‘’Déterminé’’ à fermer Guantanamo, Biden renvoie un détenu au Maroc

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Un soldat américain à Guantanamo Bay, à Cuba

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L'administration du président américain Joe Biden s'est montrée déterminée à fermer la prison de Guantanamo, avec le rapatriement au Maroc d'un prisonnier détenu depuis 19 ans sans jugement pour sa participation présumée aux attentats du 11-Septembre 2001.

Abdellatif Nacer, né en 1965 à Casablanca, est le premier détenu transféré vers son pays d'origine depuis l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche en janvier. Il a été remis lundi matin aux autorités marocaines, selon le Pentagone. 

A Rabat la justice a annoncé lundi l’ouverture "d’une enquête avec l'intéressé pour son implication présumée dans la perpétration d’actes terroristes". "Les effets juridiques seront déterminés par le parquet à la lumière des résultats de l’enquête", a précisé le parquet dans un communiqué.

"Le rôle dirigeant joué par le Maroc pour rapatrier Nacer, ainsi que la bonne volonté qu'il a manifestée dans le passé pour faciliter le retour des jihadistes ayant combattu dans le nord-est syrien, devraient encourager d'autres pays à rapatrier leurs citoyens", a noté le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price.

Une porte-parole de l'organisation de défense des droits individuels ACLU s'est félicitée du départ du détenu marocain, qualifiant cette décision de "nouvelle encourageante".

"C'est une honte que M. Nasser ait continué à languir à Guantanamo cinq ans après avoir été jugé transférable", a indiqué Hina Shamsi de l'ACLU. "Mettre fin à deux décennies de détention militaire injuste et abusive de musulmans à Guantanamo est une obligation humanitaire et une nécessité en termes de sécurité nationale".

Son transfert ramène à 39 le nombre de détenus de la tristement célèbre prison militaire érigée en 2002 sur la base militaire américaine de Guantanamo, à Cuba, pour abriter les prisonniers de guerre présumés complices d'Al-Qaïda. 

Dix autres prisonniers, qui ne sont plus considérés comme une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis, ont déjà reçu leur bon de sortie et 17 autres pourraient les rejoindre. Leur départ de Guantanamo dépend de la volonté de leur pays d'origine ou d'un pays tiers à les accueillir.

"L'administration Biden reste attachée à un processus réfléchi et minutieux en vue de réduire de manière responsable la population carcérale et, à terme, de fermer la prison de Guantanamo", a indiqué à la presse une haute responsable de l'administration ayant requis l'anonymat.

Elle s'est abstenue de préciser combien de négociations étaient en cours avec les pays susceptibles d'accueillir les détenus transférables et quels pays étaient concernés.

Dans un communiqué, le département d'Etat a salué les efforts du Maroc pour accueillir Abdellatif Nacer, et en a profité pour appeler d'autres pays à rapatrier leurs ressortissants jihadistes de Syrie, où ils sont emprisonnés dans des camps des Forces démocratiques syriennes alliées des Etats-Unis.

"Nouvelle encourageante"

La libération d'Abdellatif Nacer, accusé d'avoir fourni des armes à Al-Qaïda mais jamais inculpé, avait été recommandée par l'administration Obama en 2016, "sous réserve de garanties de sécurité et de traitement humain" selon le Pentagone, mais il était resté emprisonné pendant la présidence de son successeur, Donald Trump.

Barack Obama avait timidement tenté la fermeture de Guantanamo, en janvier 2009, à son arrivée au pouvoir, dans l'idée de faire juger les prisonniers par des tribunaux civils. Mais la décision, très impopulaire, avait été bloquée au Congrès.

M. Obama a alors préféré faire libérer discrètement des centaines de détenus dont la sortie avait été approuvée par la Commission de révision de la présidence. Ces libérations ont été interrompues sous Donald Trump. Elles ont repris sous Joe Biden, cinq détenus ayant vu leur libération approuvée depuis janvier. 

Ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden "reste engagé" à fermer Guantanamo, a assuré en avril sa porte-parole, Jen Psaki.

La prison de Guantanamo a été ouverte en 2002, en territoire américain à Cuba, pour détenir en toute illégalité des membres d'Al-Qaïda et complices présumés des auteurs des attentats du 11-Septembre 2001. La prison est devenue une épine dans le pied de Washington, accusé de détention illégale, de violations des droits humains et de torture.

Elle a compté jusqu'à 780 "prisonniers de guerre", la plupart incarcérés malgré des preuves fragiles sur leur implication. Beaucoup ont été torturés dans des sites secrets de la CIA avant leur transfert à Guantanamo.

Dix détenus de Guantanamo, dont Khalid Sheikh Mohammed, le cerveau présumé des attentats du 11-Septembre, attendent d'être jugés par une commission militaire, qui n'a émis que deux condamnations en deux décennies.

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