Médecine privée /Covid-19 : Hippocrate n’est pas marocain

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Billet

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Les prix pratiqués par les cliniques privées pour la prise en charge des malades du Covid-19 défraient la chronique. Des factures qui se chiffrent par millions de centimes, des dépôts de chèques de garantie et à la clé, parfois, la triste nouvelle. Il n’en faut pas plus pour scandaliser les Marocains, très forts, il faut le souligner, quand il s’agit de faire bruit.  On reproche à ce privé de profiter de la situation pour se faire le beurre et l’argent du beurre sur le dos des patients.

A leur décharge, les patrons des cliniques privées plaident en avançant les couts exorbitants du traitement, notamment quand il s’agit de malades en réanimation.  A titre d’exemple, l’oxygène d’une journée, à lui seul, reviendrait à 5 mille dhs et le prix de la tenue de protection du personnel médical en charge du malade qui nécessite un suivi particulier 24/24, tournerait autour de 4 mille dhs par jour. 

Pour la corroboration de ces informations, il faut s’en remettre au ministère de la santé qui, s’il a rappelé que le chèque de garantie est illégale, il se démarque pour le reste par une discrétion stridente. 

Pour s’expliquer devant l’opinion publique, certains médecins ont fait dans le pédagogique. D’autres ont privilégié la maladresse la plus crasse. C’est le cas particulièrement du Pr Redouane Slimani, président de la l’Association Nationale de Cliniques privées. S’inspirant de l’ancien Premier ministre français Michel Rocard (la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde), il a déclaré : « les cliniques privées ne peuvent pas gérer la misère et la pauvreté des Marocains ». A son compte, d’autres amabilités dont je dispense les lecteurs.

Que voulez-vous, le langage, et surtout ses écarts, sont une question d’éducation et de caractère, et lui présente vraisemblablement une pathologie de caractériel symptomatique de narcissisme pervers. Je plains ses employés. Mais si l’on met un instant de coté son propos déplacé, a-t-il entièrement tort sur le fond ?

La médecine c’est bac plus sept à plus douze, parfois plus, des lunes sans sommeil à bosser son exam’, des patients qui s’impatientent et de longues nuits de garde, pour finir dans un métier harassant qui peut atteindre l’affect et la stabilité psychique de ceux qui s’y adonnent. Certes, la médecine doit obéir à une éthique et est subordonnée à une déontologie que gèrent, en principe, le serment d’Hippocrate et les conseils de l’ordre. Le toubib doit avoir de la compassion et ne doit pas oublier que jamais être n’est aussi faible qu’un malade devant son médecin. Entre ses mains il met ce qu’il a de plus cher : sa santé quand ce n’est pas sa vie. Mais c’est un commerce comme un autre où il faut payer rubis sur l’ongle. Et les médecins qui disent que la médecine publique se défausse de ses carences sur eux ne sont pas très loin de la vérité.  

Et si Hippocrate n’est pas marocain, puisqu’il est grec, toute sa descendance n’est pas partout et tout le temps hippocratienne. Elle est humaine ! Avec ce que l’humanité comporte de torts et de travers, d’horreur et d’erreurs, mais aussi de générosité et de charité, d’altruisme et de bonté.  

On connait la règle d’or : pas d’intérêts pas d’action. On ne demandera donc pas à ces médecins de faire dans la philanthropie. Ou de gérer toute la misère du Maroc. Ils ne peuvent pas de toute façon. Mais, la crise sanitaire doublée de la crise économique étant, de travailler au prix coutant, au moins pour les prises en charge lourdes. De ne pas faire de l’oseille sur la pandémie. De faire don de leurs bénéfices à la communauté. Est-ce trop demander ?