UN LIVRE DE MANSOUR KEDIDIR : ''MAROCAINS D'ALGERIE - RAFLE AU COUCHANT'' Par Mustapha SEHIMI

5437685854_d630fceaff_b-

Cette tache restera pour toujours au cœur de l'indignité. Elle est la marque d'un aveuglement, d'une ingratitude pour l'aide et la solidarité du peuple marocain avec son voisin en lutte. D'un aveuglement aussi. Et d'une hostilité remplie de haine. Justice doit être rendue aux expulsés - plutôt des déportés - victimes de l'arbitraire le plus total

1
Partager :

Il faut savoir gré à Mansour Kedidir, politologue algérien, pour ce livre et remercier également Abdelkader Retnani, éditeur à Casablanca, de le publier*. Un roman, bien sûr, mais plus que cela : une histoire romancée sur ce que l'on appelle" La Marche Noire". Celle de l'expulsion de plus de 45.000 familles marocaines par Boumédiène, le 18 décembre 1975. 

L'auteur a construit son livre d'une dizaine de chapitres, autour d'Adel - personnage central - qui raconte tant d'épisodes de cette conjoncture dramatique de son père, marocain, qui avait rejoint la lutte du peuple algérien pour l'indépendance. Mieux qu'un travail académique : le roman se lit, page après page; il laisse un arrière - d'amertume. De colère froide aussi.

C:UsersNaïm KamalOneDriveDocumentsAttenteDebriefcouvtéléchargement (1).jpg

Mansour Kedidir, politologue algérien, auteur de  "MAROCAINS D'ALGERIE - RAFLE AU COUCHANT"

Comment l'ancien chef d'Etat du pays voisin de l'est a pu prendre pareille décision et commettre l'innommable, lors d'une réunion avec Abdelaziz Bouteflika, Chadli Benjedid et Larbi Belkheir ? C'était la réaction "fraternelle" de cette clique, quelques semaines plus tard, à "La Marche Verte" du 6 novembre lancée par le Roi, forte de 350.000 personnes - un peuple se dressait alors et se mobilisait pour récupérer, le drapeau et le Coran à la main, ses provinces sahariennes occupées par l'Espagne.

Cette tache restera pour toujours au cœur de l'indignité. Elle est la marque d'un aveuglement, d'une ingratitude pour l'aide et la solidarité du peuple marocain avec son voisin en lutte. D'un aveuglement aussi. Et d'une hostilité remplie de haine. Justice doit être rendue aux expulsés - plutôt des déportés - victimes de l'arbitraire le plus total. Il faut continuer à perpétuer la mémoire collective sur des crimes commis éligibles à l'ignominie, à l'hystérie et à la pathologie clinique ; et datés, coïncidant avec le jour de l'Aïd El-Adha, marquant la fin du pèlerinage annuel à La Mecque. Tous les biens des Marocains ont été confisqués ; les papiers aussi - la spoliation. Des couples mixtes ont été séparés, des drames ont brisé des familles et leurs enfants. 

L'associatif a pris en main ce dossier avec en particulier le Collectif international de soutien aux familles d'origine marocaine expulsées d'Algérie (CIEMA). Leurs enfants et même leurs petits-enfants sont désormais en première ligne. Leur action se déploie également à l'international, notamment à Genève auprès du Comité de protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille, relevant du Conseil des droits humains. Un procès toujours en instance pris en charge par la diplomatie marocaine pour mettre à nu, de nouveau, la nature réelle du régime algérien, tel qu'en lui-même...

* Editions "La Croisée des Chemins", 344 p. déc. 2021.

lire aussi