, dit-on. En début de semaine, j’ai reçu une vidéo, un bref extrait d’une émission de 2M, Fil Wajiha, si j’en crois mes yeux, qu’animait la défunte Malika Malek. A vue d’œil, il y a une quinzaine d’années. Mais ce que Mohamed El Ghas relate est d’une actualité plus brûlante que jamais. Il dit ces choses qui, revisitées, nous laissent l’impressionde faire du surplace en dépit des grandes avancées du Maroc.  Jugez-en. – Naïm Kamal

Les enfants trichent, les adultes fraudent, personne n’est en reste

Ce sont des choses douloureuses. Je ne prends pas de position à leur sujet. Je liste, seulement.

Les enfants dans les écoles marocaines trichent aux examens, et estiment que c’est un droit.

Des jeunes scolarisés d’une manière ou d’une autre, exigent un emploi dans le service public, sinon ils observent une grève de la faim, et considèrent que c’est un droit.

Des détenus, lourdement condamnés pour des délits graves, se promènent dans les rues avec la complicité des gardiens et il y en a qui le prennent pour un droit.

Des gens travaillant dans l’édition et l’impression croient que la rumeur, la diffamation et la sensation sont un droit.

Des patrons fraudent le fisc, n’accordent pas aux travailleurs les droits les plus élémentaires et considèrent que c’est un droit.

Des élus d’institutions démocratiques cherchent à contourner la constitution et échapper à ses dispositions et estiment que c’est un droit.

Des gens sans valeurs, dans tous les domaines, se permettent, sans qualification aucune, de professer présomptueusement en tout : religion, pensée, science, politique, art, communication et beaucoup de monde trouvent cela normal.

La liste de cet absurde est longue.

Qu’est-il donc arrivé à l’autorité dans ce pays ?

Je ne parle pas, naturellement, de l’autorité à l’état brut et primaire. Celle de l’agent d’autorité et du policier. J’entends l’autorité de la raison, l’autorité de la loi, l’autorité de la justice, l’autorité de l’éducation et toutes ses autres autorités qui nous permettent de vivre en communauté dans une société civilisée. Je pense aux règles impératives pour vivre dans la liberté responsable autre chose que la licence et la longanimité.