Gloire et décadence

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La justice militaire algérienne a lancé, mardi 6 août, des mandats d’arrêts internationaux contre l’ancien ministre de la Défense Khaled Nezzar, son fils Lotfi, gérant de la société de la télécommunication SLC, et Farid Belhamdine, gérant de la Société algérienne de pharmacie. Les trois mis en cause sont poursuivis pour « complot et atteinte à l’ordre public ». En vertu de l’un des deux articles par lesquels il est poursuivi, le 7 7, il encourt la peine capitale.

Cette poursuite judiciaire était prévue et attendue. Mais le général à la retraite Khaled Nezzar, déjà poursuivi pour crimes de guerre en Suisse, a eu le temps de se mettre auparavant à l’abri en compagnie de son fils. En Espagne, dit-on. Pour qu’il ait pu quitter le territoire algérien alors qu’il était dans le collimateur, de deux choses l’une : Ou il bénéficie encore d’importantes complicités, ce qui n’augure rien de bon pour l’actuel chef d’état-major, Gaïd Salah, ou que les généraux aux commandes aujourd’hui ont regardé ailleurs pendant qu’il se faisait la malle pour ne pas avoir à l’interroger sur ce qu’ils savent déjà et ne veulent pas l’entendre dans le prétoire d’un tribunal. 

C’est que Khaled Nezzar n’est pas n’importe quel général.  Il fut tour à tour chef d’état-major et ministre de la défense et c’est sous sa houlette que l’armée est partie en janvier 1992 à l’assaut des urnes pour empêcher les islamistes d’arriver au pouvoir. Il a été depuis les années 80 du siècle dernier au cœur du système et c’est lui qui a parrainé l’arrivée du général Médiene à la tête des services algériens où il va briller de mille (coups de) de feu pour mériter à l’arrivée le titre de « faiseur de rois » en Algérie. 

Après la tombée en disgrâce de ce dernier, seul Khaled Nezzar a trouvé en lui-même suffisamment de force pour le défendre déclarant que « l’Algérie connaissait peu d’hommes de sa trempe ».

Rien que l’évocation de son nom faisait trembler les Algériens tant il était connu pour sa poigne de fer. Pourtant c’est le même Khaled Nezzar qui va échapper en 1993 à un terrible attentat portant la signature de ses amis. Il reçoit le message cinq sur cinq puisqu’il retire tout de suite après pour continuer à jouer un rôle important dans l’ombre au point qu’en plein hirak, Saïd Bouteflika le sollicite en vue d’organiser le limogeage de Gaïd Salah et la proclamation de l’état de siège. Sentant le vent tourner, il le dénonce publiquement, mais il a un tour de retard sur un autre général, ancien président, Liamine Zeroual, qui a été plus prompt à dénoncer « la bande » qui lui faisait l’offre de revenir à la tête de l’Etat. 

Aussi, pour n’avoir pas pu régler à l’amiable la question du pouvoir et de son partage en Algérie, croyant que le temps allait arranger les choses, les généraux algériens sont-ils contraints de trancher leurs litiges dans le vif au prix d’un spectacle désolant de règlement de comptes qui trahit ce qu’a toujours été sa profonde nature mafieuse.