Foot et développement

5437685854_d630fceaff_b-
438
Partager :

L’actualité footballistique est marquée par le déroulement de deux compétitions de taille : la coupe du monde du football féminin  qui se déroule en France et qui est dans sa phase finale et la CAF qui se déroule au Pays des Pharaons. Grâce aux moyens de communication et la transmission en direct ce sont des millions, voire des milliards,  de personnes de par le monde qui suivent ces rencontres sportives dont les enjeux sont à la fois politiques, sociétaux et surtout financiers. Et ce n’est pas par hasard que le foot est considéré comme étant le sport le plus populaire. En effet, combien de jeunes dans les faubourgs africains ou latino-américains rêvent d’accéder au   professionnalisme et de jouer dans les grands clubs ?

Toutefois, le football féminin reste cantonné à l’hémisphère nord comme on peut le constater en observant le déroulement de la huitième édition de la coupe du monde. Ainsi, sur un total de 24 équipes alignées, soit le double de la première édition organisée en 1991,  l’Europe et l’Amérique du Nord se taillent à elles seules la moitié. L’autre moitié est attribuée à l’Asie (5 places), l’Afrique (3places), l’Amérique latine (4places) et l’Océanie (1place). Outre leur participation limitée, les pays de l’hémisphère sud franchissent  rarement les phases éliminatoires. Un seul pays, le Brésil, a pu accéder à la phase finale en 2007 mais s’est incliné face à l’Allemagne. Ce sont les pays du Nord qui se sont adjugé les trophées depuis la création de la coupe du monde féminine. Et l’actuelle ne fera pas exception.

Tout indique, en effet,  que cette manifestation prendra à l’avenir plus d’importance.  Les commentateurs n’ont pas manqué de relever l’engouement croissant des spectateurs pour le football féminin. Les stades sont archi-combles et l’ambiance est festive.  Ce qui frappe, en suivant quelques rencontres, c’est surtout le niveau élevé de technicité : un jeu d’une grande qualité, plaisant, avec beaucoup de subtilité et de créativité,  alliant savoir-être et savoir-faire. 

 Mais il faut préciser que le chemin n’a pas été de tout repos. Cela a exigé d’abord de la part des femmes un long et laborieux  combat contre les préjugés et les comportements misogynes dominants à une certaine époque. Ce combat fait partie intégrante d’un combat d’ensemble pour l’égalité hommes-femmes. Au départ, la première apparition des femmes sur le stade de football  a été accueillie par des sifflets, quand ce n’est pas par des insultes. Mais, quand on est déterminé, on ne se laisserait pas intimidé par ce genre de provocations aussi ignobles que maladroites. La démonstration est donnée aujourd’hui sur le terrain. 

Il appartient désormais aux Femmes du Sud,  qui continuent d’être confinées dans des tâches domestiques et subalternes,   de suivre le chemin de leurs homologues dans l’hémisphère nord pour imposer leurs droits à l’émancipation  qui passe entre autres par le droit de disposer librement de leur corps, d’exercer leur talent dans tous les domaines  et démontrer, ainsi, l’inanité d’une division sexuelle du travail surannée et moyenâgeuse. C’est aussi le rôle des Etats qui  doivent adopter des politiques publiques réellement inclusives à l’égard des femmes et de la jeunesse d’une façon générale. Pour avoir une équipe nationale de sport se mesurant au niveau mondial, il faudrait une politique audacieuse  en amont et une mobilisation conséquente des moyens financiers. A titre d’exemple, les USA, dont l’équipe féminine de foot est la première au niveau mondial, comptent 16 millions de pratiquantes. C’est dire qu’on ne s’improvise pas champion du monde. C’est une question de volonté politique, de moyens et de bonne gouverannce.